Extraits étiquetés avec : image

  • La parole poétique

    [L]a compréhension s'effectue en relation aux images qui l'éclairent. Le caractère opérant de l'image poétique dévoile un dédale de liens entrelacés à l'intérieur desquels l'homme et le monde communient.

    La parole poétique suggère. Elle n'explique pas mais nous aide à ressentir ce tissage. Elle nous conduit à l'expérience qui la délie elle-même, la révélant comme tout aussi transitoire que les phénomènes qu'elle désigne. En leurs plis et replis, tours et détours, les mots cessent d'être un filtre déformant, posé entre nous et le monde. « Les mots rêvent », écrit Gaston Bachelard. La parole poétique s'accomplit comme transparence. Ainsi nous rend-elle à l'évidence éclatante de l'expérience du non-deux : nous traversons le monde, le monde nous traverse ; tout se répond dans une profonde unité.

    Une parcelle de poussière
    contient tout l'univers.
    Quand une fleur s'épanouit
    le monde entier se lève.
    Puisez de l'eau et la lune
    est entre vos mains.
    Saisissez des fleurs et votre
    vêtement en sera parfumé.

    La parole poétique est tissée de mots qui rêvent et méditent sur le silence. Des mots qui ne vont nulle part. Des mots comme une danse. Ils tracent des arabesques avec des analogies et des métaphores. Et la pensée se fait plus légère, plus diaphane. On voit directement. Les mots se suffisent à eux-mêmes. Ils ressemblent à des traits de lumière qui vont et viennent parmi les choses. Des mots que l'on regarde comme des volutes d'encens se fondre dans l'espace. […]

    La parole poétique, comme la pensée contemplative, échappe au filtre conceptuel déformant. Elle établit un lien direct avec la situation qu'elle expose. C'est pourquoi le lecteur ou l'auditeur se retrouve plongé au cœur de l'immédiateté telle que le poète a pu la vivre. Et cette actualisation du présent pur signe les prémices d'une expérience d'éveil. Sans doute est-ce la raison pour laquelle certaines poésies nous inspirent et nous réjouissent, car elles nous font vivre un intense moment de satisfaction. Ainsi peut-on parler d'une véritable pratique poétique, tant par l'écriture que par la lecture. Cette pratique stimule une attention vive au présent.

    Couverture de Le grand livre du bouddhisme
    page(s) 481-482
  • Revenir à l’herbe, aux pierres, à une fumée

    Encore était-ce trop préciser ; pour être tout à fait exact, je devrais, après avoir évoqué l'image de la Grèce [venue en contemplant dans une combe une source et la chapelle dédiée], l'effacer, et ne plus laisser présents que l'Origine, le Fond : puis écarter aussi ces mots ; et enfin, revenir à l’herbe, aux pierres, à une fumée qui tourne aujourd'hui dans l'air, et demain aura disparu.

    Couverture de Paysages avec figures absentes
    page(s) 30-31
  • Aimer une image n'est pas aimer

    Je peux affirmer : « J'aime mon épouse », mais ce n'est pas un fait réel. J'aime l'image que j'ai d'elle lorsqu'elle ne m'agresse pas. Dès lors, je découvre que la relation suppose un affranchissement de toute image, de toute conclusion et qu'elle signifie responsabilité et amour.

    Couverture de Vivre dans un monde en crise
    page(s) 44
  • La connaissance véritable est perception directe

    Nous nous servons de mots pour désigner une chose – un objet ou un concept – mais ces mots ne correspondent pas forcément à la « vérité » de cette chose qui ne peut être connue qu'à travers une perception directe de la réalité. Dans notre vie quotidienne, nous avons rarement des perceptions directes. Nous inventons, imaginons et créons des perceptions à partir des graines d'images qui sont présentes dans notre conscience du tréfonds. […]

    Nous pratiquons la méditation pour entraîner l'esprit à la perception directe, à la perception correcte.

    Couverture de Pour une métamorphose de l’esprit
    page(s) 43
  • Mots, images : autant de graines

    Chaque nom que nous avons assigné à un phénomène, chaque mot que nous avons appris, est conservé sous la forme d'une graine dans notre conscience. Ces graines génèrent d'autres graines en nous, appelées « images ». […]

    Elles peuvent être de pures créations de notre imagination, mais nous ne pouvons pas voir la frontière entre la réalité et nos perceptions erronées.

    Couverture de Pour une métamorphose de l’esprit
    page(s) 42