Introduction au tantra bouddhique

L’incandescence de l’amour
Fayard, 2008
14 cm x 22 cm, 250 pages
Couverture de Introduction au tantra bouddhique

Quatrième de couverture

Le tantra, l'un des sommets de la tradition bouddhique, a donné lieu à de multiples fantasmes et mécompréhensions. Ainsi n'est-il pas un ensemble de techniques sexuelles (la sexualité y est simplement vue comme l'une des modalités où l'espace rencontre l'ardeur et l'épouse). Il n'est pas non plus un ésotérisme de pacotille, mais l'ample confiance dans la possibilité de proclamer, à chaque instant, la vérité. Enfin, il ne renvoie pas à des pratiques étranges, mais nous apprend à lier ensemble le corps, les émotions et l'esprit dans une unité féconde, nous mettant à l'unisson du monde.

Véritable provocation contre tous les moralismes, dénonciation des religions quand elles deviennent des instruments de soumission, il est l'invitation à oser la plus haute incandescence : rien ne peut entraver l'amour.

Fabrice Midal fait entrer son lecteur de plain-pied dans l'expérience même du tantra. À l'âge de la dévastation et du déracinement, où la survie de la terre est menacée, où l'effectivité prend le pas sur l'affectivité, où les hommes ne sont jamais rassasiés et si peu affectueux, le tantra offre une voie d'une étonnante pertinence. Il nous révèle la grandeur d'un monde vivant et poétique qui réside dans la paume de notre main, dans le secret de notre propre vie.

Extraits de l'ouvrage

• Connaître nos vrais sentiments

Connaître nos vrais sentiments est d'une réelle difficulté.

Aussi, dire quelque chose de vrai concernant notre existence implique de faire cet effort constant pour laisser apparaître ce qui est et qui, de lui-même, ne se montre pas spontanément.

page(s) 11
• Nous nous cachons

Le tantra nous révèle, de façon intimidante, la manière dont nous passons une grande part de notre vie sans rien voir et sans rien sentir de la profondeur de ce que nous éprouvons – nous cachant derrière des idées, des références, des doctrines.

page(s) 12-13
• Plus vastes que le moi

Affirmer que la continuité de notre expérience est donnée par le « moi » est tout aussi insuffisant que de prétendre la présence d'un ami « agréable » ou ce tableau-là « joli ». Ce n'est pas faux, mais c'est simpliste, rapide et en fin de compte assez brutal.

Réduire le champ de l'amitié à un sentiment agréable que je ressentirais, c'est manquer l'ampleur de l'amitié – cet espace où être ensemble.

Le tableau n'est pas joli – il lave les yeux de la boue des images et me pose au cœur du monde devenu pure éclosion unitaire auquel je prends part.

Restreindre le champ de notre existence à un « moi », c'est manquer ce qu'il en est de notre être véritable. Nous sommes bien plus vastes que la notion de « moi » ne le laisse envisager.

page(s) 17
• Ce n’est pas moi, cela vient à moi

Dès que nous prêtons attention à notre expérience, ce que nous prenons pour notre « je » n'apparaît nullement identique à lui-même, ne possède pas une stabilité fixe, mais, phénomène étrange, est toujours autre. Ainsi une pensée qui me traverse, particulièrement si elle est juste, n'est-elle nullement mienne, elle vient à moi, me surprend, m'étonne.

page(s) 18
• Un espace s’ouvre

Lorsque nous sommes pleinement en rapport avec la situation, le sentiment de moi se distend, voire se dissout. Lorsque nous sommes avec un ami, un espace s’ouvre, l'espace même de l'amitié. Nous sommes d'autant plus proche de lui, avec lui, que nous ne sommes plus concernés par nous-même, qu'il n'y a plus cet observateur qui s'assure sans cesse que la situation lui est favorable ou non.

page(s) 23
• Dissolution du moi

Chaque fois que nous sommes en rapport à quoi que ce soit de réel, la dissolution du moi, d'une manière plus ou moins claire et profonde, est à l'œuvre. Le chemin bouddhiste ne consiste qu'à reconnaître cette vérité, à lui donner droit et à prendre véritablement acte de son impact.

page(s) 24
• La seule force : la nudité la plus entière

Même si nous nous sentons perdus devant ce qui nous apparaît comme une énigme, il nous faut y demeurer. C'est le seul sol possible pour entendre le tantra – c'est un sol qui ne dépend de rien pour être. […]

Parce qu'il s'appuie sur cette dimension d'être qui se manifeste, à première vue, comme absence complète de sécurité, le tantra peut sembler fou.

Pour lui, la seule vraie solidité est celle qui n'est ni solide, ni non solide : l'ouverture que rien ne peut menacer, comme le ciel qu'une flèche ne peut pas percer mais juste traverser. La seule force est celle qui n'est ni force ni faiblesse : la nudité la plus entière. La seule vraie paix est celle qui ne s'oppose pas à la guerre.

La conviction et la confiance qui en découlent expliquent le ton si singulier du tantra que nous pouvons nommer pour l'heure : son intrépidité. Le tantra ne vise rien, ne recherche pas l'Éveil ou la découverte de la vérité. Il est à l'écoute de la continuité qui coule à travers la sagesse comme à travers la confusion et cela lui donne une assurance magnifique.

page(s) 25-26