Le souffle, fil de confiance

Si méditer c’est faire un saut hors du mental, la respiration est comme la corde élastique qui nous permet de nous abandonner au vide avec confiance.

Confiants nous le sommes, puisque le va-et-vient du souffle se fait sans effort ni volonté de notre part. En méditation, il s’agit d’observer les choses telles qu’elles sont et en premier lieu le souffle. On n’induit rien, on ne modifie rien, on ne force rien, juste on s’unit avec.

L’attention au souffle concrètement

Nous sommes la plupart du temps inconscients de notre respiration. Sortons de cette inconscience. En douceur, puisque c’est l’une des qualités du souffle.

On place généralement son attention sur l’entrée des narines, à l’affût de toutes les micro-sensations liées au va-et-vient du souffle. Certains choisissent plutôt le ventre, que la respiration dilate et rétracte en alternance.

On porte une attention plus appuyée à l’expiration, moment où l’on redonne et s’abandonne, qui incarne bien l'ouverture à l'espace, au plus vaste que soi (par contraste, l’inspiration, moment où l’on prend, est métaphore incarnée du repli égotique). On laisse l’inspiration se faire d’elle-même.

Le débutant a tendance à être « concentré » sur le souffle. Or il s’agit juste de ressentir. Pas de surveiller, comme un maton. Mais d’observer, comme l’adulte qui accompagne les enfants au square : il les laisse jouer, tout en gardant sur eux un œil vigilant mais bienveillant. Laissez respirer !

Avec un peu d’expérience de la pratique, on peut affiner la perception. Par exemple, percevoir le petit temps d’immobilité entre les phases d’inspir et d’expir. Ou encore observer les différentes colorations émotionnelles par lesquelles passe le cycle de respiration : panique, soulagement, etc.

Avec le temps, lorsque la présence et l’ouverture sont bien installées, l’attention au souffle se fait plus discrète, nous permettant, comme l’écrit Pema Chödrön, de « demeurer calmement dans l’espace ouvert de l’instant présent ».

Revenir à la pleine présence grâce au souffle

L’attention au souffle reste quoi qu’il en soit toujours prête à revenir sur le devant au moindre égarement. Car inévitablement des émotions, des images, des pensées s’invitent dans la méditation. Notre esprit s'échappe tel un écureuil espiègle qui sauterait de branche en branche dans la forêt. Au prochain expir, nous pouvons ramener en douceur l'écureuil ici et maintenant.

Si un cycle inspir/expir dure disons dix secondes, cela signifie que toutes les dix secondes l'opportunité nous est donnée de revenir. Avec mon expir, sensations, émotions, images et pensées se dissolvent dans l’espace.

Expir, j'abandonne la fuite en avant dans le mental.
Inspir, je réintègre la seule demeure qui soit : le moment présent.

Le souffle, la quille de notre bateau

Les sessions de méditation intensives sont l'occasion de plongées en profondeur dans notre obscurité intérieure. Dans ces abysses, nous rencontrons inévitablement nos monstres, des angoisses archaïques. C'est alors comme percer une crypte et libérer une nuée d'affects négatifs refoulés, parfois pesants ou violents. Une tempête émotionnelle se déclenche.

Pour traverser une tempête émotionnelle, nous nous focalisons sur le souffle. L'attention au souffle nous aide alors à nous maintenir dans une observation non réactive des affects.

Pour tenir bon dans la tempête, il est possible provisoirement de compter mentalement ses expirs. Disons quelques dizaines. Mais provisoirement seulement, sinon cela pourrait devenir une manière d’occulter tout ressenti et de tuer ainsi toute présence.

Le souffle, un bon intermédiaire

Le souffle est un bon allié de notre pratique d’observation du corps-esprit. Il participe en effet des deux : à la fois une fonction vitale et un invisible qui nous anime.

Par ailleurs, le souffle est réel, mais insaisissable. Toujours présent, mais sans cesse changeant. Et puis, il est alternativement dedans et dehors. Donc moi, puis non-moi ? À moins que « moi » n’existe pas…

Sources, approfondir

  • La pleine conscience en action (pp.49-53), de Chögyam Trungpa, qui propose une image très parlante pour évoquer la précision d’observation de l’esprit que permet le souffle : assimilant l’esprit à une lame, chaque expir est comme une poussée de la pierre à aiguiser sur celle-ci.
  • Comment méditer (pp.47-49), de Pema Chödrön
  • Méditer, jour après jour (pp.30-39), de Christophe André, qui fait une très belle méditation – au sens occidental classique – sur ce que le souffle nous apprend.

Extraits

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