Extraits étiquetés avec : perception

  • L’inouï, l’irréductible altérité

    L’inouï nomme […] l'en soi en ce qu'il pointe le réel avant toute assimilation subjective : avant qu'il ne commence d'être nommé, normé, normalisé, formaté par nos cadres perceptifs et d'intellection. Il nomme le réel avant que nous l'intégrions et puissions le « connaître », c'est-à-dire que nous le rapportions à notre cadre constitué de connaissance, que nous le réduisions selon nos capacités d'appréhension, donc que nous en méconnaissions l'extériorité vis-à-vis de nous-même, autrement dit l’irréductible altérité.

    Couverture de L'inouï
    page(s) 90
  • Ce qui reste in-ouï

    Inouï nommera […] ce restant – ce qui reste « in-ouï » – parce que demeurant en deçà de notre appréhension qui toujours déjà le recouvre : ce qui échappe au cadrage et captage de la perception, toujours pré-déterminée ; à l'enregistrement et au rangement de la pensée, toujours pré-constituée.

    Couverture de L'inouï
    page(s) 24
  • À contre-courant de ce que fait le langage

    [Q]ue des perceptions puissent enfin venir sans se laisser déjà sentir, sans se laisser déjà filtrer par l'attendu, rattraper par de l'entendu – qu'elles se laissent absorber aussitôt par l'esprit prévenu et résorber. […C]ommencer d'aborder du « réel », de « toucher » à de l'« être », comme on dit les Grecs, mais à contre-courant de ce qu'en a fait le langage, lui qui, l'ayant toujours déjà arpenté et répertorié, le laisse peut-être à jamais in-ouï sous tout ce qui en a été dit.

    Couverture de L'inouï
    page(s) 12
  • Pensée action

    Existe-t-il une action dans laquelle la pensée aperçoit quelque chose instantanément, agit instantanément de sorte que n'intervienne aucune idée, aucune idéologie donnant naissance à une action séparée ? Existe-t-il une action où la perception même est action – où la pensée même est action ?

    Couverture de Le vol de l’aigle
    page(s) 21
  • Le seigneur de la parole

    Le Seigneur de la Parole concerne l'emploi de l'intellect dans la relation à notre monde. Nous adoptons des jeux de catégories qui nous servent de manettes pour contrôler les phénomènes. Les idéologies, systèmes d'idées qui rationalisent, justifient et sanctifient nos vies, sont les produits les plus pleinement développés de cette tendance. Nationalisme, communisme, existentialisme, christianisme, bouddhisme, tous les « isme » nous munissent d'identités, de règles d'action et d'interprétations sur le pourquoi et le comment des choses telles qu'elles surviennent.

    De nouveau, l'usage de l'intellect n'est pas en soi le Seigneur de la Parole. Le Seigneur de la Parole se réfère à cette inclination de l'ego à interpréter tout ce qui le menace ou l'irrite de façon à neutraliser la menace ou la convertir en quelque chose de « positif » de son point de vue. Le Seigneur de la Parole concerne l'usage des concepts comme filtres qui font écran à une perception directe de ce qui est.

    Couverture de Pratique de la voie tibétaine
    page(s) 14-15
  • Le cœur de la confusion

    Le cœur de la confusion consiste en ce que chaque homme a une perception de soi qui lui paraît être solide et continue. Lorsque surviennent une pensée, une émotion ou un événement, quelqu'un est conscient de ce qui se passe. Vous avez conscience de lire ces mots. Cette perception de soi est en fait un phénomène transitoire et discontinu que, dans notre confusion, nous prenons pour un phénomène solide et continu. Et comme nous prenons notre vue confuse pour la réalité, nous nous efforçons de maintenir et de conforter ce soi solide. Nous tâchons de le nourrir de plaisirs et de le protéger de la douleur. L'expérience menace sans cesse de nous révéler notre caractère transitoire, aussi tentons-nous continuellement de dissimuler toute possibilité de découvrir notre condition réelle.

