Bonheur de la sagesse

Les liens qui libèrent, 2010 , traduit en 2010
15 cm x 23 cm, 310 pages
Livre de poche, 2011


Couverture de Bonheur de la sagesse
Couverture poche de Bonheur de la sagesse

Quatrième de couverture

« Mingyour Rinpotché allie une ingénuité désarmante et rafraîchissante à la perspicacité d'une profonde expérience contemplative qui est la marque d'un maître spirituel authentique. Dans cet ouvrage inspirant, il nous guide au travers de multiples étapes, des plus simples aux plus subtiles, de la compréhension du fonctionnement de notre esprit aux mécanismes du bonheur et de la souffrance.

Tout en illustrant ses propos de témoignages souvent poignants de personnes rencontrées au cours de ses voyages à travers le monde, l'auteur nous offre, avec Bonheur de la sagesse, un traité complet et détaillé sur les méandres, les obstacles et les solutions qui jalonnent la pratique méditative. Ce livre est une manne inestimable qui nourrira les méditants tout au long de leur vie spirituelle. »

Matthieu Ricard

Extraits de l'ouvrage

• Devenir ami avec les émotions perturbatrices

Du point de vue bouddhiste, vieux de deux mille cinq cents ans, tous les chapitres de l'histoire de l'homme auraient pu s'intituler : « L'age de l'anxiété ». L'anxiété actuelle fait partie de la condition humaine depuis des siècles. Ce malaise fondamental et les émotions perturbatrices qui en découlent provoquent généralement deux réactions opposées : soit on essaie de les fuir, soit on y succombe. Mais, l'une comme l'autre, ces deux alternatives créent souvent davantage de complications et de problèmes.

Le bouddhisme propose une troisième option : regarder directement les émotions perturbatrices afin d'y découvrir des tremplins pour la liberté. Au lieu de les repousser ou de s'y soumettre, on peut devenir ami avec les problèmes et travailler dessus jusqu'à vivre une expérience authentique et durable de la sagesse, de la confiance, de la clarté et de la joie inhérentes à la nature humaine.

page(s) 12
• Utiliser les conditions difficiles

[Au cours d'une expérience d'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), n]ous étions censés procéder à certaines pratiques méditatives en alternance avec des instants où nous laissions notre esprit se reposer dans un état ordinaire ou neutre, à raison de trois minutes de méditation suivies de trois minutes de repos. Pendant les phases de méditation, on nous proposait un certain nombre de sons que l'on pourrait qualifier, sans exagérer, de fort déplaisants : une femme qui hurle, par exemple, ou un bébé qui pleure. Entre autres fins, l'expérience devait déterminer quels effets ces sons désagréables avaient sur le cerveau de méditants expérimentés : allaient-ils interrompre le courant de leur attention concentrée ? Certaines zones cérébrales associées à l'irritation ou à la colère seraient-elles activées ? Peut-être cela ne produirait-il aucun effet.

En fait, l'équipe de chercheurs découvrit que, avec ces sons désagréables, on observait une augmentation de l'activité des zones cérébrales associées à l'amour maternel, à l'empathie et à d'autres états positifs de l'esprit. Le désagrément avait déclenché un profond état de calme, de clarté et de compassion.

Cette découverte résume parfaitement l'un des principaux bienfaits de la pratique méditative bouddhiste : l'occasion d'utiliser des conditions difficiles – ainsi que les émotions perturbatrices qui les accompagnent généralement – pour libérer le pouvoir et le potentiel de l'esprit humain.

page(s) 19
• Négligence des richesses intérieures

[L]e temps et les efforts que les gens consacrent à accumuler et à préserver leurs richesses matérielles ou « extérieures » leur laiss[ent] très peu l'occasion de cultiver leurs « richesses intérieures » – des qualités comme la compassion, la patience, la générosité et l'équanimité. Ce déséquilibre rend les gens particulièrement vulnérables quand ils sont confrontés à des problèmes sérieux comme le divorce, les maladies graves et les douleurs chroniques, d'ordre physique ou émotionnel.

page(s) 21
• Ralentir le flot et trouver de l’espace

Quand on commence à pratiquer la méditation, on a toutes sortes de choses qui surgissent dans l'esprit comme les brindilles charriées par le courant impétueux d'une rivière. Ces « brindilles » peuvent être des sensations physiques, des émotions, des souvenirs, des projets, et même des pensées comme celle que l'on ne peut pas méditer. Il n'y [a] donc rien de plus naturel que d'être emporté par ces choses, d'être pris, par exemple, par des questions comme celles-ci : pourquoi ne suis-je pas capable de méditer ? Quel est mon problème ? Tous les autres, dans cette salle, ont l'air de pouvoir suivre les instructions ; pourquoi ai-je, moi, tant de mal ? [Mon père] m'expliqua alors que tout ce qui me traversait l'esprit à un moment donné, c'était exactement sur cela qu'il fallait se concentrer, puisque, de toute façon, c'était là que mon attention se trouvait.

Ce serait l'acte de faire attention, m'expliqua mon père, qui peu à peu ralentirait ces flots impétueux en me permettant de trouver un peu d'espace entre ce que je regardais et la simple conscience de regarder. La pratique aidant, cet espace s'étirerait. Je cesserais progressivement de m'identifier aux pensées, aux émotions et aux sensations que j'éprouvais pour me reconnaître dans la conscience pure de l'expérience que j'en faisais.

page(s) 25-26
• Faire connaissance avec son esprit

En tibétain, « méditation » se dit gom, d'après une racine qui signifie « se familiariser (avec) ». Selon cette définition, on peut comprendre la méditation telle qu'elle se pratique dans la tradition bouddhiste comme une façon de faire connaissance avec son esprit, aussi simplement que l'on fait connaissance avec quelqu'un lors d'une soirée.

page(s) 26
• Accueillir

[La] pratique qui consiste à faire bon accueil aux pensées, aux émotions et aux sensations porte le nom d'attention – traduction approximative du tibétain drenpa, « prendre conscience ». Ce dont nous prenons conscience, ce sont tous les processus subtils du corps et de l'esprit qui échappent d'ordinaire à notre attention parce que nous sommes concentrés sur la « grande image », l'aspect dominant de l'expérience qui détourne notre attention en nous submergeant ou en provoquant un désir irrépressible de prendre la fuite. Le fait d'opter pour l'attention réduit peu à peu la grande image en morceaux plus petits, plus gérables, qui apparaissent dans la conscience et en ressortent avec une incroyable rapidité.

En fait, il est un peu étonnant de découvrir combien l'esprit est intimidé quand on lui propose d'être son ami. Les pensées et les sentiments qui semblaient si puissants et solides s'évanouissent presque aussi vite qu'ils apparaissent comme des bouffées de fumée dispersées par le vent.

page(s) 30
• Ne pas se juger pour les escapades de son esprit

Bien entendu, je pouvais encore être emporté par des pensées ou des lambeaux de rêverie, passer d'un état d'agitation à un état de torpeur. Mon père me conseilla une autre fois de ne pas trop m'inquiéter de ces événements anodins. Je me rappellerais tôt ou tard qu'il fallait retourner à la simple tâche d'observer tout ce qui se passait à l'instant présent. L'important, c'était de ne pas me juger pour ces baisses d'attention. Cela s'avéra une leçon essentielle parce que, en effet, je n'arrêtais pas de me juger pour ces dérives.

Mais voici que, une fois encore, cette instruction m'enjoignant de simplement observer mon esprit fut à l'origine d'une surprenante réalisation. Ce qui, dans l'ensemble, me dérangeait, c'étaient ces jugements sur mon expérience.

page(s) 31