Lors d'une retraite solitaire, au bout de sept jours de pratique intensive, enfin une journée posé dans une plénitude incroyable : immobilité du corps, aucune envie de me relever hormis les besoins élémentaires ; relative immobilité de l'esprit : lorsqu'une pensée vient, le prochain expir la congédie en douceur.

Le lendemain, grande claque (exactement ce qu'il fallait pour me rappeler la réalité de l'impermanence et me ramener à l'humilité) : assailli toute la journée par les démons de la colère contre des personnes de l’emprise desquelles j'étais alors en train de me défaire. Au début, comme cela revenait sans cesse à la charge, j'ai laissé le film se dérouler, sans l’alimenter, en me maintenant dans l'observation non réactive.

Mais le flot ne tarissait pas. Dans l’après-midi, je me suis donc mis à pratiquer tonglèn à l’intention de ces personnes : à l'inspir, soulager la personne de son mal-être, de ses ténèbres ; à l'expir, envoyer à la personne tout ce que l'on peut avoir de ressources lumineuses en soi.

Le soir, sentant que me coucher sur ce combat épuisant me ferait passer une nuit horrible, il m’est venu d'improviser une pratique de visualisation, ce que je ne fais jamais. Intuition d’invoquer les souvenirs des lacs de haute montagne où je sois monté. D’abord pour la force de cette image, souvent utilisée dans les guidances, du lac qui reflète tout ce qui passe dans le ciel sans discrimination, couplée à la puissance d’immobilité des montagnes. Ensuite parce que ces souvenirs sont ceux de moments contemplatifs d’accord parfait. Ô joie, l’effet contre-poison eut bel et bien lieu. Repos de l'immobile guerrier : des rêves sous protection de milliers d'étoiles et de leur clair reflet dans un miroir d'altitude.

 

Lac de haute montagne