Jon Kabat-Zinn

Portrait de Jon Kabat-Zinn

Jon Kabat-Zinn (né en 1944) est américain, professeur émérite de médecine. S'étant durant toute sa carrière intéressé aux interactions corps-esprit dans le phénomène de la guérison, il a été pionnier de l'introduction de la méditation en contexte hospitalier en créant la Stress Reduction Clinic, qui a permis à quantité de patients d'agir sur leur stress, leur anxiété, leur douleur et de mieux vivre leur maladie, grâce à la méditation de pleine conscience (Mindfulness-Based Stress Reduction, MBSR).

Jon Kabat-Zinn a également fondé et dirige toujours le Center for Mindfulness in Medicine, Health Care and Society, dont les travaux ont montré quelle influence la pratique méditative a sur le cerveau – en particulier la façon dont il traite les émotions – et sur le système immunitaire.

Jon Kabat-Zinn est membre, comme Matthieu Ricard, du conseil d'administration du Mind and Life Institute, qui vise aux échanges entre science et bouddhisme.

Les ouvrages de Jon Kabat-Zinn ont cette qualité d'être écrits à partir de l'expérience de l'auteur dans les moindres situations de la vie quotidienne, montrant magistralement que la pratique spirituelle n'a rien d'éthéré ou de spéculatif, mais qu'elle est au contraire tout à fait terre à terre. Une lecture particulièrement recommandée à qui fait ses premiers pas sur le chemin de la méditation.

Quelques ouvrages

Quelques extraits

• Un mode de vie

Peut-être est-il temps de reconnaître à quel point nous sommes distraits. Peut-être est-il temps d’y mettre un terme et d’en faire un mode de vie.

page(s) 129
• Un acte gratuit

[La méditation] est l'unique activité humaine, accomplie systématiquement et volontairement, par laquelle nous ne devons ni rechercher un résultat ni nous perfectionner – seulement être conscients. C'est sans doute cela qui en fait la valeur. Peut-être avons-nous tous besoin de faire un acte gratuit ?

Mais il n'est pas tout à fait correct de dire que la méditation relève du « faire ». C'est plus un état qu'une action. Quand nous comprenons que « tout est là », nous pouvons abandonner le passé et l'avenir et nous éveiller à ce que nous sommes maintenant, dans le moment présent.

page(s) 32-33
• Les pensées sont-elles vraies ?

En général, nous sommes très attachés à nos pensées et à nos sensations, quelles qu'elles soient, et nous nous fions aveuglément à leur contenu, comme s'il s'agissait de la vérité, en reconnaissant rarement que pensées et sensations sont en réalité des événements discrets au sein du champ de la conscience, des apparitions minuscules et fugaces qui sont le plus souvent, au moins en partie sinon essentiellement, inexactes et peu fiables.

page(s) 65
• Vagues

Toutes les pensées sont des événements – elles apparaissent et disparaissent dans la vastitude du champ de la conscience même, sans effort de notre part, sans intention de notre part, tout comme les vagues de l'océan s'élèvent un instant, puis retombent dans l'océan même, perdant ainsi leur identité, leur relative individualité momentanée, pour retourner à leur nature indifférenciée.

C'est la conscience qui se charge du travail. Nous n'avons rien à faire, hormis cesser de nourrir la pensée, interrompant ainsi sa prolifération en une autre pensée, une autre vague, une autre bulle.

page(s) 70
• Conscience illimitée

La conscience est fondamentalement non conceptuelle – elle précède le moment où la pensée scinde l'expérience en un sujet et un objet.

La conscience est également vide et peut donc tout contenir, y compris la pensée. Elle est illimitée.

Et, étonnamment, elle est intrinsèquement connaissante.

page(s) 45
• Des méthodes universelles

Les méthodes que [le Bouddha et ses disciples] ont utilisées comme les fruits de leurs investigations sont universelles, et n'ont rien à voir avec les idéologies, les religiosités, les systèmes de croyance et autres -ismes. Ces découvertes sont plus proches de concepts médicaux et scientifiques, qui peuvent être examinés par n'importe qui n'importe où, et éprouvés indépendamment, pour soi-même, comme l'a suggéré dès le départ le Bouddha à ses adeptes.

page(s) 28
• Le non-agir, domaine de la vraie méditation

[Les pratiquants doivent être] armés d'une volonté implicite, voire intrépide, d'explorer le paysage intérieur de l'esprit et du corps, et le royaume de ce que les anciens taoïstes chinois et les maîtres Chan appelaient le non-agir, le domaine de la vraie méditation, au sein duquel il semble que rien ou pas grand-chose ne se passe ni ne se fait, mais où, dans le même temps, rien d'important n'est négligé, permettant ainsi à cette mystérieuse énergie d'un non-agir ouvert et conscient de se manifester de façons remarquables dans le monde de l'agir.

page(s) 25
• Habiter l’intemporel

Dans un monde où tout va de plus en plus vite, il est difficile d'évoquer la beauté et la richesse intemporelles de l'instant présent. Mais plus les choses s'accélèrent, plus il est important de se plonger dans l’intemporel, voire de l'habiter, afin de ne pas de couper de certaines dimensions de notre humanité qui marquent la frontière entre bonheur et tristesse, sagesse et folie, bien-être et agitation corrosive du mental, du corps et du monde. […]

À une époque d'accélération exponentielle, il est plus important que jamais d'apprendre à habiter l’intemporel et à y puiser consolation et clairvoyance.