    Couverture de Pratique de la voie tibétaine
    page(s) 13
  • Les quatre attentions

    [La méditation] repose en premier lieu sur les Quatre complètes attentions :

    1. La complète attention au corps
    2. La complète attention aux sensations
    3. La complète attention à l'esprit
    4. La complète attention aux phénomènes

    Par la pratique de ces quatre attentions, l'esprit se stabilise. Elles sont un équivalent de ce que l'on appelle la « pacification mentale » (sct. śamatha, tib. chiné). L'esprit est focalisé sur un seul objet, sans se laisser entraîner par l'emprise d'aucune pensée quelle qu'elle soit, ni bien sûr par aucune émotion conflictuelle. Il reste ainsi parfaitement au repos.

    La première des quatre attentions complètes est celle portée au corps. Elle est fondée sur l'assimilation que nous faisons de notre personne à notre corps. Dans cette technique, l'esprit est fixé sur ce simple sentiment d'être le corps, sans y ajouter aucun jugement ni aucune appréciation du type : « Ce corps est une bonne chose ou il est une mauvaise chose ; il est plaisant ou il est douloureux ; il est en bonne santé ou il est en mauvaise santé ; il existe ou il n'existe pas, etc. » On est seulement présent à l'impression d'avoir un corps, sans aucune distraction. […]

    Au travers du corps, des sensations variées sont éprouvées : le froid ou le chaud, le doux ou le rugueux, etc. Lorsque, quelle que soit la sensation perçue, là encore sans jugement, l'esprit reste concentré sur elle, sans distraction, c'est la seconde complète attention.

    La troisième attention porte sur les ressentis de l'esprit : la joie ou le mécontentement, le bonheur ou la souffrance, n'importe quel type de mouvement mental. On est simplement présent à ces mouvements, sans aucunement développer les pensées ni les suivre. On se contente de les observer de manière neutre.

    L'attention aux phénomènes, enfin, se pratique de la même manière, s'appliquant aussi bien aux formes, qu'aux sons, aux odeurs, etc. Lorsque, par exemple, une forme est perçue par le regard, on ne cherche pas à s'en détourner, on n'y apporte non plus aucun jugement ni aucun commentaire – « Ceci est beau ou ne l'est pas ; je l'apprécie ou ne l'apprécie pas… » – mais on garde l'esprit posé sur l'objet perçu, sans distraction, simplement présent. On fait de même pour un son, une odeur ou tout autre objet des sens.

    Couverture de Bouddhisme profond
    page(s) 20-21
  • Que des parties du soi

    Tout comme les fleurs et les feuilles ne sont que des parties d'une plante, tout comme les vagues ne sont que des parties de l'océan, les perceptions, les sentiments et les pensées ne sont que parties du soi.

    Couverture de La vision profonde
    page(s) 20
  • Ni perception, ni non-perception

    — Moine Siddharta Gautama, dans l'état de non-matérialité, la vacuité n'est ni l'espace vide ni ce que l'on appelle la conscience. Tout ce qui reste est encore du domaine de la perception. Or, le chemin de la libération consiste à transcender toute perception.

    — Maître, si on élimine la perception, que reste-t-il ? Qu'est-ce qui nous distingue alors d'un morceau de bois ou d'un rocher ?

    — Un morceau de bois ou un rocher n'existent pas sans la présence d'une perception extérieure. Les objets inanimés sont eux-mêmes des projections de l'esprit. Vous devez atteindre un niveau de conscience dans lequel les notions de perception et de non-perception n'existent plus.

    Couverture de Sur les traces de Siddharta
    page(s) 86
  • Au lieu d’être dans le film, voir la bobine

    La méditation est vulgairement connue comme le pur développement de la stabilité, de l'ouverture et de l'intuition, le niveau intuitif. Mais si vous vous reliez au principe de la méditation en connexion avec le principe féminin, la pratique de la méditation est aussi considérée comme, et devient, une acquisition de la perception intelligente. La raison en est que, dans la pratique de la méditation, lorsqu'une personne commence à s'asseoir et à méditer, elle ne rentre plus dans le courant des activités, du speed, du business ou quoi que ce soit. On recule d'un pas et on y regarde de plus près : comme si, au lieu d’être dans le film, on voyait la bobine.

