Extraits étiquetés avec : lucidité

  • Un matin tel qu'on ne l'avait encore jamais aperçu

    [N]os vies se mesurent, non pas tant à la capacité de supporter les malheurs qui les frappent du dehors, sur un mode stoïcien tant célébré, qu'à la capacité de garder les yeux le plus longtemps ouverts sur le négatif interne à la vie même, mais aussi activant la vie. Et ce sans compensation ni substitution, d'où vient la lucidité, pour y trouver l'appui d'une relance de la vie ou ce qui constitue la possibilité d'une seconde vie. Pour pouvoir enfin un matin, quand on tire le rideau de sa fenêtre, qu'on regarde la maison d'en face et la rue, commencer de voir se lever, du fond même de la nuit, ce que peut être un matin. Un matin « de plus », mais émergeant du monde, tout en procédant du monde, et tel qu'on ne l'avait encore jamais aperçu.

    Couverture de Une seconde vie
    page(s) 184-185
  • Lucidité, vérité inconfortable

    [O]n « veut » bien, non pas la vérité, mais une certaine vérité, comme l'a vu Nietzsche. Lucidité nomme, en revanche, la vérité qu'on ne veut pas, mais qui s'impose à nous et malgré nous, non par annonce extérieure et fracassante Révélation, mais modestement, du sein même de la vie écoulée et peu à peu réfléchie, de l'expérience décantée et ce qui s'en distille discrètement, empoisonnant, il est vrai, le confort de la vie et de la pensée – et qu'on peut chercher à dissimuler ou bien qu'on décide d'affronter. L'affronter, et même en tirer parti, est ce qui ouvre une seconde vie.

    Couverture de Une seconde vie
    page(s) 113
  • Lente décantation de la lucidité

    [L]a lucidité […] est conjointement résultative : j'y ai été conduit par les expériences traversées en même temps que j'y ai contribué moi-même par leur prise en compte. Tous ceux qui ont subi des expériences négatives ne sont pas pour autant devenus lucides, il y faut aussi une collaboration du sujet, acceptant de les laisser entrer dans le champ de sa réflexion. De la lucidité me vient tout ce que j'ai vécu et qui a dissout et défait peu à peu – a effrité et morcelé, fissuré et craquelé, par contrainte exercée du dehors en même temps que rectification personnellement assumée – ce qui obscurcissait ma conscience à titre de représentations de l'esprit s'interposant à mon insu et me voilant la réalité – « réalité » sortant alors de sa nébuleuse équivoque pour signifier précisément ce qui reste après ce retrait.

    Couverture de Une seconde vie
    page(s) 97-98
  • Lucidité

    La lucidité n'est pas l'intelligence, dont le propre est la compréhension. Tandis que l'intelligence, à l'instar du langage, est une faculté, et même la plus générale, qu'elle est pour une part au moins innée, qu'elle se porte sur un objet à la fois de son propre mouvement et dans l'instant, la lucidité, quant à elle, ne nous est pas donnée, elle ne fait même pas l'objet d'un entretien et d'un entraînement : elle ne s'atteint qu'à partir d'un cheminement et de façon résultative – peut-on même se communiquer, de l'un à l'autre, ce résultat ?

    La lucidité n'est pas non plus la connaissance, celle-ci relevant plus résolument d'une acquisition. Tandis que la connaissance s'étend par domaines et par disciplines, la lucidité est une capacité globale qui ne se laisse pas morceler ni ne s'enseigne. À la rapprocher également des termes qui lui sont donnés pour synonymes, il apparaît que la pénétration comme la perspicacité (la clairvoyance) supposent que l'esprit a rencontré une résistance – une opacité – et la dépasse. Elles renvoient prospectivement, l'une et l'autre, à une situation dont la difficulté est à dénouer. Leur usage requiert un point d'application, la première se prévalant plutôt de profondeur et la seconde de netteté.

    Mais la lucidité, quant à elle, est issue d'un devenir : on devient lucide par expérience ; elle s'atteint processuellement et par dégagement : de la lumière vient d'elle-même, par immanence, à partir de tout ce qu'on a vécu et traversé. Pénétration et perspicacité nomment une capacité opérationnelle de l'esprit ; lucidité, un niveau auquel a accédé la conscience. Tandis que celles-là nomment le franchissement d'un embarras se présentant à la pensée, celle-ci dit la sortie d'une indistinction par laquelle on se laissait abuser. Aussi, en signifiant qu'on émerge de la confusion dans laquelle on était demeuré dans sa vie passée, la lucidité nomme-t-elle bien la capacité d'un sujet accédant à la seconde vie.

