Extraits étiquetés avec : orgueil

  • Un bel environnement élève l’âme

    [C]e que les hommes font de l'environnement de leur maison témoigne de leur vision du monde. On y voir trop souvent, hélas, peu de culture botanique ou architecturale, peu d'imagination. Un pauvre conformisme. Le paysagiste, le pépiniériste sont passés par là, incitant à planter sans discernement ce que l'on voit partout.

    Il n'en faut pas beaucoup pour faire le monde beau, pourtant. Un bel environnement élève l’âme. On s'y sent à sa place et en paix. Mais le langage tacite, tenu par le paysage autour des maisons, quand on le décrypte et l'énonce, est trop souvent déplaisant. Il signifie le rejet, l'égoïsme, la vanité. L'agressivité parfois. Ne dites pas que c'est là une question de budget, d'inégalité sociale. Promenez-vous à pied dans les villages de l'île de Bali, dans les derniers quartiers de bois de la vieille Chine ou du Japon, vous m'en donnerez des nouvelles.

    Couverture de Ma vie dans les monts
    page(s) 34-35
  • Bouddhisme versus disciplines déistes

    Bien que la voie du Bouddha ne soit déiste, elle n'entre pas en contradiction avec les disciplines postulant l'existence d'un Dieu. Les différences entre les voies portent plutôt sur l'accent et la méthode. Les problèmes fondamentaux du matérialisme spirituel sont communs à toutes les disciplines spirituelles. Dans l'approche bouddhiste, on part de la confusion et de la souffrance qui sont notre lot, et l'on s'emploie à démêler l'écheveau des causes. Dans l'approche déiste, on part de la richesse divine, et l'on tâche d'élever sa conscience jusqu'à faire l'expérience de la présence de Dieu. Mais dès lors que notre confusion et nos points négatifs sont un obstacle à la relation avec Dieu, l'approche déiste doit s'en occuper aussi. L'orgueil spirituel, par exemple, est tout à fait un problème commun aux disciplines déistes et au bouddhisme.

    Couverture de Pratique de la voie tibétaine
    page(s) 12
  • Transformation de l’identité en singularité

    Règle n°6

    Le changement est la transformation de l’identité en singularité, c'est-à-dire de ce que l'on ne veut pas changer en ce que l'on ne peut pas changer.

    Démonstration

    L’identité est composée de tous les items dont peut se targuer un individu : son origine, son pays, son histoire, ses symptômes. La définition qu'il se donne en eux le rigidifie parce qu'ils sont le lieu de sa maîtrise et de sa suffisance. La singularité apparaît chaque fois que l’identité est négligée. Elle est comme le style : évidente et insaisissable. Elle suppose le risque de la solitude irrémédiable, de ce qui est estimé comme menace de mort et, bien que donnée une fois pour toutes, elle n'est appréciée que par les autres, jamais par soi. La perte, pour le patient, de son identité, qu'il ne veut pas changer, est nécessaire pour que soient abandonnés les repères habituels qui constituaient son rapport non modifié à soi, aux autres  et à l'environnement et pour qu'il laisse advenir, à travers ce qui lui est donné en propre et qu'il ne peut pas changer, une nouvelle configuration de son monde. CQFD.

    Couverture de Jamais contre, d’abord
    page(s) 324-325 (La fin de la plainte)
  • J’ai bien peur que nous ne soyons des cas désespérés

    [P]ersonne en Amérique ne comprend vraiment ne serait-ce que le palier du bouddhisme qu'on appelle Hīnayāna. Les gens en ont une compréhension extrêmement mince. Ils adoptent une attitude complètement schizophrène : ils imaginent une personnalité éveillée, divine, qui s'oppose à la version confuse qu'ils ont d'eux-mêmes. Par conséquent, ils se considèrent comme des êtres abandonnés, tout à fait mauvais. Ou bien il se peut qu'ils nourrissent quelque espoir, mais cela se fonde sur une sorte d'orgueil spirituel qui ne laisse aucune marge à la confusion. Nous sommes donc désespérés. J’ai bien peur que nous ne soyons des cas désespérés.

    Couverture de Jeu d’illusion
    page(s) 19-20
  • Les cinq premiers liens

    Le bouddhisme envisage Dix liens qui attachent à l'existence. Les cinq premiers enferment dans le monde grossier que nous connaissons. L'anāgāmi s'en est complètement libéré. Les cinq suivants, subtils, attachent aux mondes divins dont le sage doit aussi se dégager pour atteindre le nirvāna.

    Le premier lien défait par la pratique de la Voie est la croyance à l'ego en tant qu'être autonome, individuel et séparé de tous les êtres. En dehors de tout concept métaphysique propre au bouddhisme, on voit facilement que ce lien ou cette croyance, noué par l'orgueil et l'égoïsme, nourrit l'indéfinie variété des souffrances égocentriques, des plus grossières aux plus subtiles. Elles passent toutes par les nœuds émotionnels qu'entretient l'enfermement dans le moi empirique, solidifié et hypostasié. Ignorer ce lien empêche toute réalisation spirituelle ultime. À l'inverse, les personnes réalisées donnent toutes une impression de transparence, due à l'effacement de leur individualité derrière la Loi transcendante qui œuvre à travers eux. Cet effacement, celui de la mort au moi, est identique à ce que l'on appelle mort du « vieil homme » dans le langage de la mystique chrétienne.

