Extraits étiquetés avec : animalité

  • Vieil ours

    Lorsqu'il n'est pas dans l'environnement qui lui convient, qui lui est naturel, l'animal est en proie au stress. Telle est, dans les élevages industriels, la condition de l'animal que l'on doit élever sous cocktails de médicaments tant le stress altère les défenses immunitaires.

    De là, on peut se demander jusqu'à quel point la fatigue de vivre dans de grandes villes, empilés les uns sur les autres, n'est pas simplement due à ces conditions structurelles, relativement impropres à l'animal humain, par simple effet concentrationnaire. Sans compter la nocivité des matériaux industriels, l'agression du bruit, la pollution de l'air et de l'eau. L'incessante computation d'innombrables signes, qu'à contrecœur il faut observer pour rester en compatibilité avec les autres, avec l'environnement, ou simplement préserver sa vie – et cela tout en se remettant de plus en plus fréquemment à jour pour ne pas risquer l'obsolescence.

    Chez certains animaux, l'ours par exemple, les individus âgés, mâles ou femelles, ont tendance à s'isoler, ne rejoignant leur famille qu'épisodiquement, après l'hibernation, pour des rites de printemps. Les gloses que l'on tient sur le choix de solitude chez l'humain devraient en tenir compte, si l'on peut se permettre d'extrapoler, ainsi que le fait le lieu commun du langage, lorsque l'on qualifie quelqu'un de vieil ours.

    Couverture de Écotopia
    page(s) 44-45
  • Compassion et solidarité sont naturels

    [P]our remonter aux racines de l'altruisme, si l'on observe l'afflux de nouvelles données en éthologie qui paraissent aller en ce sens, il semble que l'humanisme soit préprogrammé dans le somatique, et que ce soit nos représentations tardives (après Descartes et ses animaux-machines, là où le Roman de Renart était plus fin) d'une inintelligence animale qui nous aient empêchés de voir que la compassion est un sentiment, et la solidarité un comportement, à l'origine naturels.

    Couverture de Écotopia
    page(s) 34
  • L’émerveillement, un acte libertaire

    L’émerveillement est ennemi des certitudes, des dogmes, des constructions mentales, des croyances multiples et variées qui habitent notre pensée, la société, et qui sont autant de durcissements, de cristallisations, de morts.

    L’émerveillement est un acte profondément libertaire. Du moins, il est la source de la véritable liberté qui refuse d'admettre ce qui est admis par tous, qui refuse de croire ce qui semble évident pour tous.

    S'émerveiller, c'est faire un pas de côté, loin des institutions, de la pensée dominante d'une époque, quelle que soit cette époque.

    En fait, l'essence de l'homme est dans cette capacité à maintenir à distance le monde. C'est même sa différence essentielle avec l'animal qui est capable d'émotions, d'intelligence, mais pas d'étonnement métaphysique.

    Couverture de Petit manuel de l'émerveillement
    page(s) 9-10
  • La douceur, une éthique redoutable

    [L]a douceur a fait pacte avec la vérité ; elle est une éthique redoutable. Elle ne peut se trahir, sauf à être falsifiée. La menace de mort même ne peut la contrer. La douceur est politique. Elle ne plie pas, n'accorde aucun délai, aucune excuse. Elle est un verbe : on fait acte de douceur. Elle s'accorde au présent et inquiète toutes les possibilités de l'humain. De l'animalité, elle garde l'instinct, de l'enfance l'énigme, de la prière l'apaisement, de la nature, l'imprévisibilité, de la lumière, la lumière.

    Couverture de Puissance de la douceur
    page(s) 69
  • La douceur de l'animal

    Si la douceur de l'animal nous touche ainsi, c'est sans doute parce qu'elle nous vient d'un être qui coïncide avec lui-même presque entièrement.

    Couverture de Puissance de la douceur
    page(s) 24
  • Paradoxale sauvagerie de la douceur

    De l’animalité, la douceur garde le secret. Une fondamentale et paradoxale sauvagerie, aussi étrangère à toute forme d'apprivoisement que l'enfance. Ne relevant pas de la seule condition humaine, elle en trace les limites. Si proche de l'animalité qu'elle s'y confond parfois, la douceur s'éprouve au point de rendre possible l'hypothèse d'un instinct qui lui serait propre. Elle serait le trait d'une « pulsion de douceur » première, de protection, de compassion – de bonté même. Un instinct au plus près de l'être, qui ne serait pas seulement affecté à la conservation de soi, mais à la relation.

    Couverture de Puissance de la douceur
    page(s) 23