    Ne s'acquérant pas, à proprement parler, la lucidité n'est affaire ni de méthode ni de volonté. Puis-je même désirer devenir lucide ? Je désirerais, à vrai dire, plutôt la contraire : rester dans une indistinction naïve – une confusion primitive – répondant davantage, plus immédiatement, à mes souhaits ; ne me forçant pas à voir la réalité dépouillée de ses illusions ou « comme elle est ». Alors qu'on voudrait être plus intelligent ou posséder plus de connaissances, et même avoir l'esprit plus perspicace ou pénétrant, ne craindrais-je pas, au contraire, plus de lucidité ?

    Couverture de Une seconde vie
    page(s) 95-97
  • Concilier notre potentiel et nos névroses

    Il nous faut atteindre une certaine maturité pour apprendre à concilier notre potentiel et nos névroses. La pratique de l'observation de l'esprit permet de développer cette maturité.

    Cette réflexion introspective désigne l'attitude d'esprit et la méthode qui consistent à regarder en toute lucidité et sans jugement de valeur tout ce qui surgit dans notre esprit. C'est un exercice difficile : nous avons en effet tendance à rejeter nos expériences déplaisantes et à susciter les plus agréables. La beauté et la bonté extraordinaires inhérentes à cette méthode résident dans le fait qu'elle exige tout simplement de faire l'expérience de l'ensemble de ce que nous vivons.

    Couverture de Petit guide du bouddhisme à l’usage de tous
    page(s) 26-27
  • Solitude, courage, lucidité et attention

    Le solitaire heureux a regardé en face son destin de mortel et l'a aimé. Ayant contemplé et accepté son impermanence, il connaît désormais la merveille de respirer, d'étudier, d'aimer.

    Tant qu'on refusera à l'être humain sa dimension de solitude, tant qu'on la lui cachera par des divertissements, par des institutions, des propos hypocrites, tant qu'on s'acharnera à la supprimer, sous prétexte d'injustice ou d'inadaptation sociale, les gens seront maintenus dans leur peur de mourir et ils demeureront, bien dociles et tremblants, sous tutelle. Esclaves et non libres.

    La solitude n'a rien de triste, mais elle a la gravité de l'amour, de la beauté, des choses essentielles. Elle enjoint de vivre avec courage, lucidité et attention.

    Couverture de L'esprit de solitude
    page(s) 50-51
  • Celui qui sait

    Si, alors que vous êtes en pleine crise, vous tenez votre attention éveillée, vous allez commencer à sentir en vous-même une conscience témoin, une présence pleine de sagesse, que l'on pourrait nommer « celui qui sait ». Cette « présence connaissante », c'est la conscience elle-même, et elle est là, en vous, à chaque instant de votre vie, même lorsqu'elle semble avoir complètement disparu. Même dans les moments les plus pénibles d'une maladie ou d'un deuil, dans vos dépressions et chagrins les plus profonds, lors de vos peurs et défis les plus graves, celui en vous qui sait veille toujours, calme et lucide. Il est dans l'acceptation de l'événement. Au-delà de la situation immédiate, il perçoit quelque chose de beaucoup plus vaste.

    Couverture de Une lueur dans l’obscurité
    page(s) 20-21
  • Être entièrement là

    Une vie qui n'a pas de centre, c'est une vie qui n'a pas de sens. La paix (hésychia, pour les Grecs, shalom pour les Juifs, shanti pour les Indiens), c'est d'être entièrement là… […]

    Une assise sans cœur est une verticale d'ennui.

    Une marche sans cœur est une horizontale sans fruit.

    Le centre n'est pas un point particulier du corps, mais une ouverture, un espace dans lequel nous accueillons tout ce qui est, avec lucidité, gratitude et compassion. Se tenir là où se tient l'astre, ou l'acte immobile, l'acte pur et premier, selon Aristote, « qui fait tourner la terre, le cœur humain et les autres étoiles »… Si ce n'est pas l'Amour, ça lui ressemble…

    Couverture de L'assise et la marche
    page(s) 12
  • S'écouter soi-même

    Ici, c'est à l'écoute de vous-même, et non de l'orateur, qu'il faut vous mettre. Si vous écoutez l'orateur, il devient votre maître à penser, la voie à suivre pour pouvoir comprendre – ce qui est une horreur, une abomination, car vous aurez alors instauré la hiérarchie de l'autorité. […]

    Mais si, tout en écoutant l'orateur, vous êtes simultanément à l'écoute de vous-même, alors cette écoute est source de lucidité, de sensibilité ; l'esprit puise dans cette écoute force et santé. N'étant ni en position d'obéissance ni en situation de résistance, il devient intensément vivant.

