• Soumis au solipsisme

    Descartes a […] considéré qu'il y avait un « intérieur » en nous (notre conscience) et un « extérieur » hors de nous (le monde et les autres). L'un est l'espace d'une certitude – « je pense donc je suis » –, le reste pourrait être une fabrication d'un « malin génie » et son existence n'est jamais vraiment aussi assurée.

    À première vue, cette perspective du solipsisme choque. Comment pourrions-nous croire que seule notre existence est assurée ? Affirmer une telle perspective doit être l'œuvre de philosophes plus soucieux de spéculations que de la réalité ! Nous faisons chaque jour l'expérience du contraire – à la fois de l'existence du monde extérieur et des autres.

    Voilà pourtant qui n'est pas du tout évident. Nous sommes bien plus convaincus de la vérité du solipsisme et soumis à sa perspective que nous ne le pensons. Elle décide même de la plupart de nos décisions et de nos sentiments. Elle exerce sur nous tous une séduction irrésistible.

    Couverture de La tendresse du monde
    page(s) 28
  • Devenir vraiment humain

    L'entraînement Zen traditionnel consiste […] d'abord à devenir vraiment humain, c'est-à-dire capables d'agir, sentir, parler et penser d'une façon vraiment humaine quelles que soient les circonstances, bonnes, mauvaises ou indifférentes.

    Couverture de Les dix images du buffle
    page(s) 20
  • Habiter la terre en poète

    Habiter la terre en poète ne peut se faire sur des idées. En avançant que l’être au monde de l’homme se fonde en une sensibilité (au milieu) avant même que d’être pensé, Berque ne se trompe pas. Mais l’homme est un être métaphysique avant tout. Sa sensibilité la plus fine s’émeut de trouver, dans ce monde même, un au-delà du monde. Il l’appelle la beauté, le sacré, le numineux, et derrière la vanité des mots, il y a bien quelque chose. La géographie, ici, nous est moins utile qu’une sensibilité cosmopoétique qui, plus que de la pensée, procède du corps propre.

    Le fin mot, en la matière, n’est-il pas que la poésie, comme la mystique, ne sera jamais une affaire collective ? La culture lettrée d’Extrême-Orient, précisément, est profondément marquée d’anachorétisme. Seul, assis sous l’arbre de la bodhi, au moment où il s’éveille, le Bouddha entre en coïncidence avec tous les êtres. Et non inversement. Habiter la terre en poète, de quelque façon, ne va pas sans transcender l’enfermement dans la condition humaine.Voilà ce que, dans le zen, on nomme « voir dans sa propre nature et devenir bouddha ». L’ego, lui, restera toujours enveloppé dans des voiles de positivisme.

    Couverture de Écotopia
    page(s) 145
  • Nous pouvons choisir

    En tant qu'être humains, nous avons la possibilité de nous débarrasser des vieilles habitudes, de nous intéresser les uns aux autres et de nous aimer les uns les autres. Nous avons la capacité de nous éveiller et de vivre en pleine conscience mais, vous l'avez peut-être remarqué, nous sommes aussi fortement enclins à rester endormis. C'est comme si nous étions toujours à un carrefour, occupés à décider quel chemin prendre. À chaque instant, nous pouvons choisir d'aller vers plus de clarté et de bonheur, ou vers la confusion et la souffrance.

    Couverture de Vivez sans entrave
    page(s) 9
  • La voie du véritable nourrissement

    La voie du véritable nourrissement est […] à concevoir entre [retraite et vie sociale], mais ne nous méprenons pas sur ce juste milieu qui n'est pas une équidistance vis-à-vis des deux, car celle-ci conduirait aussi, fatalement, à s'immobiliser et ferait rater le renouvellement de la vie. […]

    [C]e n'est pas se retirer au-dedans ni non plus s'activer au-dehors qui est un tort, mais se retirer au-dedans « au point de se tenir caché » et sans plus de rapport avec autrui (si bien qu'on se découvre seul et démuni quand surgit un danger extérieur) ; ou s'activer au-dehors au point d'être continuellement exposé (aux pressions, aux intrigues, etc.), si bien que, faute de relâchement, on est rongé par les préoccupations et on dépérit prématurément.

    Le tort n'est pas dans l'une ou l'autre position mais dans le fait de s'attacher à une position, quelle qu'elle soit, et de s'enliser en elle ; plus précisément, il est de s'isoler dans une certaine position en se coupant de la position adverse et donc de se fermer à l'appel à se détacher de la position occupée (pour continuer d'avancer), que maintenait précisément l'autre possibilité. La vie alors ne se « nourrit » plus parce qu'elle perd de ce fait sa virtualité, s'enlise, se bloque et n'inaugure plus.