    La différence est que la méditation nous permet de prendre un peu de recul et d'observer ce qui se passe dans le monde.Vous n'essayez pas particulièrement de cultiver un esprit étudiant, analytique ; mais en même temps, nous apprenons à voir comment marchent les choses, sans approche particulièrement analytique mais purement d'après la perception. Puis nous acquérons de la logique. On commence à avoir de la logique et à comprendre comment marchent les choses, la façon dont ça fonctionne. On devient aussi capable de voir à travers le jeu de ce principe féminin particulier qui existe ; on commence à voir à travers les blagues qui nous ont été faites. Nous pourrions également voir que cela a été pour nous salutaire et destructeur à la fois.

    Couverture de Enseignements secrets
    page(s) 56-57
  • Toute perception est création

    Pour Asanga, les objets que nous percevons n'ont aucune existence en dehors de la connaissance que nous en avons. Les perceptions sont en fait un processus de création du monde sensible. Les objectivations de notre esprit nous apparaissent comme un univers indépendant.

    Les phénomènes ne sont que de pures imaginations.

    Bref, tout est un rêve issu de l'ālayavijñāna, une vaste conscience qui contient les germes de tous les songes qui habitent l'humanité.

    Couverture de L’univers est un rêve
    page(s) 54
  • Vacuité, source de plénitude

    Si l'univers que nous percevons est un rêve, alors quelle est la réalité ? Qu'y a-t-il derrière le voile de la Maya, l'illusion ? Est-ce une créature monstrueuse à la Lovecraft ? Un être à quatre dimensions aux propriétés étranges ?

    Pour les bouddhistes de l'École Sautrāntika – apparue aux alentours du IIème siècle avant J-C. et qui s'opposa à la scolastique bouddhiste – la réalité est profondément discontinue. Toute perception, tout état interne ou externe, sont composés d'instants (ksana) qui se suivent les uns les autres, jaillissent et disparaissent, entrecoupés de minuscules moments de vide.

    Si nous ne voyons pas cette réalité, c'est que nous manquons d'attention, de cette « vision profonde » que donne la pratique spirituelle.

    Pris par la dynamique de l'illusion, ces instants forment une image ayant une apparence de continuité. Cette image illusoire qui se superpose à la réalité discontinue des instants, se nomme samtana (santanapāli). Samtana est le rêve qui nous illusionne.

    Robert Kientz qui pratique la méditation vipassanā auprès d'un moine bouddhiste en Birmanie, eut la révélation de cette discontinuité universelle.

    Après plusieurs semaines de pratique, son corps, son esprit, le monde entier, lui apparurent dans leur réalité. Cette réalité est une succession d'états de conscience distincts qui apparaissent, disparaissent, extrêmement rapidement, beaucoup trop rapidement pour être saisis par la conscience ordinaire. Rien n'était fixe, même son corps prenait une apparence puis une autre.

    Il n'y avait aucun « moi » stable, aucune essence permanente, aucune substance fixe. Les phénomènes surgissaient du vide et y retournaient sans but, sans raison. Il n'y avait pas de penseur, seulement des pensées qui se succédaient, pas de « moi » percevant, seulement des perceptions.

    Toute forme se révélait éphémère, fluctuante, instable, et c'était le sens le plus profond de l'impermanence dont parle le Bouddha qui n'est pas une simple théorie philosophique, mais le fruit d'une expérience précise. […]

    Ultimement l'univers est donc vacuité et ce vide qui est le réel est source de plénitude.

    Couverture de L’univers est un rêve
    page(s) 45-47
  • C’est toujours notre esprit qui fait l’expérience

    Nous déployons beaucoup d'efforts pour améliorer les conditions extérieures de notre existence, mais en fin de compte c'est toujours notre esprit qui fait l'expérience du monde et le traduit sous forme de bien-être ou de souffrance. Si nous transformons notre façon de percevoir les choses, nous transformons la qualité de notre vie. Et ce changement résulte d'un entraînement de l'esprit que l'on appelle « méditation ».