    Couverture de Le livre de la méditation et de la vie
    page(s) 21
  • Le domaine moyen

    Le domaine moyen ou de la forme pure (rūpaloka), ne comprend que l'activité mentale libérée (au moins temporairement) des attraits du monde du désir et tournée uniquement vers les représentations formelles unies aux concepts et aux sentiments purs. Ses caractéristiques sont : la concentration, la lucidité, le bonheur ou la joie et la sérénité.

    Ce domaine peut être expérimenté en cette vie même, lors de la méditation qui atteint l'extase ou enstase (dhyāna), et au long cours après la mort, en des états immatériels de type paradisiaque. La maîtrise parfaite du mental à ce niveau conduit à celle correspondante des éléments grossiers et à la démonstration, dans le monde du désir, des pouvoirs, dits spirituels ou supra normaux (abhijñā).

    Couverture de [corps - âme - esprit] par un bouddhiste
    page(s) 16
  • Laisser advenir, toucher, lâcher

    Le processus de libération réside dans cette séquence :

    • laisser advenir la production mentale, ce qui suppose un minimum de confiance en soi, dans le maître et la méthode ;

    • maintenir l'attention sur le phénomène, sans l'entretenir, ce qui suppose un minimum d'humeur équanime et de lucidité attentive ;

    • abandonner le phénomène et retourner à l'objet habituel d'attention, la sensation corporelle, ce qui suppose un minimum de détachement et d'autonomie de la conscience.

    La répétition de cette séquence dans une atmosphère calme assure […] des micro-décharges émotionnelles, qui finiront par réaliser des abréactions efficaces. La décharge des affects, du potentiel énergétique des saṃskāra, pour utiliser le vocabulaire hindou ou bouddhique, fait partie du travail indispensable de la voie spirituelle… et thérapeutique. Mais dans la première, le but est bien de se débarrasser de la totalité des saṃskāra.

    Couverture de Méditation et psychothérapie
    page(s) 64-65
  • Laisser advenir, toucher, lâcher

    Le processus de libération réside dans cette séquence :

    • laisser advenir la production mentale, ce qui suppose un minimum de confiance en soi, dans le maître et la méthode ;

    • maintenir l'attention sur le phénomène, sans l'entretenir, ce qui suppose un minimum d'humeur équanime et de lucidité attentive ;

    • abandonner le phénomène et retourner à l'objet habituel d'attention, la sensation corporelle, ce qui suppose un minimum de détachement et d'autonomie de la conscience.

    La répétition de cette séquence dans une atmosphère calme assure […] des micro-décharges émotionnelles, qui finiront par réaliser des abréactions efficaces. La décharge des affects, du potentiel énergétique des saṃskāra, pour utiliser le vocabulaire hindou ou bouddhique, fait partie du travail indispensable de la voie spirituelle… et thérapeutique. Mais dans la première, le but est bien de se débarrasser de la totalité des saṃskāra.

    Couverture de Méditation et psychothérapie
    page(s) 64-65
  • Laisser advenir, toucher, lâcher

    Le processus de libération réside dans cette séquence :

    • laisser advenir la production mentale, ce qui suppose un minimum de confiance en soi, dans le maître et la méthode ;

    • maintenir l'attention sur le phénomène, sans l'entretenir, ce qui suppose un minimum d'humeur équanime et de lucidité attentive ;

    • abandonner le phénomène et retourner à l'objet habituel d'attention, la sensation corporelle, ce qui suppose un minimum de détachement et d'autonomie de la conscience.

    La répétition de cette séquence dans une atmosphère calme assure […] des micro-décharges émotionnelles, qui finiront par réaliser des abréactions efficaces. La décharge des affects, du potentiel énergétique des saṃskāra, pour utiliser le vocabulaire hindou ou bouddhique, fait partie du travail indispensable de la voie spirituelle… et thérapeutique. Mais dans la première, le but est bien de se débarrasser de la totalité des saṃskāra.