    Vient ensuite le doute sceptique. Ce deuxième lien se caractérise par l'attitude méfiante à l'égard de l'enseignement traditionnel, qui empêche de s'engager vigoureusement à en expérimenter le contenu, et s'abrite derrière les rationalisations les plus diverses. Ce manque de foi en autrui est évidemment corrélatif d'un manque de confiance en soi et en sa propre capacité à entreprendre avec succès. Il y a là une dévalorisation, masochiste dirait un psychiatre, qui empêche de découvrir la présence de la divinité au centre du cœur. Cet obstacle empêche radicalement tout engagement spirituel sérieux. Il est surmonté par l'attitude évangélique qui consiste à chercher, frapper et demander.

    L'attachement aux rites et règles éthiques présente le troisième lien à défaire. Cet énoncé peut sembler paradoxal. Il ne s'agit pas d'un refus des rites ou de la morale, indispensables, mais de reconnaître leur valeur relative, et qu'à un certain stade, s'y attacher devient un obstacle conduisant au ritualisme, à la sclérose, à l'intégrisme. La maturité spirituelle suppose que l'initié peut dépasser  la fixation craintive à ce qui est bon et efficace, pour aller plus loin. Il faut découvrir la relativité des critiques du bien et du mal par rapport à la vérité. Seule la vérité rend libre : « Vous connaîtrez la vérité et la vérité fera de vous des hommes libres » (Jean 8, 32). Cela suppose un dépassement du dualisme vers le principe transcendant, où les contraires deviennent complémentaires. Le bouddhisme insiste beaucoup sur la primauté de cette connaissance transcendante. Le christianisme également : « La cause universelle ne se manifeste à découvert et véritablement qu'à ceux-là seuls qui vont au-delà de toute consécration rituelle et de toute purification », écrit Denys l'Aéropagite, l'un des maîtres à penser de  saint Thomas d'Aquin.

    L'avidité sensuelle est le quatrième lien. Il se retrouve à tous les niveaux, de plus grossier (alimentaire, sexualité seulement sensuelle), au plus subtil (musique, poésie, jeux intellectuels). L'attachement sensuel gouverne notre monde. Éros est très séduisant. Le problème n'est pas de lui couper les ailes, son activité étant nécessaire, mais de se libérer de l'attachement au désir, ou encore du désir du désir, cette complication mentale permanente qui survit à la satisfaction du besoin. Une longue pratique, méditative et dans l'action, s'avère nécessaire. Il faut expérimenter par soi-même que les joies de la réalisation spirituelle transcendent les jouissances sensuelles, ce qui ne supprime pas ces dernières.

    Il reste la malveillance ou l'agressivité. Il est indispensable de dépister puis de couper ce lien, qui nous pousse à haïr et détruire, tout ce qui semble contrarier ou menacer le moi, lui nuire ou lui déplaire. Et cela tant dans nos manifestations conscientes que dans nos déterminations inconscientes décelables dans nos actes manqués ou nos rêves. La haine vient d'une réaction de défense puérile devant une menace, ou ce qui est ressenti comme tel par notre faiblesse postulée inconsciemment. L'homme sûr de sa force interne ne hait pas. Bien entendu, il ne se prive pas d'écarter ce qui peut, réellement, lui nuire.

    Couverture de Itinéraire d’un bouddhiste occidental
    page(s) 45-48
  • La stupidité fondamentale

    — Comment guérir l'être humain de sa stupidité fondamentale ?

    — Cette stupidité fondamentale, dont l'orgueil est le centre, n'est-elle pas le péché originel dont parle le christianisme ?

    — Bien entendu. Je suis convaincu que c'est ce que le christianisme nomme le péché originel et le bouddhisme l'ignorance. C'est l'inflation de l'ego, avec ses préjugés, son aveuglement. L'homme se croit être le centre du monde. Il s'imagine exister par lui-même de façon autonome, en ayant le droit de faire ce qui plaît à son ego.

    Couverture de Itinéraire d’un bouddhiste occidental
    page(s) 23
  • Dangers d’une pratique incorrecte des jhāna

    Il est important de savoir qu'il existe, en réalité, certains « dangers » lors d'une pratique incorrecte des jhāna. Une personne prudente devrait en être pleinement informée. Voici les deux principaux dangers :

    • un pratiquant peut se retrouver « piégé » dans l'extase jhanique ;
    • il peut développer de l'orgueil autour de sa réalisation.
    Couverture de Initiation à la méditation profonde en pleine conscience
    page(s) 32
  • La voie solitaire

    La voie solitaire n'apporte ni gloire ni consolation, aussi vaut-elle plus qu'une autre d'être tentée. C'est la voie fulgurante de tout être impatient d'absolu dont l'apparent orgueil s'avoue si proche de l'anéantissement suprême ; ou la « voie sèche » de l'alchimie : brève, au creuset, mais infiniment risquée.

    Couverture de L'esprit de solitude
    page(s) 11-12
  • Nécessité de voir les mécanismes de l'ego

    L’être qui pratique la méditation peut expérimenter des états de profonde absorption, de béatitude, de plénitude extraordinaire. Mais ceux-ci ne sont pas la réalisation et ils laissent en fait le «  moi » inchangé.

    Si l'on n'a pas développé parallèlement une claire vision des mécanismes de « l'ego », ce dernier peut prendre des formes subtiles et même utiliser l'énergie de l'expérience spirituelle. Il détourne alors cet afflux de « pouvoir » et de lumière amené par la pratique de la méditation pour amplifier certains comportements égotiques. L'ambition, une soif de jouissance démesurée, la colère, certaines formes de délires, et surtout l'orgueil et la vanité (qui peuvent prendre des formes très subtiles) sont alors amenés à la surface pour occuper totalement le champ de la conscience. Ce qui explique le cas de ces enseignants qui sont lumineux, et pourtant infantiles dans leurs comportements, leurs réactions, emplis d'orgueil ou d'idées délirantes.

    Couverture de Les Mécanismes du moi et le silence intérieur
    page(s) 8-9