Roland Yuno Rech

Portrait de Roland Yuno Rech

Roland Yuno Rech (né en 1944) a découvert le zen au Japon, puis l'a pratiqué en France pendant dix ans en disciple de Taisen Deshimaru, qui l'a ordonné moine. À la mort de son maître, il s'est consacré à l'enseignement, a reçu la transmission zen Sōtō du supérieur du temple Eihei-ji et a dirigé pendant quelque années l'Association Zen Internationale (AZI) dont il est désormais vice-président.

Roland Yuno Rech dirige le dojo zen de Nice. Ses ouvrages sont des commentaires très éclairants des classiques des maîtres zen, en particulier de maître Dōgen.

 

Lignée Taisen Deshimaru

 

Quelques ouvrages

Quelques extraits

• Juste présent à ce qui surgit et disparaît

Durant une journée de zazen […], si on continue cette concentration pendant un certain temps, on peut alors retrouver un esprit vacant, disponible, lumineux, non obscurci par les pensées. Toutes nos préoccupations s'évanouissent et on peut en constater la vacuité. Cette vacuité ne doit pas devenir une image ou une conception. C'est la nature réelle de toutes choses avec laquelle on s'harmonise naturellement lorsqu'on arrête de suivre ses pensées, lorsque l'on vit à nouveau à travers le corps, la respiration, en étant juste présent à ce qui surgit et disparaît d'instant en instant (le processus de la vie de chaque instant). On ne s'attache pas à ses pensées. On ne dépend de rien.

page(s) 11
• Guérir de l'avidité

Un véritable maître [est] quelqu'un qui transmet la manière juste de pratiquer et l'expérience de la pratique afin que cette pratique reste une pratique d'éveil, de libération et ne devienne pas une sorte d'exercice en vue d'obtenir quelque chose. Ceci ne ferait que nourrir l'avidité. Zazen nous guérit à la racine de ce qui cause l'avidité, c'est-à-dire le sentiment qu'il nous manque quelque chose et que l'on cherche désespérément à acquérir.

• Comme dans un miroir que rien ne peut obscurcir

Comme le dit Wanshi : « Tout fonctionne sans laisser de trace. Tout est reflété comme dans un miroir que rien ne peut obscurcir. » L'esprit et tous les phénomènes s'harmonisent puisqu'on pratique sans utiliser sa conscience personnelle. C'est-à-dire sans vouloir obtenir quelque chose ou rejeter quoi que ce soit, sans juger, sans discriminer, avec un esprit complètement ouvert – mushin – sans intention, sans arrière-pensées. Ainsi on peut trouver la paix de l'esprit.

page(s) 13
• Attaché, donc fatigué

Beaucoup de gens sont extrêmement fatigués par le travail, les conditions de vie, les obligations. Si on est trop attaché aux choses, à ce que l'on fait, aux êtres, alors tout devient fatiguant.

page(s) 13
• Réaliser la sagesse intuitive

Le sens de la pratique [… c]'est de réaliser prajñā, la sagesse intuitive qui voit la réalité telle qu'elle est, et surtout de s'harmoniser avec elle de sorte qu'elle imprègne notre manière de penser, de penser et d'agir.

En outre, comme la Voie existe partout, on peut en avoir l'intuition. Aussi, certains ont des satori spontanés en contact avec la nature, car tous les phénomènes manifestent la Voie.

page(s) 19-20
• Tout est parfaitement manifesté

L'enseignement du zen n'est pas un enseignement ésotérique visant à révéler peu à peu une vérité cachée. Tout est parfaitement manifesté, révélé ici et maintenant en nous-mêmes et en toutes choses. Le choc de la rencontre avec zazen est de réaliser cela intimement, intuitivement sans y mettre des mots, des explications.

Mais souvent, malgré cette révélation ou cette intuition, on continue à agir et à vivre comme s'il y avait autre chose d'important à atteindre. On est toujours à la poursuite d'un ailleurs, d'un au-delà comme si on croyait qu'un secret se trouve caché au fond d'un livre, d'un enseignement ou d'une pratique autre.

page(s) 11
• Voir simplement les phénomènes

Wanshi nous dit : « Quand vous réalisez cela, vous ne pouvez plus être entraîné par les conditions extérieures. » Par « conditions extérieures », il veut parler de ce qui provoque les vents qui agitent notre esprit : la recherche de profit, d'approbation, d'honneurs, de positions, rechercher ce que l'on aime, rejeter ce que l'on n'aime pas. Tout cela nous entraîne dans un cycle de souffrance. Il arrive parfois que l'on transporte cet état d'esprit dans zazen lui-même, en recherchant une condition spéciale, en détestant les douleurs (considérées comme un obstacle à un bon zazen), ou bien les pensées, les préoccupations qui surgissent, et qui nous empêchent soi-disant de « faire le vide dans notre esprit ».