    Couverture de Nourrir sa vie
    page(s) 32-33
  • En colère, regardez-vous dans un miroir

    Chaque fois que vous êtes en colère, regardez-vous dans un miroir. Vous n'êtes pas très beau, vous n'êtes pas présentable. Une forte tension affecte les nombreux muscles de votre visage, qui ressemble à une bombe prête à exploser. […] Regardez-vous dans un miroir tandis que vous inspirez calmement et que vous expirez en souriant, et vous éprouverez un grand soulagement.

    Couverture de La colère
    page(s) 29-30
  • Le poids qui nous alourdit

    Le poids qui nous alourdit est aussi léger qu'une plume. Il n'est pas plus lourd qu'une respiration. Il n'a pas plus de poids que la lourdeur d'un regard. Ce qui le rend lourd est notre croyance en nos drames, en nos désirs et en nos chaînes, qui sont autant de raisons que nous inventons pour limiter notre liberté parce qu'elle nous fait trop peur. En fait, le changement n'est pas plus lourd que la prochaine pensée, car ce sont nos pensées qui définissent notre réalité.

    Couverture de Le meilleur de soi
    page(s) 288
  • Au début, vous imaginez méditer

    [A]u début, décider de s'essayer à la méditation, c'est croire que l'on sait de quoi il retourne. Et même lorsque vous débutez dans la pratique, vous ne méditez pas réellement, vous imaginez seulement que vous le faites. Au départ tout cela repose donc sur la confusion, et cette confusion est acceptée comme partie du sentier. Puisque la situation est très ouverte et non organisée, c'est comme si vous vous lanciez dans un territoire inconnu. Beaucoup trouvent cela très effrayant.

    Couverture de Regards sur l’Abhidharma
    page(s) 4
  • Nos blessures sont vides d'existence propre

    Même si nos blessures sont profondes, elles n'affectent pas la nature ultime de l'esprit car, en dépit des apparences, elles sont, elles aussi, vides d'existence propre. De ce fait, il est toujours possible de les dissoudre. Ceux qui prétendent que nos fixations sont gravées dans l'esprit comme dans la pierre n'ont simplement pas consacré suffisamment de temps à contempler la nature de l'esprit.

    Couverture de Plaidoyer pour le bonheur
    page(s) 246
  • Une plus grande existence innée

    Nous aimerions bien posséder notre monde, si bien que nous agissons pour que tout ce que nous voyons autour de nous soit parfaitement en ordre, selon notre désir d'assurer la sécurité du « je », du « moi-même » – c'est le moïsme.

    Grâce aux sources d'inspiration que sont la sīla, le samādhi et la prajñā – la discipline, la méditation et la conscience discriminante –, nous ne succombons pas à l'égocentrisme, au moïsme. De plus, à force de voir notre propre égocentrisme, nous donnons naissance à une plus grande existence innée, nous éveillons ce qu'on appelle en sanskrit la bodhicitta.

    Couverture de Le cœur du sujet
    page(s) 24-25
  • Le bonheur authentique

    Le bonheur authentique, sukha, est un état de plénitude durable qui se manifeste lorsque l'on s'est libéré de l'aveuglement mental et des émotions conflictuelles. C'est aussi la sagesse qui permet de percevoir le monde tel qu'il est, sans voiles ni déformations. C'est enfin la joie de cheminer vers la liberté intérieure et la bonté aimante qui rayonne vers les autres.

    Couverture d'Un voyage immobile
    page(s) Introduction
  • Focalisé sur le souffle, mais ouvert

    La technique de base ici consiste à s'identifier à sa respiration ou, pendant la méditation en marchant, à s'identifier à la marche. Selon un récit traditionnel, le Bouddha dit à un musicien que pour contrôler son esprit il devait le maintenir ni trop tendu ni trop détendu, comme les cordes de son instrument. Il devait maintenir son esprit au niveau correct d'attention.

    Ainsi, quand nous pratiquons ces techniques, devrions-nous mettre 25 % de notre attention dans la respiration ou la marche. Le reste de notre activité mentale devrait être relâché, laissé ouvert.

    Couverture de Le chemin est le but
    page(s) 30
  • Supporter l’insuportable

    Aujourd'hui je sais qu'il y a, par la voie initiatique, un moyen d'abolir consciemment les limites du moi et de les dépasser : supporter l’insuportable. S'arrêter à la frontière du concept et le supporter. Alors naît la chance d'être accueilli par quelque chose de Tout Autre. Plus encore : quelque chose de supranaturel s'éveille en notre conscience et efface toutes les limites. Un instant avant on était « dehors » et tout à coup on est « dedans » et en même temps curieusement « chez soi ».

