50 fiches pour comprendre le bouddhisme

Bréal, 2011
16 cm x 24 cm, 170 pages


Couverture de 50 fiches pour comprendre le bouddhisme

Sous la direction de Fabrice Midal

Alexis Lavis, Philippe Cornu, Philippe Coupey, Thierry-Marie Courau, Matthieu Ricard

Philippe Blackburn, Yves Dalavalle, Nicolas D’Inca, Faustine Ferhmin, Alain Gaffinel, Guillaume Henry, Anne-Céline Karli, Marine Manouvrier, Bruno Tyzsler

Quatrième de couverture

Loin de se réduire aux généralités d'usage auxquelles on le limite trop souvent, le bouddhisme est à la fois une tradition spirituelle, un ensemble de pensées profondes qui ont l'ampleur de nos philosophies et une réflexion sur la situation de la souffrance propre à notre monde.

Cet ouvrage expose les grands moments de l'histoire du bouddhisme, les points saillants de sa doctrine, il présente les figures et les textes les plus marquants. Enfin, il confronte le bouddhisme aux questions que se pose à présent l'Occident, notamment dans les champs psychologique, religieux, social et philosophique.

Extraits de l'ouvrage

• Demeurer en paix

Le mot « paix » peut laisser croire que, par la pratique de śamatha, il s'agit de goûter un état lénifiant, sans aspérités, sans souffrance, sans émotions fortes. Il vaut mieux entendre « paix » comme la fin de la guerre que l'on mène contre soi-même et contre ce qui est. Demeurer en paix pour voir ce qui est comme cela est. (Alain Gaffinel)

• Vérité du bouddhisme ancien

À y regarder de près, la question de la vérité du bouddhisme ancien est profondément occidentale. En Orient, ce qui importe est que le bouddhisme soit vivant et dise la vérité, de telle manière que cette vérité puisse être éprouvée à neuf dans l'étude des textes et par diverses pratiques. Chaque pays, chaque peuple, a ainsi établi sa propre manière de comprendre et de vivre l'enseignement du Bouddha. Impossible, dans ces conditions, de juger que l'un de ses visages est plus vrai qu'un autre.[…]

[L]a thèse actuelle [selon laquelle] le bouddhisme ancien serait libre des rites et des symboles que des traditions plus tardives ont cultivées est un préjugé de l'esprit antireligieux moderne qui projette sur l'Orient des débats issus du christianisme et de la Réforme.

L'enseignement du Bouddha repose sur une expérience qu'il manifeste dans son être, sa posture, son comportement et son enseignement : celle d'un contentement où nous sommes libres de l'enchaînement des préoccupations habituelles qui se nourrissent du jeu discursif de l'espoir et de la peur.

page(s) 20
• Toucher la corolle du cœur

Le Mahāyāna est marqué par la notion d'un « entraînement » du cœur et de l'esprit. Contrairement à ce que l'on croit parfois, il ne s'agit pas de devenir plus compatissant – dans une perspective liée au devoir ou à une morale quelconque. Il s'agit de toucher la corolle du cœur de telle manière que son ouverture ne soit plus refusée. En découvrant chaque fois à neuf la source de la compassion, le lien qui nous unit au monde, jaillit et irradie plus avant.

page(s) 22
• L’éveil est transmissible sur le champ

Pour le tantrisme, l'éveil est transmissible sur le champ. Il est la vérité de notre propre esprit. Devant l'arbre empoisonné de notre confusion, et de notre égocentrisme, trois choix s'offrent à nous.

Nous pouvons, grâce à la discipline la plus vigilante, couper un à un les fruits porteurs de mort de cet arbre. C'est un travail minutieux et long.

Nous pouvons aussi, par la vision claire de la vacuité de toute chose et par compassion, déraciner l'arbre, c'est-à-dire couper l'attachement qui engendre la confusion. C'est un geste plus radical – celui propre au Grand Véhicule (Mahāyāna).

Le Tantra, lui, invite à manger les fruits empoisonnés et à les transmuter aussitôt en élixir de vie. Le Tantra est est une alchimie spirituelle transformant le plomb de l'affliction en or pur de la félicité. Pour lui, les deux approches précédentes sont marquées par un manque de confiance dans l'esprit du Bouddha. Elles sont dualistes et non dénuées d'une forme subtile de violence, car elles cherchent à rejeter la confusion pour atteindre l'éveil.

page(s) 25
• Voir les choses telles qu’elles sont

Vipassanā est le cœur de la pratique méditative bouddhique. Ce terme sanskrit signifie la « vision pénétrante » ou la « vision claire », c'est-à-dire la meilleure vision. Il s'agit à la fois d'une pratique et d'une expérience qui survient durant la pratique. […]

Nous faisons tous l'expérience de cette vision claire et pénétrante. Elle surgit par éclats, par brèches, dans notre expérience quotidienne. C'est le cœur du bouddhisme de savoir que chacun possède une forme primordiale d'intelligence qui permet de voir les choses comme elles sont. (Alain Gaffinel)

page(s) 44
• Le karma réside dans l’intention

Un karma réside exclusivement dans l’intention d'agir en vue de perpétuer le sentiment du soi individuel. C'est le mental, donc la pensée ou plus précisément l’intention mentale qui est au centre du karma et non le « faire » proprement dit. (Philippe Cornu)

page(s) 50
• La source de la compassion est toute proche

Loin d'être une pitié légèrement condescendante ou teintée de sentimentalité, la compassion est ce qui se déploie à partir d'une ouverture primordiale, où s'abolit la distinction entre « moi » et « l'autre ». L'acte compatissant n'est pas le fruit d'une décision volontaire ni d'un « ressenti » subjectif : il est dicté par la situation.

Le bodhisattva est tellement en phase avec le réel qu'il est capable d'agir ni pour lui ni pour autrui, mais à partir de l'environnement : il est celui qui sait se mettre à l'écoute de la situation, et y répondre pleinement.

L'action compatissante, telle que l'incarne le bodhisattva, est délestée des attentes, de l'espoir de recevoir quelque chose en retour : elle est don pur, désintéressé. Cette gratuité est si éloignée de notre façon habituelle d'agir que le risque est d'en faire un idéal inatteignable. Pourtant, loin d'être un absolu hors de notre portée, la source de la compassion est toute proche, et d'une grande simplicité. Il suffit de nous tourner vers notre propre cœur. Qu'y découvre-t-on ? Un « point sensible », au point d'être douloureux. (Faustine Ferhmin)

page(s) 58