Dans une première approche – qui est celle du Véhicule fondamental –, la méditation peut être considérée comme une écologie de l'esprit.

Comment dépolluer une rivière, au plus simple ? Primo, dépister systématiquement tous les écoulements toxiques pour pouvoir les stopper. Secundo, laisser s'évacuer tous les résidus. Avec l'apaisement des agressions, le trouble décante. Avec le temps, la vie reprend ses droits et l'eau retrouve la fraîcheur et la limpidité.

Ce qui souvent nous pousse à tenter l'expérience de la méditation, c'est cette sensation diffuse d'avoir accumulé les pollutions mentales, d'en être intoxiqué, saturé.

Primo, nous cessons de fermer les yeux – premier poison de l'esprit : l'aveuglement – sur nos aspects troubles. Dans l'assise silencieuse, nous allons à leur rencontre avec bienveillance. Les toxines que nous observons relèvent pour l'essentiel de deux catégories : d'une part, nous repoussons ce que nous jugeons désagréable – second poison de l'esprit : l'aversion ; d'autre part, nous nous agrippons à ce que nous jugeons agréable – troisième poison de l'esprit : l'avidité. Ainsi fonctionne l'esprit humain de toute éternité. Avec l'entraînement, nous apprenons à repérer systématiquement les souillures de l'esprit, si possible au fur et à mesure que nous les produisons.

Secundo, dans le calme profond qui s'installe après plusieurs jours de méditation intensive, nous laissons remonter des souillures emmagasinées par le passé. Les observant sans jugement, sans commentaire, sans les alimenter de nouveau, nous nous en libérons. Avec le temps, la vie reprend ses droits et notre esprit retrouve la fraîcheur et la limpidité fondamentales.

Le Bouddha, « celui qui est éveillé  », est un être qui a consumé toutes les anciennes souillures de son esprit et cessé d'en produire de nouvelles. Nous ne serons sans doute jamais éveillés. Néanmoins la discipline de méditation vaut d'être pratiquée, car c'est un chemin sur lequel nous ne pouvons qu'avancer, le fardeau plus léger à chaque pas.

 

Ruisseau