    Couverture de Pratique de l’expérience spirituelle
    page(s) 22
  • Sage

    La sagesse, contrairement à ce qu'on raconte, ne vient pas avec l'âge. Sage, ce n'est pas une question de temps, c'est une question de cœur et le cœur n'est pas le temps.

    Couverture de La folle allure
    page(s) 95
  • Voir le fonctionnement de l'esprit

    Calmer l'esprit, dans le bouddhisme, n'a pas pour but de l'absorber mais de le mettre en mesure d'être attentif à lui-même assez longtemps pour acquérir un discernement quant à sa propre nature et à son propre fonctionnement.

    Couverture de L'inscription corporelle de l'esprit
    page(s) 64
  • Le réel, une simple croyance collective

    [N]ous ne vivons pas dans un univers objectif, le même pour tous, que nous découvrons progressivement, mais nous créons, nous inventons le monde. Le réel est une simple croyance collective.

    L'objectivité apparaît de plus en plus comme un mythe. Un mythe totalitaire, dangereux.

    En vérité, chaque culture développe son propre rêve… et aucun rêve n'est supérieur aux autres.

    Couverture de L’univers est un rêve
    page(s) 7-8
  • Le présent tel qu’il est

    Le bouddhisme a […] la caractéristique, peut-être unique, de ne pas en appeler à une transcendance quelconque, mais d'ouvrir la dimension du présent tel qu'il est. [préface de Fabrice Midal]

    Couverture de Enseignements secrets
    page(s) 15
  • Désobstruer l’éveil plutôt que l‘établir

    Selon la tradition bouddhiste, l'avance sur le sentier spirituel consiste à pourfendre notre confusion et à recouvrer l'état d'éveil, condition originelle de notre esprit. Lorsque l'esprit, dans sa condition éveillée, est encombré par l'ego et la paranoïa attenante, il prend les caractéristiques d'un instinct sous-jacent. Aussi n'est-il pas tant question d'édifier l'état d'éveil que de réduire en cendres les confusions qui l'obscurcissent. Et c'est dans le processus même de destruction de ces confusions que l'on accède à l'illumination.

    S'il en était autrement, la condition éveillée de l'esprit serait un produit dépendant des causes et des effets, et donc soumise à dissolution. Tout ce qui a été créé doit, tôt ou tard, périr. Si l'illumination était une création, l'ego pourrait toujours, se réaffirmant, causer un retour à l'état de confusion. L'illumination est permanente parce que nous ne l'avons pas produite, nous l'avons seulement découverte. Dans la tradition bouddhiste, on a souvent recours à l'image du soleil apparaissant derrière les nuages pour expliquer la découverte de l'illumination.

    Dans la pratique de la méditation, nous chassons la confusion de l'ego pour entrevoir la lumière de l'éveil. Si nous savons nous débarrasser de l'ignorance, de l'encombrement intérieur, de la paranoïa, nous nous ouvrons à une vision fabuleuse de la vie. On découvre une nouvelle façon d'être.

    Couverture de Pratique de la voie tibétaine
    page(s) 12-13
  • Enfermés dans notre ego

    Nous nous sommes enfermés dans notre ego limité, dans nos constructions mentales. Nous avons perdu le contact avec la source de notre vie, avec ce qui existe avant notre naissance, avec ce qui existe avant que nous séparions « soi-même » et les autres. Toutes les religions tentent de nous ramener à cette réalité. La plupart du temps, cela se passe à travers de nouvelles constructions mentales qui s'ajoutent à nos constructions égoïstes et donc, cela crée encore plus de sujets de conflits et d'oppositions.

    Couverture de Le champ de la vacuité
    page(s) 9
  • La joie de vivre corrélée à l'amour de soi

    Quand je souffre, l'impasse tient à ce que, dans mon fonctionnement émotionnel, je m'identifie encore à la position de l'enfant dépendant de l'autre. […]

    On peut traverser une vie entière, convaincu que les autres, la vie nous sont adverses sans réaliser que l'amour qui nous fait cruellement défaut est le nôtre. […]

    Le seul amour qui puisse nous accompagner durant toute notre vie adulte est celui que nous nous portons. Il nous préserve de la souffrance. […]

    Nous pouvons observer autour de nous ce parallélisme entre la joie de vivre et l'amour de soi, entre la souffrance et le non-amour de soi.

    Couverture de Souffrir ou aimer
    page(s) 22-23