    Couverture de Méditation et psychothérapie
    page(s) 64-65
  • La méditation de vision pénétrante

    La famille [de méditation] de la vision pénétrante ([vipassanā]) est la mise en jeu de la dimension essentielle de l'esprit, cette vision lucide, transcendante, non duelle, de ce qui est comme c'est. Cette expression spontanée, non empêchée, de la sagesse ultime qui nous éclaire est à la fois le moyen de la libération et le témoignage de ce que la liberté est déjà là.

    La vision transcendante est l'agent de la dissolution de tous les liens et de la connaissance intégrante de tous les points de vue partiels. Seule véritable force de transformation et de libération, elle peut s'exercer même sans culture systématique de la concentration, bien que cette dernière en facilite et accélère les effets. […]

    [C]ette attention claire et ouverte réalise la connaissance juste et la transformation par la disparition des obstacles affectifs et cognitifs, que la construction historique du moi oppose à l'élargissement de la conscience. Elle effectue ce qu'on peut appeler la « désautomatisation », ou la déprogrammation des processus cognitifs figés. La désidentification d'avec ce moi – ultimement « illusoire » comme dit le bouddhisme, bien qu'il ait été temporairement nécessaire – constitue la tâche fondamentale, et redoutable, du pratiquant d'une voie spirituelle ; elle culmine dans la réintégration en Dieu, l'identité suprême, l'identification Atman-Brahman, le nirvāna, la cessation définitive de toute trace d'ignorance et d'attachement au désir et à la répulsion.

    Couverture de Méditation et psychothérapie
    page(s) 53-54
  • La méditation de vision pénétrante

    La famille [de méditation] de la vision pénétrante ([vipassanā]) est la mise en jeu de la dimension essentielle de l'esprit, cette vision lucide, transcendante, non duelle, de ce qui est comme c'est. Cette expression spontanée, non empêchée, de la sagesse ultime qui nous éclaire est à la fois le moyen de la libération et le témoignage de ce que la liberté est déjà là.

    La vision transcendante est l'agent de la dissolution de tous les liens et de la connaissance intégrante de tous les points de vue partiels. Seule véritable force de transformation et de libération, elle peut s'exercer même sans culture systématique de la concentration, bien que cette dernière en facilite et accélère les effets. […]

    [C]ette attention claire et ouverte réalise la connaissance juste et la transformation par la disparition des obstacles affectifs et cognitifs, que la construction historique du moi oppose à l'élargissement de la conscience. Elle effectue ce qu'on peut appeler la « désautomatisation », ou la déprogrammation des processus cognitifs figés. La désidentification d'avec ce moi – ultimement « illusoire » comme dit le bouddhisme, bien qu'il ait été temporairement nécessaire – constitue la tâche fondamentale, et redoutable, du pratiquant d'une voie spirituelle ; elle culmine dans la réintégration en Dieu, l'identité suprême, l'identification Atman-Brahman, le nirvāna, la cessation définitive de toute trace d'ignorance et d'attachement au désir et à la répulsion.

    Couverture de Méditation et psychothérapie
    page(s) 53-54
  • La méditation de vision pénétrante

    La famille [de méditation] de la vision pénétrante ([vipassanā]) est la mise en jeu de la dimension essentielle de l'esprit, cette vision lucide, transcendante, non duelle, de ce qui est comme c'est. Cette expression spontanée, non empêchée, de la sagesse ultime qui nous éclaire est à la fois le moyen de la libération et le témoignage de ce que la liberté est déjà là.

    La vision transcendante est l'agent de la dissolution de tous les liens et de la connaissance intégrante de tous les points de vue partiels. Seule véritable force de transformation et de libération, elle peut s'exercer même sans culture systématique de la concentration, bien que cette dernière en facilite et accélère les effets. […]

    [C]ette attention claire et ouverte réalise la connaissance juste et la transformation par la disparition des obstacles affectifs et cognitifs, que la construction historique du moi oppose à l'élargissement de la conscience. Elle effectue ce qu'on peut appeler la « désautomatisation », ou la déprogrammation des processus cognitifs figés. La désidentification d'avec ce moi – ultimement « illusoire » comme dit le bouddhisme, bien qu'il ait été temporairement nécessaire – constitue la tâche fondamentale, et redoutable, du pratiquant d'une voie spirituelle ; elle culmine dans la réintégration en Dieu, l'identité suprême, l'identification Atman-Brahman, le nirvāna, la cessation définitive de toute trace d'ignorance et d'attachement au désir et à la répulsion.

