Extraits étiquetés avec : miroir

  • La charrette qui vient du fond de ton enfance

    La charrette qui vient du fond de ton enfance
    Comment peut-elle encor gémir en avançant,
    Elle qui dort si mal au creux de la mémoire
    Ne devrait pas ainsi affronter le présent.
    Mais tourne-toi plutôt vers cette grande glace,
    Affronte ce visage issu de maintenant,
    Ou bien combien de fois faudra-t-il te redire
    Que le reste n'est plus que mort et souvenir,
    Et que, seul, ton regard qui ne peut se rider
    Sait venir de très loin pour aboutir si près
    Qu'il te donne le vertige des précipices,
    Et tu baisses les yeux par crainte de tomber.

    Couverture de La fable du monde
    page(s) 103
  • De même que dans un miroir

    « De même que les formes dans un miroir
    Où sont absentes l'identité et l'altérité
    Apparaissent mais sont inexistantes,
    De même la nature propre des choses. »

    [Laṅkāvatāra sūtra]

    Couverture de Les étapes de la méditation
    page(s) 40
  • Les surprises du retraitant

    L'expérience de dix jours [de retraite silencieuse Vipassanā] sera sans doute source d'un certain nombre de surprises pour le débutant. La première : la méditation n'est pas de tout repos ! […] Les instructions sont de pratiquer en y consacrant tous ses efforts, et cependant sans aucune tension ; mais tant qu'on n'y parvient pas, l'exercice peut devenir frustrant ou même épuisant.

    Autre surprise, au commencement, les intuitions intérieures acquises par l'observation de soi ont peu de chance d'être toutes agréables et béatifiques. Notre image de nous-mêmes est généralement très sélective. En nous regardant dans un miroir, nous avons soin de prendre la pose la plus avantageuse, l'expression la plus agréable. De même, chacun possède une image mentale de soi qui fait ressortir des qualités admirables, minimise des défauts et omet totalement certains côtés de son caractère. Nous voyons l'image que nous voulons voir, non la réalité. Mais la méditation Vipassanā est une technique d'observation de la réalité sous tous les angles. Au lieu d'une image de soi soigneusement sélective, le méditant se trouve confronté à la vérité toute nue. Certains aspects seront inévitablement difficiles à accepter. […]

    Puis, autre surprise : les difficultés se dissipent. À une certain point, les méditants apprennent à faire des efforts sans effort, à maintenir une vigilance détendue, une concentration détachée. Au lieu de se débattre, ils s'absorbent dans la pratique. […] L'esprit devient calme comme un lac de montagne à l'aube, parfait miroir de son paysage, et révélant en même temps ses profondeurs à qui l'observe de plus près. Quand vient cette clarté, chaque instant est plein d'affirmation, de paix et de beauté.

    Couverture de L’art de vivre
    page(s) 22-23
  • En colère, regardez-vous dans un miroir

    Chaque fois que vous êtes en colère, regardez-vous dans un miroir. Vous n'êtes pas très beau, vous n'êtes pas présentable. Une forte tension affecte les nombreux muscles de votre visage, qui ressemble à une bombe prête à exploser. […] Regardez-vous dans un miroir tandis que vous inspirez calmement et que vous expirez en souriant, et vous éprouverez un grand soulagement.

    Couverture de La colère
    page(s) 29-30
  • Qu'on lui donne un miroir…

    Qu'on lui donne un miroir au milieu du chemin
    Elle y verra la vie échapper à ses mains,
    Une étoile briller comme un cœur inégal
    Qui tantôt va trop vite et tantôt bat si mal.

    Quand ils approcheront ses oiseaux favoris,
    Elle regardera mais sans avoir compris,
    Voudra, prise de peur, voir sa propre figure,
    Le miroir se taira, d'un silence qui dure.

    Couverture du Forçat innocent
    page(s) 89 (Derrière le silence, Le forçat innocent, 1930)
  • Comme dans un miroir que rien ne peut obscurcir

    Comme le dit Wanshi : « Tout fonctionne sans laisser de trace. Tout est reflété comme dans un miroir que rien ne peut obscurcir. » L'esprit et tous les phénomènes s'harmonisent puisqu'on pratique sans utiliser sa conscience personnelle. C'est-à-dire sans vouloir obtenir quelque chose ou rejeter quoi que ce soit, sans juger, sans discriminer, avec un esprit complètement ouvert – mushin – sans intention, sans arrière-pensées. Ainsi on peut trouver la paix de l'esprit.

