Bardo

Au-delà de la folie
Seuil, 1992 , traduit en 1995
11 cm x 18 cm, 360 pages
Couverture de Bardo

Quatrième de couverture

Il n'est pas rare qu'on associe le mot tibétain bardo à la vie après la mort.

Dans ce livre, Chögyam Trungpa traite toutefois du bardo dans une perspective très différente. Ici, le bardo est vu comme summum de l'expérience à tout moment donné. L'expérience que l'on fait du moment présent est toujours colorée par l'un ou l'autre de six états psychologiques. Ces états sont décrits comme autant de mondes : le monde des dieux (béatitude), le monde des dieux jaloux (jalousie et soif de divertissement), le monde humain (passion et désir), le monde animal (ignorance), le monde des fantômes affamés (pauvreté et possessivité) et le monde de l'enfer (agression et haine).

En établissant un lien entre ces mondes et les six expériences du bardo que définit la tradition bouddhique, Trungpa jette un regard pénétrant sur la folie présente dans nos tendances psychologiques habituelles et montre comment celles-ci offrent l'occasion de transmuer l'expérience quotidienne en liberté.

Extraits de l'ouvrage

• Méprise concernant le bardo

Il me semble qu'on se méprend beaucoup sur le bardo : on le met purement en relation avec l'expérience de la mort, et de ce qui se passe après la mort. L'expérience des six bardo ne porte pas uniquement sur l'avenir ; elle concerne aussi le moment présent. Chaque étape de l'expérience, chaque étape de la vie, est expérience du bardo.

page(s) 17
• Sommes-nous sur un terrain quelconque ?

C'est en réalité beaucoup plus essentiel [de connaître l'expérience du bardo] que de parler simplement de la mort et de la réincarnation. […]

Il me semble plus important et plus réaliste d'examiner la question de savoir si nous sommes ce que nous sommes ou si nous sommes sur un terrain quelconque.

page(s) 19
• Accumulations de pensées

Au départ, lorsqu'on commence à s'asseoir et à méditer, [les] accumulations de pensées surgissent bel et bien. Elles nourrissent continuellement le processus mental. Des pensées discursives, raisonnements et refus de se regarder tel qu'on est – toutes sortes de pensées – font leur apparition. Il semble donc important de connaître quelque chose à leur sujet. Autrement dit, on pourrait utiliser ces pensées au lieu de faire semblant d'être bon et d'essayer de les refouler, comme si on n'en avait plus besoin ou comme si elles n'avaient plus besoin de nous.

C'est une bonne chose d'utiliser l'esprit qui spécule. C'est précisément la raison pour laquelle il est de première importance d'étudier les enseignements bouddhistes et de s'adonner aux diverses disciplines et pratiques. C'est une façon d'employer ces matériaux vivants dont on dispose. Qu'on essaie ou non de se calmer, tout cela surgit sans arrêt, tout cela arrive. Par conséquent, utiliser ces processus mentaux comme moyens d'apprentissage est hautement nécessaire, bon, utile et important.

page(s) 21
• Nous ne voyons que projections

Les choses existent telles qu'elles sont, mais on a tendance à voir notre version de ces choses telles qu'elles sont, et non à les voir comme elles sont vraiment. C'est ainsi que tout ce qu'on voit se transforme en projections.

page(s) 24
• Pouvoir accueillir les autres

Si vous pouvez vous permettre d'être ce que vous êtes, cela veut dire automatiquement que vous pouvez recevoir les autres en tant qu'invités. Comme le sol sur lequel marchent vos invités est sûr, personne ne va défoncer le plancher. La maison est solide, bien construite ; c'est votre maison et elle peut accueillir des gens. Cela rend les invités plus à l'aise ; comme ils sont mieux reçus, ils n'ont plus à opposer de résistance. Il y a entente mutuelle.

page(s) 30
• Moi sain et moi névrosé

Ce qui donne des lignes directrices ou des détails pratiques pour s'occuper des choses est appelé moi, c'est être conscient d'être soi-même. Et on déploie des efforts grâce à lui, de sorte que le mot moi renvoie à toute forme de dignité personnelle. C'est le sens général de ce terme.

Mais le moi dont nous parlons ici est légèrement différent. Dans ce cas, le moi c'est ce qui est constamment aux prises avec une certaine forme de paranoïa, une sorte de panique – autrement dit, l'espoir et la peur. C'est-à-dire que, au fil de vos actions, il y a un retour constant à vous-même. En vous reportant à vous-même, un critère de référence se construit sur le mode de l'espoir ou de la peur : gagner quelque chose ou perdre son identité. La lutte est sans trêve. Cela semble être la notion du moi dont on parle ici, son aspect névrosé.

Sans le moi, on pourrait avoir une solide compréhension fondamentale de la logique des choses comme elles sont. En réalité, on peut accéder à une santé mentale plus forte au-delà du moi ; on peut faire face aux situations sans espoir ni peur, et conserver sa dignité personnelle et sa santé mentale logique dans les rapports avec les choses.

page(s) 34
• La méditation est impitoyable

[P]arce qu'elle est dénuée des techniques complexes de la vie quotidienne, la méditation, dans un sens, est plus impitoyable. Autrement dit, elle n'est ni rassurante ni facile. C'est une voie très étroite et directe parce qu'on ne peut y faire entrer aucun autre moyen de s'occuper. Tout est laissé à un minimum de simplicité à nu, complètement – ce qui vous aide à tout découvrir.

page(s) 39