Enfant, j’aimais bien aller à la pêche avec mon grand-père. Nous partions de bon matin, avec un pique-nique, et allions nous poster pour la journée au bord d’une petite rivière calme bordée d’arbres et de buissons. Parfois, le formidable éclat orange et bleu de la flèche éphémère du martin-pêcheur au ras de l’eau.

Ni le grand-père ni moi ne connaissions le mot « méditation ». Pourtant nous méditions. Une paix royale : pas d’autres manifestations que celles de la nature. Il s’agit de se tenir focalisé sur le bouchon de la ligne, guettant le moindre de ses mouvements. Et le mieux pour cela est encore de rester vide d’attente. Quoi qu’il arrive, que cela morde ou pas, le grand-père était heureux. Je réalise rétrospectivement qu’il aura été mon premier maître de méditation !

Parfois la grand-mère nous accompagnait, mais elle, souvent elle s’assoupissait la canne à la main. Une autre fois, son frère avait été de la partie. Agité notoire, il avait passé l’après-midi à brasser l’eau en y plongeant et retirant sans cesse sa ligne, voire sa canne. Et bien sûr en pestant…

En méditation pareillement, nous naviguons entre ces deux écueils : nous assoupir, nous agiter. Juste rester posé, immobile et vigilant, focalisé sur le souffle et sans attente. Quiétude, humilité, patience.

 

Martin-pêcheur