Chan & zen

Le jardin des iconoclastes
Le Relié, 2006
14 cm x 22 cm, 170 pages


Couverture de Chan & zen

Quatrième de couverture

La tradition chinoise a laissé un grand nombre d'enseignements directs des plus grands maîtres de la dynastie Tang (618-907) dont Zhaozhou (Joshu en japonais), est l'une des figures emblématiques. Au XX° siècle, Xu Yun, Nuage vide, (1839-1959), son héritier, a restauré l'immense vigueur du Chan chinois des origines, qui deviendra le Zen au Japon.

Aujourd'hui encore, malgré la grande popularité du Zen, l'approche merveilleusement iconoclaste des maîtres chinois est encore mal connue des pratiquants et du grand public. Découvrir la dynamique âpre, subtile, poétique et créative des ancêtres du Chan est donc la meilleure manière de redonner au bouddhisme la tonicité incroyable de l'approche chinoise magnifiquement saisie par Dōgen qui la transmit au Japon. Ce livre est donc un retour aux sources du Chan.

L’auteur

Daniel Odier est le disciple de Jing Hui Sifu (l’un des héritiers de Xu Yun), qui lui donna, en 2005, la transmission Chan au monastère de Bailin (Chine) où vécut et enseigna Zhaozhou.

Extraits de l'ouvrage

• Comme le flux des nuages dans l’espace

Il suffit de se tourner « vers l'Océan de notre propre essence et développer un accord pratique avec notre propre nature » dit Yangshan. Alors « l'action et le repos de ceux qui ont atteint le Chan est comme le flux des nuages dans l'espace, sans conscience de soi, comme la pleine lune qui illumine tout. » Tout est alors le Bouddha, tout est alors le Chan.

Lorsque vous passez ce cap de compréhension, personne ne peut vous fixer dans une adhésion à quoi que ce soit. Le dogme et le concept balayés, vous êtes libres et spacieux, authentiques et simples, indépendants et créatifs. La pureté et l'impureté n'ont plus de sens. La pleine conscience ne s'oppose plus à la grâce de l'inconscience, les idées se consument comme des flocons de neige sur un fourneau brûlant.

page(s) 24
• Le dharma ? Le chaos cosmique

[A]tteindre l'autre rive est encore un piège. Il n'y a pas d'autre rive, pas de fleuve à traverser, car nous sommes l'union des deux rives à chaque instant de présence.

page(s) 25
• Vacuité et réel sont un

[T]ous les dharma sont vides, car nous utilisons la notion de vacuité ou d'espace pour détruire la croyance en une réalité absolue, et nous utilisons ensuite la beauté infinie de la réalité pour détruire la notion d'un vide absolu. C'est la raison pour laquelle je préfère le mot « espace », car il pose clairement le fait que la vacuité et le réel sont un.

page(s) 26
• La sangha comprend tous les êtres

Qu'est-ce que la sangha ? À l'origine, la communauté des moines et des nonnes, puis la communauté bouddhique tout entière. Mais si je suis la totalité, s'il n'y a ni moi-même, ni les autres, la sangha perd toute caractéristique et chaque être humain, chaque animal, chaque plante, chaque atome de matière est la sangha.

page(s) 26
• Identité avec tous les êtres

Le Bouddha n'est pas localisable, le dharma est silencieux, la sangha est la totalité des mondes. Être bouddhiste, c'est entrer de plain-pied dans l'indifférencié, l'absence de marque, l'identité avec tous les êtres et tous les objets ; ressentir cette unité, c'est être éveillé à la nature absolue de l'être, c'est oublier le bouddhisme.

page(s) 27
• Les maîtres du Chan

Influencés par le taoïsme que beaucoup avaient pratiqué, [les maîtres du Chan] avaient du bouddhisme une conception cosmique, profondément reliée à la nature, à la beauté, à l'art. Rien de puritain dans leur approche. Ils se démarquaient complètement du bouddhisme indien et de son strict moralisme qui visait à éteindre la sensorialité et considérait les arts comme contraires à la voie.

Les Chinois chantaient en de merveilleux poèmes la beauté des monts isolés dans lesquels ils vivaient. Ils jouaient de la flûte ou du luth, ils étaient peintres ou calligraphes, appréciaient les métiers les plus simples, qui parfois leur permettaient de subsister, car ils étaient peu enclins à la mendicité, ils faisaient des banquets frugaux sous la lune en compagnie d'autres ermites, ils dérivaient sur une barque dans la plus profonde extase, ils s'autorisaient à chanter la mélancolie, la solitude, la tristesse des longs hivers, l'amour, l'émotion, l'amitié, le désir et le frémissement de toute la création […]

Au lieu de nier les sens, ils les plaçaient dans l'espace absolu de l'essence du cœur/esprit et ne voyaient nulle offense dans le fait d'être profondément humain. C'est ce qui touche dans leurs écrits, il n'y a ni le masque du renoncement, ni la crainte du domaine sensoriel, ni l'hypocrisie religieuse. Ils fluent dans une mobilité non conditionnée et rejoignent en cela l'idéal taoïste. Ils vivent sans contrainte et rien ne peut interrompre leur fluidité. Ils ont abandonné l'idée même du Bouddha et du bouddhisme tant leur compréhension est vaste.

page(s) 31-33
• La névrose bouddhique

On pourrait définir [la] névrose [bouddhique] comme le moment où la règle supplante l'essence ou comme le moment où les formes prennent plus d'importance que la substance. C'est le risque qu'encourt tout mouvement religieux et il est intéressant de noter que les mystiques de toutes les religions sont avant tout des iconoclastes, bien souvent détruits par le courant mortel que peut porter toute tradition. La question essentielle est que le mystique refuse ce qui peut entraver son magnifique vagabondage.

page(s) 37