    Couverture de L’art de la méditation
    page(s) 17
  • Attention au souffle, aux sensations, aux perceptions, aux pensées

    La prise de conscience, même d'un simple phénomène physiologique comme celui de la respiration, crée à la fois un retour à soi et une rupture dans les fonctionnements mentaux habituels. La pratique de l'attention peut ensuite s'élargir et consister à noter toutes les pensées, les sensations, les perceptions qui surgissent d'instant en instant. L'attention décompose de cette façon l'ensemble des processus et des opérations mentales et permet de ne plus en être le jouet. Vivre en pleine conscience apparaît comme le moyen le plus sûr de se défaire des liens de l'ignorance qui n'est finalement, dans le bouddhisme, qu'une forme d'inconscience. [Éric Rommeluère]

    Couverture de Vingt clés pour comprendre le bouddhisme
    page(s) 77
  • Fantasme du moi

    L'idée d'une continuité de la conscience […] provient d'un effet de rémanence semblable à celui de la persistance rétinienne qui nous fait voir un cercle de feu là où il n'y a qu'une braise incandescente au bout d'un bâton tourné à bout de bras dans la nuit. Là où il n'existe qu'une conscience mentale strictement liée à chaque percept, et disparaissant avec eux, nous imaginons une conscience-en-soi continue, et donc un connaisseur-entité.

    Couverture de Zen et connaissance
    page(s) 24
  • La réalité une, divisée et fantasmée

    [D]ans le cours habituel des choses (saṃsāra), les signes distinctifs (lakshana) de l'image sensorielle objective sont aussitôt oblitérés par une computation avec les données subjectives, et donc teintés par les impressions psychiques. C'est lors de cet instant second de discrimination, qui fait intervenir une connaissance appropriatrice dont le fonctionnement implique le filtre binaire de désirs et aversions, qu'apparaît le moi. La réalité une est alors divisée et fantasmée comme un «  moi ici » et un « monde là-bas ».

    Couverture de Zen et connaissance
    page(s) 20
  • Au point où le verbe n’existe pas

    Si la phénoménologie de la conscience s'arrêtait au premier instant de la sensation, il n'y aurait pas de théorie bouddhique, car à ce moment infinitésimal de la sensation, la perception du monde correspond à ce que le bouddhisme nomme tathatā, ou «  ainsité ». En ce point de conscience, le verbe n'existe pas encore, aussi le perçu ne porte-t-il pas de nom. Si le perçu ne peut porter de nom, c'est que la discrimination n'est pas encore entrée en branle, l'objet n'est pas séparé du tout, le sujet et l'objet ne forment qu'une seule chose. La conscience, non identifiée, coïncide alors avec l'absolu dans le même temps infinitésimal où elle reflète le phénomène encore non souillé (par le connu).

    Couverture de Zen et connaissance
    page(s) 20
  • C’est la perception qui est la cause de la souffrance

    C’est la perception qui est la cause de la souffrance : nous souffrons de l'interprétation, de l'évaluation des choses, jamais des choses elles-mêmes. Toute souffrance morale est notre incapacité d'expérimenter les choses comme elles sont, comme elles viennent à nous.

    Couverture de Derniers fragments d’un long voyage
    page(s) 15-16
  • Tout est là

    Tout est là, le Réel est là, nous y sommes ; manque la perception que tout est là. C'est ainsi que le Réel nous apparaît comme voilé. Quelle est la nature du voile ? Sans doute une contraction, une tension de la perception ? La saisie objectivante d'un objet qui nous prive d'une saisie plus globale, mais nous prive surtout de la non-saisie…

    Couverture de L'assise et la marche
    page(s) 21
  • Tout voir et tout entendre à la fois

    Il s'agit d'affoler votre manière habituelle d'appréhender le monde, de vous empêcher de vous focaliser sur un objet, de ne pas vous donner le temps de l'analyser et de le décrire ou au contraire de vous y rendre attentif de telle sorte que le contexte soit exclu et que vous ne puissiez plus rien voir ni rien entendre, mais tout voir et tout entendre à la fois. Ou vous faire penser à tellement de choses sans projet et sans intention que vous ne puissiez plus penser à rien. Briser et faire voler en éclats la perception expérimentée tous les jours.

    Couverture de Jamais contre, d’abord
    page(s) 332 (Il suffit d'un geste)