Bouddhisme profond

Tradition tibétaine
Claire lumière, 1995
14 cm x 21 cm, 200 pages


Couverture de Bouddhisme profond

Sommaire

Introduction

1 - Le Hīnayāna et le traitement des émotions

2 - Le Mahāyāna et le traitement des émotions

3 - Le Vajrayāna et le traitement des émotions

4 - La compassion

5 - Les préliminaires communs

6 - Les liens du corps et de l'esprit

7 - Les rouages du saṃsāra

8 - Esprit, éléments et agrégats

9 - L'esprit

10 - Le Mahāmudrā (1)

11 - Le Mahāmudrā (2)

12 - Le Mahāmudrā (3)

13 - L'union du Mahāmudrā et du Mahā-ati

Extraits de l'ouvrage

• Difficultés de la pratique Hīnayāna en Occident

En Occident, […] la pratique du Hīnayāna risque d'être […] difficile. Elle requiert en effet de rejeter complètement toute implication dans le monde, de fermer les portes du corps, de la parole et de l'esprit, de ne plus porter aucun intérêt à l'activité ordinaire et d'éviter toute distraction.

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• L’éducation ne favorise pas l’indispensable discipline

Les enfants reçoivent [en Occident] une éducation qui, les laissant très libres de leurs choix et de leurs actes et, ne donnant pas l’habitude de la discipline, ouvre le champ à la dispersion et aux émotions conflictuelles.

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• Les quatre attentions

[La méditation] repose en premier lieu sur les Quatre complètes attentions :

  1. La complète attention au corps
  2. La complète attention aux sensations
  3. La complète attention à l'esprit
  4. La complète attention aux phénomènes

Par la pratique de ces quatre attentions, l'esprit se stabilise. Elles sont un équivalent de ce que l'on appelle la « pacification mentale » (sct. śamatha, tib. chiné). L'esprit est focalisé sur un seul objet, sans se laisser entraîner par l'emprise d'aucune pensée quelle qu'elle soit, ni bien sûr par aucune émotion conflictuelle. Il reste ainsi parfaitement au repos.

La première des quatre attentions complètes est celle portée au corps. Elle est fondée sur l'assimilation que nous faisons de notre personne à notre corps. Dans cette technique, l'esprit est fixé sur ce simple sentiment d'être le corps, sans y ajouter aucun jugement ni aucune appréciation du type : « Ce corps est une bonne chose ou il est une mauvaise chose ; il est plaisant ou il est douloureux ; il est en bonne santé ou il est en mauvaise santé ; il existe ou il n'existe pas, etc. » On est seulement présent à l'impression d'avoir un corps, sans aucune distraction. […]

Au travers du corps, des sensations variées sont éprouvées : le froid ou le chaud, le doux ou le rugueux, etc. Lorsque, quelle que soit la sensation perçue, là encore sans jugement, l'esprit reste concentré sur elle, sans distraction, c'est la seconde complète attention.

La troisième attention porte sur les ressentis de l'esprit : la joie ou le mécontentement, le bonheur ou la souffrance, n'importe quel type de mouvement mental. On est simplement présent à ces mouvements, sans aucunement développer les pensées ni les suivre. On se contente de les observer de manière neutre.

L'attention aux phénomènes, enfin, se pratique de la même manière, s'appliquant aussi bien aux formes, qu'aux sons, aux odeurs, etc. Lorsque, par exemple, une forme est perçue par le regard, on ne cherche pas à s'en détourner, on n'y apporte non plus aucun jugement ni aucun commentaire – « Ceci est beau ou ne l'est pas ; je l'apprécie ou ne l'apprécie pas… » – mais on garde l'esprit posé sur l'objet perçu, sans distraction, simplement présent. On fait de même pour un son, une odeur ou tout autre objet des sens.

page(s) 20-21
• Passage de l’été d’arhat à celui de bodhisattva

Le but du Hīnayāna est d'atteindre l'état d'arhat, un état dans lequel ne se produit jamais aucune pensée ni aucune émotion conflictuelle ; l'esprit demeure unifié et pacifié […]

Du point de vue du Mahayāna, on ne considère pas cet état comme définitif [… :] la conscience de l'arhat devient beaucoup plus claire et s'élève en elle la vision de la souffrance immense des êtres en même temps que la volonté de les libérer et de les établir dans la paix et le bonheur. La compassion est née.

page(s) 22
• Tenter de résoudre les conflits versus s’en écarter

L'isolement est parfois la solution choisie pour répondre à des conflits familiaux ou sociaux. Plutôt que de demeurer dans l'environnement produisant les tensions, la personne choisit de s'en écarter complètement jusqu'à ne plus devoir en entendre parler. Se coupant du monde, elle choisit alors la voie de l'ermitage et de la méditation. En Occident, les gens aiment mieux, le plus souvent, affronter la situation pour tenter de résoudre les conflits ; en Orient, ils préfèrent parfois s'en dégager complètement.

page(s) 24
• Prééminence de la compassion dans le Mahāyāna

Le Mahāyāna repose sur le principe qu'on ne se préoccupe pas seulement de soi-même, mais que l'on considère l'autre comme plus important que soi. On met donc un accent particulier sur l'amour et sur la compassion. Ainsi, au début de toute pratique, on pense qu'on s'y engage afin de devenir capable de libérer tous les êtres de la souffrance et de pouvoir tous les établir dans un bonheur définitif. De la même manière, à la fin d'une pratique, on dédie toute la force positive qui en découle au bien de tous les êtres, afin qu'ils deviennent libres des souffrances, du karma et des émotions conflictuelles et qu'ils obtiennent ultimement l'état de bouddha.

page(s) 27
• Les émotions conflictuelles

[I]l est indispensable de comprendre […] ce qu'on entend dans le bouddhisme par le terme « émotion », c'est-à-dire « émotion conflictuelle ». Il est clair que le mot « émotion » est pris ici dans un sens différent de son acception usuelle. Ainsi, « l'émotion » que procurent un film, une poésie ou un beau paysage se situe sur un autre plan que les « émotions conflictuelles ». Inversement, certains facteurs mentaux répertoriés comme « émotions conflictuelles », comme l'aveuglement ou l'orgueil, ne sont certes pas considérés comme des « émotions » dans le langage courant. il n'existe pas, à vrai dire, d'équivalent exact en français contemporain du sanskrit kleśa ou du tibétain nyeun-mongpa. « Émotion », conflictuelle ou perturbatrice, pour les raisons que nous venons de voir, ne convient pas parfaitement ; « passion », qui dans le langage théologique classique recouvrait presque exactement la notion de kleśa bouddhiste, a pris, de nos jours, un sens très différent.

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