    Couverture de Méditation et psychothérapie
    page(s) 53-54
  • La méditation de concentration

    La famille [de méditation] de la concentration (samādhi) […] consiste à focaliser consciemment, progressivement, de façon soutenue, intense et prolongée, des heures voire des jours, l'activité mentale sur un seul point. Ce faisant, toutes les activités mentales autres que celle choisie sont temporairement éliminées, par exemple l'activité sensorielle et la perception du monde extérieur, puis celle du corps propre et finalement la pensée discursive.

    L'approfondissement de cette concentration, quel qu'en soit l'objet au départ, amène le développement de phénomènes spécifiques de la seule concentration, qui constituent les états d'extase, ou d'enstase (Mircea Eliade), appelés dhyāna dans le bouddhisme et samādhi dans l'hindouisme. Ceux-ci se rangent le long d'une échelle étendue qui part de notre condition ordinaire pour atteindre, après un dur entraînement, un état final d'apparence cataleptique, coupé du monde matériel mais intensément focalisé sur l'esprit seul. La conscience y est absorbée dans un état de lucidité sereine et béatifique, supraconceptuelle, donc ineffable, dont il existe plusieurs degrés.

    Couverture de Méditation et psychothérapie
    page(s) 51-52
  • La méditation de concentration

    La famille [de méditation] de la concentration (samādhi) […] consiste à focaliser consciemment, progressivement, de façon soutenue, intense et prolongée, des heures voire des jours, l'activité mentale sur un seul point. Ce faisant, toutes les activités mentales autres que celle choisie sont temporairement éliminées, par exemple l'activité sensorielle et la perception du monde extérieur, puis celle du corps propre et finalement la pensée discursive.

    L'approfondissement de cette concentration, quel qu'en soit l'objet au départ, amène le développement de phénomènes spécifiques de la seule concentration, qui constituent les états d'extase, ou d'enstase (Mircea Eliade), appelés dhyāna dans le bouddhisme et samādhi dans l'hindouisme. Ceux-ci se rangent le long d'une échelle étendue qui part de notre condition ordinaire pour atteindre, après un dur entraînement, un état final d'apparence cataleptique, coupé du monde matériel mais intensément focalisé sur l'esprit seul. La conscience y est absorbée dans un état de lucidité sereine et béatifique, supraconceptuelle, donc ineffable, dont il existe plusieurs degrés.

    Couverture de Méditation et psychothérapie
    page(s) 51-52
  • La méditation de concentration

    La famille [de méditation] de la concentration (samādhi) […] consiste à focaliser consciemment, progressivement, de façon soutenue, intense et prolongée, des heures voire des jours, l'activité mentale sur un seul point. Ce faisant, toutes les activités mentales autres que celle choisie sont temporairement éliminées, par exemple l'activité sensorielle et la perception du monde extérieur, puis celle du corps propre et finalement la pensée discursive.

    L'approfondissement de cette concentration, quel qu'en soit l'objet au départ, amène le développement de phénomènes spécifiques de la seule concentration, qui constituent les états d'extase, ou d'enstase (Mircea Eliade), appelés dhyāna dans le bouddhisme et samādhi dans l'hindouisme. Ceux-ci se rangent le long d'une échelle étendue qui part de notre condition ordinaire pour atteindre, après un dur entraînement, un état final d'apparence cataleptique, coupé du monde matériel mais intensément focalisé sur l'esprit seul. La conscience y est absorbée dans un état de lucidité sereine et béatifique, supraconceptuelle, donc ineffable, dont il existe plusieurs degrés.

    Couverture de Méditation et psychothérapie
    page(s) 51-52
  • L'ouverture nous rend courageux

    Plus nous pratiquons, plus nous nous ouvrons et plus nous apprenons à faire preuve de courage dans notre vie. Dans la méditation, vous n'avez jamais réellement l'impression d'avoir abouti à quelque chose. Vous avez simplement la sensation d'être assez détendu pour éprouver ce qui était en vous depuis toujours. J'appelle parfois ce processus de transformation la « grâce ».

    Car à mesure que nous développons ce courage, processus au cours duquel nous laissons éclore la palette de nos émotions, nous pouvons être saisis d'instants de lucidité, qui n'auraient jamais eu lieu en essayant de comprendre d'un point de vue conceptuel ce qui ne va pas chez nous, ou dans le monde. Ces instants de lucidité naissent lorsque nous restons assis en méditation, ce qui demande du courage, un courage qui croît au fil du temps.

    Couverture de Comment méditer
    page(s) 19