L'esprit de solitude

Albin Michel, 2005
12 cm x 20 cm, 240 pages
Couverture de L'esprit de solitude

Quatrième de couverture

Pour la plupart des contemporains, la solitude est ressentie de façon négative : on la confond avec l'isolement, le manque, l'abandon. Et la société veille à empêcher que l'être humain ne se retrouve seul, face à lui-même.

Or la solitude choisie est loin d'être un enfermement, une pauvreté : c’est un état d'heureuse plénitude. Non seulement parce qu'elle offre la clef de la vie intérieure et créative, mais parce qu'elle est disponibilité et chemin d’apprentissage de l'amour. Et il n'est pas de liberté de l'individu sans ce recueillement de la pensée, sans cet ermitage du cœur.

Pourquoi tant de philosophes, d'artistes, de saints et de mystiques furent-ils de grands solitaires ? Quelle force, quelle inspiration puisèrent-ils dans cette vie d'austère apparence ? Et pourquoi notre monde lutte-t-il avec tant d'ardeur contre un état propice à la connaissance de soi ?

Le livre de Jacqueline Kelen invite chacun à découvrir sa liberté personnelle inaliénable, semblable à une citadelle ouverte aux vents de l'amour et de l'esprit.

Extraits de l'ouvrage

• Un cadeau royal

La solitude est un cadeau royal que nous repoussons parce qu'en cet état nous nous découvrons infiniment libres et que la liberté est ce à quoi nous sommes le moins prêts.

page(s) 11
• La voie solitaire

La voie solitaire n'apporte ni gloire ni consolation, aussi vaut-elle plus qu'une autre d'être tentée. C'est la voie fulgurante de tout être impatient d'absolu dont l'apparent orgueil s'avoue si proche de l'anéantissement suprême ; ou la « voie sèche » de l'alchimie : brève, au creuset, mais infiniment risquée.

page(s) 11-12
• Plus jamais isolé, coupé

La vraie, l'essentielle solitude – qui m'est propre et qui demeure inaliénable – renvoie en moi à ce noyau irréfragable, impérissable aussi. C'est ce qui est indestructible, souverain, inattaquable en moi. Certains disent : l'Esprit.

Lorsqu'un individu a pris contact avec ce noyau indestructible, a expérimenté cette solitude de l'Esprit, il peut ensuite vivre seul ou en couple, à la ville ou au désert. Il ne se sent plus jamais isolé, coupé.

page(s) 22
• Souffrance, maladie, épreuve

La souffrance est un état humain, un état intérieur, un état de l'âme (si tant est que ce terme ait encore quelque valeur dans un monde chimique, neurologique et technologique) et la réduire à une maladie revient encore une fois à court-circuiter l'épreuve, c'est-à-dire les chances de découverte, d'exploration et de questionnement.

Abordée de façon initiatique (initier veut dire « commencer » : c'est un départ, un voyage qui ne finit pas), une difficulté est susceptible de provoquer un éveil, une prise de conscience et un changement important ou radical dans son existence. L'épreuve n'a pas pour sens la souffrance (ça, c'est le dolorisme, le masochisme sur quoi s'établit le pouvoir des religions et avec quoi jouent toutes les manipulations mentales), mais elle fait toucher en soi à des dimensions insoupçonnées, elle permet d'acquérir ou de développer des qualités et des vertus telles que le courage, la patience, la force, l'endurance, la bienveillance  et l'humilité…

page(s) 28
• Transfigurer le monde

La plupart des hommes, malcontents, veulent changer le monde. La voie initiatique invite à une transformation intérieure qui enchantera le monde extérieur, qui le transfigurera.

page(s) 35
• Respect de l’autre et maîtrise de soi

La solitude s'avère le contraire de l'égocentrisme, du repliement sur soi et de la revendication pour sa petite personne. Le véritable solitaire se passe de témoins, de courtisans et de disciples. Ainsi parlait Démocrite : « Même dans la solitude, ne dis ni ne fais rien de blâmable. Apprends à te respecter beaucoup plus devant ta propre conscience que devant autrui ».

Le solitaire sait qu'il a beaucoup à apprendre alors que la plupart ne cherchent qu'à enseigner, à avoir des disciples. Il lit, écoute, réfléchit, mûrit ses pensées comme ses sentiments. En cet état, il pèse le moins possible sur autrui : il ne cherche pas, au moindre désagrément, une oreille où déverser ses plaintes, il ne rend pas l'autre responsable de ses faiblesses et de ses incompétences, il ne peut exercer sur personne un chantage affectif. La solitude est bien une école de respect de l’autre et de maîtrise de soi.

page(s) 44
• Amour & solitude

[A]imer quelqu'un, ce n'est pas lui sacrifier sa solitude mais lui révéler sa propre solitude. Aimer l'autre, c'est aimer la solitude à jamais étrangère, inaccessible, de l'autre.

page(s) 49
• Solitude, courage, lucidité et attention

Le solitaire heureux a regardé en face son destin de mortel et l'a aimé. Ayant contemplé et accepté son impermanence, il connaît désormais la merveille de respirer, d'étudier, d'aimer.

Tant qu'on refusera à l'être humain sa dimension de solitude, tant qu'on la lui cachera par des divertissements, par des institutions, des propos hypocrites, tant qu'on s'acharnera à la supprimer, sous prétexte d'injustice ou d'inadaptation sociale, les gens seront maintenus dans leur peur de mourir et ils demeureront, bien dociles et tremblants, sous tutelle. Esclaves et non libres.

La solitude n'a rien de triste, mais elle a la gravité de l'amour, de la beauté, des choses essentielles. Elle enjoint de vivre avec courage, lucidité et attention.

page(s) 50-51
• Silence de soi, attention, gratitude

L'intériorité que l'on découvre dans la solitude n'a rien à voir avec la promotion du moi, avec l'autosatisfaction : c'est le silence de soi, c'est une attention au monde, une gratitude aussi.

page(s) 79