page(s) 23-24
• S’emprisonner

Chaque fois que nous sommes la proie d'un désir, d'une émotion, d'une impulsion non examinée, d'une idée ou d'une opinion, par notre façon de réagir nous nous emprisonnons nous-mêmes instantanément, de manière tout à fait concrète – qu'il s'agisse d'une habitude de repli ou de distanciation, comme dans la dépression et la tristesse, ou d'une explosion, voire d'un « kidnapping » émotionnel quand nous tombons tête la première dans l'anxiété ou la colère. Ces épisodes sont toujours accompagnés d'une contraction dans l'esprit comme dans le corps.

page(s) 25
• Être soi-même et mieux se connaître

La méditation aide simplement à être soi-même et à mieux se connaître.

page(s) 15
• Nous refusons d’être présents

[N]ous refusons d’être présents, parce que nous projetons sans cesse – séduits, entraînés, obnubilés ou effrayés – dans le futur et le passé, emportés par le flux des événements et la météo de nos réactions et de notre torpeur, occupés, pour ne pas dire obsédés, par ce que nous qualifions souvent inconsidérément d'« urgent », tout en perdant de vue ce qui est réellement important, suprêmement important, si ce n'est vital pour notre bien-être, notre équilibre mental, voire notre survie.

page(s) 24
• Douleur

Si vous accédez à la pure conscience alors que vous souffrez, même pour un très bref instant, la relation que vous entretiendrez avec votre douleur se modifiera instantanément. Elle ne peut pas ne pas changer car le fait même de l'étreindre, même un court instant, même une seconde ou deux, révèle déjà sa plus grande dimensionnalité. Et cette modification de votre relation à l'expérience vous donne plus de marge de manœuvre dans votre attitude et dans vos actions pour une situation donnée, quelle qu'elle soit… même si vous ne savez pas quoi faire.

page(s) 32
• La discipline pour aller à la rencontre de notre ombre

Si la pratique de la pleine conscience paraît simple, elle n'est pas nécessairement facile. Elle exige beaucoup d'efforts et de discipline parce que les forces qui nous empêchent de « faire attention », c'est-à-dire nos habitudes et nos réactions automatiques, sont extrêmement tenaces. Ces habitudes sont si fortes et tellement ancrées en nous qu'il faut un engagement certain et un travail régulier pour atteindre et soutenir cet état de pleine conscience. […]

Ce travail est également révélateur car il nous permet littéralement de voir avec plus d'acuité des domaines de notre existence que nous préférions ignorer. Cela peut mettre en lumière des émotions profondément enfouies – tristesse, douleur, amour-propre blessé, colère, peur – sentiments d'habitude refoulés dans notre inconscient.

page(s) 26
• Nous libérer de la camisole de l'inconscient

Lorsque nous nous engageons à « prêter attention », avec un esprit ouvert, dénué de tout préjugé, en faisant abstraction de nos sympathies ou de nos antipathies, de nos projections et de nos espoirs, de nouvelles possibilités s'ouvrent à nous qui nous permettent de nous libérer de la camisole de force de l'inconscient.

page(s) 24
• Préoccupés par le passé ou par l'avenir

En général, nous sommes plutôt préoccupés par ce qui est déjà arrivé dans le passé, ou par un avenir qui n'est pas encore là. Nous cherchons un ailleurs où nous espérons que tout sera meilleur ou comme avant. La plupart du temps, nous avons à peine conscience du conflit que cela provoque en nous.

Par exemple, nous assumons automatiquement que nos idées et nos opinions sur ce qui se passe autour de nous et ce qui se passe à l'intérieur de nous sont la vérité.

page(s) 14
• Notre vie devient réelle

Nous pouvons nous laisser passivement emporter par des forces et des habitudes que nous nous obstinons à ne pas examiner et qui nous emprisonnent dans des rêves déformants et des cauchemars potentiels, ou nous impliquer dans notre vie en nous éveillant à elle et en participant pleinement à son déploiement, que nous « aimions » ou non ce qui survient à tout moment. Ce n'est que lorsque nous nous éveillons que notre vie devient réelle et que la possibilité de nous libérer de nos illusions, de nos maladies et de nos souffrances individuelles et collectives s'offre à nous.

page(s) 18
• Pure présence

L'incarnation de la dignité intérieure et extérieure reflète et irradie immédiatement la souveraineté de votre vie, le fait que vous soyez qui vous êtes et ce que vous êtes – au-delà des mots, des concepts et des descriptions, et au-delà de ce que l'on pense de vous, voire de ce que vous-même pensez de vous.

Il s'agit d'une dignité sans affirmation de soi – qui ne s'achemine pas vers quoi que ce soit, ni ne recule devant quoi que ce soit –, un équilibre dans la pure présence.

page(s) 57
• Un avec le souffle

Respirer et avoir conscience que l'on respire. Cela n'implique pas de respirer profondément, ni de forcer sur l'expiration, ni d'essayer de sentir quelque chose de spécial. Encore moins de se demander si « on le fait bien ». Cela ne veut pas dire non plus penser à sa respiration. Il s'agit plutôt d'une conscience instinctive du souffle qui rentre et du souffle qui ressort.

page(s) 39
• Ce qui nous attend

Ce qui nous attend dans les moments à venir, en tant qu'individus et en tant que société, sera en grande partie façonné par l'usage que nous ferons de notre aptitude innée et incomparable à être clairement conscients de ce que nous vivons.

page(s) 17-18
• Une communauté d’intentionnalité et d’exploration

[A]dopter la pratique de la pleine conscience, c'est rejoindre une communauté mondiale intentionnalité et d’exploration qui, en définitive, nous inclut tous.

page(s) 19