L’aube du tantra

Seuil, 1975 , traduit en 1980
11 cm x 18 cm, 150 pages


Couverture de L’aube du tantra

Quatrième de couverture

Les Occidentaux désireux de s'informer sur le tantra bouddhique du Tibet doivent souvent s'accommoder de la spéculation et de la fantaisie. Les études académiques, quant à elles, sont pour la plupart inaptes à comprendre et surtout à transmettre la spiritualité tibétaine.

Chögyam Trungpa, onzième incarnation des Trungpa, lignée de maîtres spirituels, fut introduit à l'âge de dix-huit ans « abbé » d'un groupe de monastères au Tibet oriental. Exilé en 1959, il a abordé pleinement l'esprit occidental à travers études et voyages, et a su présenter à ses interlocuteurs, de façon à la fois simple et juste, l'essence du tantra.

Livre de référence, L'aube du tantra est issu de la rencontre de Chögyam Trungpa avec le Pr. Guenther, spécialiste de la langue et de la civilisation tibétaines. Leur dialogue, libre et approfondi, enrichi par leur expérience respective, contribue à éclaircir les mystères d'une tradition peu et surtout mal connue.

Extraits de l'ouvrage

• Fierté égotiste et fierté adamantine

Je pense que la version égotiste de la fierté spirituelle se fonde sur une foi aveugle, quand, disons familièrement, on « pédale dans le merveilleux ». C'est croire aveuglément que, puisqu'on voudrait être comme ceci ou cela, on l'est déjà. […]

À l'opposé, la fierté adamantine vient de ce que l'on fait face à la réalité de sa nature. Il ne s'agit pas de devenir ce que l'on voudrait être, mais plutôt d'amener au plein épanouissement les énergies qui vraiment sont en nous.

L'orgueil égotiste est du domaine de la confusion et consiste à se complaire dans les pieux désirs ; c'est essayer de devenir autre chose, au lieu d'accepter d'être ce que l'on est.

page(s) 131
• Ne pas chercher à atteindre le nirvāna

L'attitude requise dans cette pratique n'est pas de chercher à atteindre le nirvāna, mais plutôt de comprendre le mécanisme du saṃsāra, son fonctionnement et sa relation avec nous. Quand le tableau complet du saṃsāra a été vu et son mécanisme entièrement compris, le nirvāna devient superflu. Dans ce qu'on appelle l'état illuminé, saṃsāra et nirvāna sont tous deux libérés.

page(s) 44
• La liberté fondamentale à toute chose

Nous voyons [que la liberté] ne peut être considérée comme une chose séparée mise en rapport avec autre chose. Elle-même doit être un fait inhérent à l'existence. Dans ce sens, la liberté n'est pas à atteindre, elle est fondamentale à toute chose.

page(s) 52
• Ne pas considérer l'ouverture comme une entité

Nous devons veiller attentivement à ne pas considérer l'ouverture comme une entité. Car si nous avons cette attitude, nous en aurons fait un concept, ce qui automatiquement la fixe et la limite à quelque chose de défini. C'est précisément ce que nous avons dû briser pour la percevoir.

page(s) 55
• Trois nœuds émotionnels fondamentaux

Selon le bouddhisme, il existe trois nœuds émotionnels fondamentaux : passion-désir, haine-aversion, confusion-aveuglement. Ces noms leur sont donnés selon leurs manifestations samsariques, mais ils contiennent des possibilités latentes de transformation. Ils ont une relation mutuelle particulière. La confusion mentale quant à la nature de ce qui se passe ne peut exister sans entraîner les extrêmes de la passion et de l'aversion. Mais passion ou aversion ne peuvent entrer en jeu sans la présence de la confusion fondamentale. Passion et aversion sont des énergies émotionnelles déformées par l'absence de précision qu'est cette confusion fondamentale.

page(s) 57
• Établissement de la relation maître /disciple

Étant donné l'étroite relation qui unit maître et disciple, tout ce qui se passe entre eux est vital aussi bien pour l'un que pour l'autre. Si quelque chose se passe mal, cela porte atteinte aux deux, maître et disciple.

Le maître doit bien se garder d'accepter un étudiant spirituel qui n'est pas prêt à recevoir son enseignement. C'est pourquoi, avant de donner une instruction, il testera l'ardeur, la bonne volonté et la capacité de l'étudiant à la recevoir. Ceci veut dire que l'étudiant doit devenir, selon l'image traditionnelle, un digne réceptacle.

Et à cause de l'intimité de la relation future, l'étudiant doit aussi tester le maître. Il doit le sonder pour voir s'il est vraiment capable de transmettre l'enseignement et si ses actes concordent avec ses paroles.

Si les conditions ne sont pas remplies des deux côtés, la relation ne vaut pas la peine d'être engagée.

page(s) 69
• Danger du succès, vertu de l'échec

[L]a voie bouddhique est une voie d'apprentissage [qui] contient une continuelle oscillation entre échec et succès. Parfois tout va bien. C'est bon ; mais cela peut être aussi un très grand danger. Nous pouvons devenir trop sûrs de nous, trop croire que tout se passera comme nous le souhaitons ; une certaine complaisance s'échafaude. Les échecs qui surviennent ont donc quelquefois une grande importance, parce qu'ils nous font comprendre où nous avons fait fausse route et nous donnent l'occasion de bien repartir. De cette expérience d'échec naît une vision des choses fraîche et neuve.

page(s) 72-73