    Couverture de Le champ de la vacuité
    page(s) 13
  • L’aérienne convenance

    C'était notre vie, avec ses cahots : peu de mérite, peu d'ardeur, partout des menaces. Un cœur peu généreux, un esprit incertain et prudent, rien que des vertus négatives, d'abstention ; et quant au monde : un visage tailladé. Le fer dans les yeux, l'os carié. Le siècle que l'on ne peut plus regarder en face. Et rien que d'avoir entendu ces voix auxquelles je ne m'attendais plus, ainsi liées aux arbres et au ciel en même temps, ainsi placées entre moi et le monde, à l'intérieur d'une journée, ces voix qui se trouvaient être sans doute l'expression la plus naturelle d'une joie d'être (comme quand on voit s'allumer des feux pour une fête de colline en colline) et qui la portaient, cette joie, à l'incandescence, faisant tout oublier des organes, des plumages, de la pesanteur (comme fondus dans sa sphère), rien que d'avoir entendu cela, mon attention s'était portée à nouveau, par surprise, par grâce, vers ce qui, plus pur, la purifie et, plus lumineux, l'illumine.

    Ciel. Miroir de la perfection. Sur ce miroir, tout au fond, c'est comme si je voyais une porte s'ouvrir. Il était clair, elle est encore plus claire.

    Pas de clochers. Mais dans toute l'étendue, l'heure de l'éternité qui bat dans des cages de buée.

    Suprême harmonie, justice de l'Illimité. On aurait dit que chacun recevait sa part, la lumière qui paraît infinie distribuée selon l’aérienne convenance.

    Couverture de Paysages avec figures absentes
    page(s) 78-79
  • Notre nature intacte et originelle

    Le bouddhisme indien, assez indifférent à la nature, au contact de la sensibilité taoïste, en Chine, devient doctrine de l'immanent, aussi la représentation picturale peut-elle devenir l'expression de l'expérience intime de la siccité (ou ainsité, traduction du sanskrit tathatā), vraie nature silencieuse et immuable de toutes choses qui n'apparaît dans l'esprit du sage que lorsque – en son plus intime – il a fait place au silence. Dans ce silence, miroir originel et équanime de l'esprit, la branche de pin se reflète comme à la surface limpide de l'eau glacée des montagnes. Dans cette eau immobile où se mire la branche du pin, les nuages – que rien ne retient – à leur gré défilent librement. […]

    Joie intime de la paix retrouvée en un fond des montagnes qui est aussi un fond de nous-mêmes, notre nature intacte et originelle.

    Couverture de Voyageant parmi les nuages
    page(s) 55-56
  • Quand le soleil…

    « Quand le soleil… — Mais le soleil qu'en faites-vous ?
    Du pain pour chaque jour, l'angoisse pour la nuit.
    — Quand le soleil… — Mais à la fin vous tairez-vous,
    C'est trop grand et trop loin pour l'homme des maisons.
    — Ce bruit de voix… — Ou bien plutôt bruit de visages,
    On les entend toujours et même s'ils se taisent.
    — Mais le silence… — Il n'en est pas autour de vous,
    Tout fait son bruit distinct pour l'oreille de l'âme.
    — Ne cherchez plus. — Et pourrais-je ne pas chercher,
    Je suis tout yeux comme un renard dans le danger.
    — Laissons cela, vous êtes si près de vous-même
    Que désormais rien ne pourrait vous arriver,
    Rassurez-vous, il fait un petit vent de songe
    Et l'étrange miroir luit presque familier. »

    Couverture du Forçat innocent
    page(s) 197 (Le miroir intérieur, Les amis inconnus, 1934)
  • Voir ce qui est, être dans le vrai

    L'image qui me vient à l'esprit lorsque j'évoque la vertu lumineuse, « éclairante », d'humilité est celle du miroir. Le zen parle du miroir vide. En effet, le miroir reflète la réalité sans la déformer, sans s'en accaparer ni rien rejeter. On peut mettre une ordure devant le miroir, il reste propre. On peut mettre un diamant, une beauté fatale, il n'est pas troublé par ce qu'il contemple. Pour moi, l'humilité, c'est d'abord refléter et se connaître adéquatement. Si l'on suit saint Thomas d'Aquin, et sainte Thérèse d'Avila, se dessine l'image d'une humilité qui consiste tout simplement à voir ce qui est, à être dans le vrai.

    Couverture du Petit traité de l’abandon
    page(s) 85
  • Écouter l'autre sans le juger

    Il ne s'agit bien entendu pas de figer « l'ami dans le bien » dans une définition. Mais ce qui me semble le caractériser, c'est le non-jugement. Les textes zen emploient l'image du miroir vide à ce propos. Force est de constater que la chose la plus difficile, en tous cas à mes yeux, est d'écouter l'autre sans le juger.

    Couverture du Petit traité de l’abandon
    page(s) 23