Lorsqu'une douleur vient, on l'accueille et l'accepte telle qu'elle est, sans rien dramatiser. Une pensée, un souvenir, une préoccupation surgissent, on les voit tels qu'ils sont, comme une bulle qui monte à la surface de l'eau et retourne rapidement à son origine. Pratiquer la vraie réalité, c'est ne pas s'attacher à l'idée d'une réalité spéciale au-delà des phénomènes et voir simplement les phénomènes comme phénomènes. Juste cela. Rien de spécial.

page(s) 14
• La porte de la grande compassion

Parler de compassion n'est pas ce qui permet de la réaliser. Par contre, s'oublier soi-même et toute considération, devenir réellement un avec la réalité de chaque instant est la porte de la grande compassion. Cette compassion est réalisée naturellement et inconsciemment, sans y penser, sans en faire un but.

page(s) 12
• Immobile comme un arbre

Ce maître [Wanshi] insistait sur la pratique de zazen immobile comme un arbre. C'est sur cette pratique que nous continuons à nous concentrer : bassin basculé en avant – genoux fermement enracinés dans le sol – colonne vertébrale étirée vers le ciel, sans bouger le corps quels que soient les phénomènes qui se manifestent mais aussi sans bouger l'esprit, sans poursuivre quoi que ce soit. Lorsque l'on pratique ainsi, l'esprit retrouve naturellement son caractère vaste, illimité.

page(s) 5
• Juste être assis et ne rien faire

Si l'on explique zazen à quelqu'un qui ne pratique pas, et que l'on dit qu'il s'agit d'être simplement assis et de ne rien faire, cette pratique peut paraître très ennuyeuse, monotone, sans grand intérêt. Abordé du point de vue de notre ego, zazen est ainsi : comme une sorte de perte de temps alors que l'on pourrait faire tant de choses utiles pour notre vie.

Mais lorsque l'on s'assoit et que l'on investit vraiment dans l'assise de zazen, c'est-à-dire que l'on met toute son attention et son énergie à n'être que simplement assis sans poursuivre quoi que ce soit, sans non plus rejeter quoi que ce soit, d'un seul coup notre esprit change complètement. C'est une complète révolution par rapport à notre manière habituelle de fonctionner, toujours tournée vers des objets soit extérieurs – des actions, des choses à faire – ou même des objets intérieurs, des pensées, des sentiments, des émotions…

Ordinairement, on est toujours très occupé, mais lorsque l'on entre dans le dojo et que l'on s'assoit en zazen on n'est plus occupé que par une seule chose : être simplement assis. Et on se laisse dépouiller par zazen de toute autre préoccupation, de tout autre attachement. Et là, au lieu de s'ennuyer, on découvre une manière d'être au monde totalement nouvelle, différente. On est complètement libéré de l'attachement aux objets, aux êtres, aux choses extérieures et on réalise que l'on peut être parfaitement heureux, calme et libre, en étant juste simplement assis. Car être simplement assis veut dire que nous n'avons pas besoin d'ajouter quoi que ce soit au fait très simple, presque nu, d'être là, avec tout ce qui nous entoure, simplement un avec ce qui est. Et que cela suffit, c'est la grande libération de zazen.

Cela ne veut pas dire que nous ne ferons plus rien dans la vie que zazen mais que ce que l'on fait dans la vie, si notre vie est enracinée dans zazen, devient une sorte d'expression de ce zazen, c'est-à-dire l'expression d'une simple présence au monde, dépouillée de toute forme d'avidité et donc de choix, de rejet. Cela veut dire réaliser une très grande liberté intérieure qui permet de s'investir dans des actions et des relations, mais avec un esprit désintéressé.

page(s) 8-9
• Enfermés dans notre ego

Nous nous sommes enfermés dans notre ego limité, dans nos constructions mentales. Nous avons perdu le contact avec la source de notre vie, avec ce qui existe avant notre naissance, avec ce qui existe avant que nous séparions « soi-même » et les autres. Toutes les religions tentent de nous ramener à cette réalité. La plupart du temps, cela se passe à travers de nouvelles constructions mentales qui s'ajoutent à nos constructions égoïstes et donc, cela crée encore plus de sujets de conflits et d'oppositions.

page(s) 9
• Il ne s'agit pas de croire

Il ne s'agit pas simplement de croire ce qui est enseigné, de répéter, comme un perroquet, que la Voie est parfaite, que tout est vacuité, qu'il n'y a pas d'ego, que tout est sans substance. Sans arriver à cette réalisation dans la pratique, à l'expérimenter à travers la totalité du corps et de l'esprit, cette compréhension n'est d'aucun effet.

page(s) 19
• Ici et maintenant versus l’imaginaire

À 99%, tout ce à quoi on pense pendant zazen, n'a rien à voir avec ce zazen-ci, ici et maintenant. Il s'agit d'autre chose : l'imaginaire, qui est sans substance mais à quoi on s'attache ; parfois, cela devient des habitudes mentales, des obsessions qui nous obscurcissent l'esprit. Si on veut les combattre avec le mental, avec l'esprit ordinaire, cela crée un trouble supplémentaire.

page(s) 10
• Revenir constamment à la source de l’esprit

[I]l n'est pas nécessaire de vouloir trancher toutes les pensées car si on se tient à la source d'où elles surgissent, si on ne les suit pas, alors elles ne nous dérangent pas. On peut voir sans s'attacher aux objets de la vue, entendre sans s'attacher au son.

page(s) 12-13
• Pourquoi je pratique ?

Chacun devrait réfléchir sur le sens de son engagement dans la Voie : « Pourquoi je pratique ? Pour devenir plus fort, plus sage, plus concentré ? Ou bien par amour pour tous les êtres. Qu'est ce qui vient en premier ? »

page(s) 12