Chögyam Trungpa

Une révolution bouddhiste
Éditions du Grand Est, 2007
17 cm x 24 cm, 170 pages
Couverture de Chögyam Trungpa

Quatrième de couverture

Pour célébrer le vingtième anniversaire de la mort de Chögyam Trungpa, ce volume rassemble cinq textes écrits entre 1996 et 2006 qui tentent de méditer l’œuvre de ce penseur hors du commun.

  • Un maître spirituel à l’époque de la démocratie
  • Shambhala vers le cœur de toute spiritualité
  • La rencontre du Bouddhisme et de l’Occident
  • Le poème du monde
  • Approche bouddhiste et phénoménologique des émotions

Chögyam Trungpa refuse tout ce qui peut conduire à infantiliser les gens par la mise en sommeil de leur intelligence. Il est particulièrement attaché à ne jamais accepter d’être enfermé dans le rôle du sage.

« La spiritualité consiste à pourfendre l'espoir et la peur, à découvrir soudain l'intelligence qui va depair avec ce processus. » Chögyam Trungpa

Extraits de l'ouvrage

• La parole de Chögyam Trungpa

[L]a parole de Chögyam Trungpa […] détruit toutes nos idées reçues sur ce qu'est le spirituel.

Elle détruit l'idée que le sacré constituerait un ordre supérieur au profane : la sainteté se déploie partout, même dans les actes les plus quotidiens et les plus simples.

Elle détruit notre souci de distinguer le spirituel, l'art et la politique : on ne peut gagner l'un sans les deux autres.

Elle détruit l'idée que le fait d'appartenir à une religion puisse nous donner un sentiment de supériorité, attitude qui relève du matérialisme spirituel et trahit l'emprise de l'ego.

Elle détruit la mièvrerie spirituelle faite de bons sentiments et de conseils naïfs : elle nous invite à penser plus rigoureusement, à pratiquer plus intensément, à nous ouvrir pour de bon.

Elle détruit toute forme de moralisme : le bouddhisme invite à sauter dans le feu du ciel, nullement à nous infantiliser en nous disant ce que nous devrions faire.

Elle détruit enfin la croyance qu'une discipline spirituelle comme la méditation vise à nous donner une sécurité : elle apprend au contraire à habiter joyeusement l'incertitude, à demeurer dans la brèche de l'inhabituel. Là réside la sainteté.

page(s) 14
• C’est si simple

Je reçus ma première instruction de méditation. Je fus surpris de me trouver exposé à l'espace inconditionnel, à l'espace au-delà de la conscience commune, laquelle est toujours préoccupée par son propre ressassement. Plus de bavardages !

Être. Simplement être.

C’était donc si simple. Le geste du Bouddha consiste à s'asseoir pour toucher un sens d'être inconditionnel. Je m'étais en partie trompé. Suivre la voie du Bouddha est plus simple que je ne l'avais pensé et permet d'embrasser la beauté et la gravité de notre existence sans en rejeter aucune part.

page(s) 17
• Assumer sa responsabilité d'homme

Quand la structure sociale ne peut plus refléter un ordre sacré, l'homme doit faire retraite en lui-même et entretenir un rapport direct et personnel à cette dimension. Telle est actuellement la situation dans laquelle nous nous trouvons : alors que l'enseignement le plus ultime est présenté publiquement, il n'existe plus aucune situation sociale le préservant et lui donnant un terrain propice pour qu'il puisse prendre corps.

La détresse qui en résulte recèle néanmoins des ferments de salut. Chacun a désormais le devoir d'assumer sa responsabilité d'homme, situation que Heidegger, à la suite de Kierkegaard, décrit comme marquée par le sceau de l'angoisse – angoisse pensée non pas négativement mais comme l'élément de dévoilement de notre liberté, responsabilité insurmontable dont on n'est jamais complètement quitte. Une telle épreuve n'a rien de psychologique, mais elle renvoie au devoir, pour chacun, d'être le centre de sa propre vie – un centre qui ne soit ni fixé une fois pour toutes ni ce par rapport à quoi tout s'oriente, mais que chacun de nous avons à être, un centre non fixe, en expansion, « centrifuge », fondamentalement ouvert et « vide ».

page(s) 30-31
• Voir le meilleur en chacun

Comme le soulignait déjà Aristote dans l'Éthique à Nicomaque (Livre VIII), philia, l'amitié n'est possible qu'entre égaux et elle est la vertu politique par excellence. Chögyam Trungpa établit un monde où chacun est reconnu en ce qu'il est lui-même en propre. C'est pourquoi la réussite de l'enseignement de Chögyam Trungpa en Occident provient non de sa compréhension de la psychologie occidentale – pour peu qu'une telle chose existe – mais bien plutôt de sa formidable capacité, selon le sens même que revêt l'amitié, à voir le meilleur en chacun.

page(s) 33
• Une œuvre politique

Chögyam Trungpa s'est attelé à une méditation sur le sens qu'on attribue à une communauté humaine à l'âge actuel de se destruction par l'atomisation de l'individu étrangement conjointe à la globalisation du monde. « Les gens engagés dans une discipline spirituelle ont tendance à ne rien vouloir faire de leur vie ordinaire, explique-t-il, ils considèrent la politique comme une matière profane et indésirable. » En ce sens, son œuvre tout entière se veut, en une perspective élargie, politique.

page(s) 35-36
• Une dimension saine existe déjà virtuellement

Une vision commune n'est pas un projet qu'il nous faut accomplir. Toute utopie que l'on voudrait mettre en œuvre – ce qui est une contradiction dans les termes – tend inévitablement à la barbarie, ainsi que l'ont montré les régimes nazi et stalinien, qui se fondent sur un refus de la réalité, censée se plier à leur volonté (refus qui nie précisément la quotidienneté).

Plutôt que de tendre à un but, Chögyam Trungpa montre qu'une dimension saine existe déjà virtuellement. Il faut lui être fidèle.

page(s) 37
• Une conception naïve et dangereuse de la liberté

L'idéologie démocratique propre à notre temps implique une conception naïve et dangereuse de la liberté qui nous conduit à suivre ce que nous désirons – les kleśa, en langage bouddhiste. Mais surtout, elle conduit l'homme à se penser comme « sujet », le « sujet-roi fondateur de lui-même » (Pierre Legendre), ayant à décider par lui-même ce qu'il en est du réel.

Nous touchons là un point décisif. S'il incombe à chacun de répondre à la nécessité de faire qu'une société éveillée se manifeste, la compréhension actuelle erronée d'un tel impératif, perçu comme l'invitation à imposer partout et à tout propos sa volonté, est la source de la crise du monde moderne, celle qu'annonce René Guénon et que Heidegger désigne comme l'« époque des conceptions du monde » – où le monde n'est plus conçu que par rapport à soi devenu la région à laquelle échoit désormais toute mesure.

page(s) 39-40