La voie du non-attachement

Pratique de la méditation profonde
Dangles, 1975 , traduit en 1979
15 cm x 21 cm, 180 pages


Couverture de La voie du non-attachement

Quatrième de couverture

Nous vivons partagés entre deux perspectives, l’une immédiate, de la vie quotidienne inlassablement traversée de conflits, de peurs et d’insécurité. L’autre lointaine, mais dont nous avons l’intuition d’un monde transcendantal où tout se confond en une harmonieuse unité. Dans l’intégration de ces deux univers, ce qui nous préoccupe essentiellement est le mode de sa réalisation.

À cet égard, l’ouvrage de Dhiravamsa constitue un guide précieux. Il n’est pas un traité de métaphysique, mais consiste en l’exercice, simple et direct, d’une faculté inhérente à chacun de nous : l’attention. L’attention, c’est ce qui nous révèle l’ensemble de notre vie mentale et affective, consciente et inconsciente. Mais ce n’est pas tout : elle constitue une véritable thérapeutique de nos maux car, être attentif, c’est accepter dans l’instant tout ce qui se présente dans notre vie, et surtout le comprendre d’un point de vue non fragmentaire. La vision globale et la compréhension, étant facteurs de transcendance, nous permettent d’unifier ces perspectives séparées.

C’est dans ce passionnant univers d’investigation et de libération que nous convie l’auteur.

Extraits de l'ouvrage

• Cesser de chercher un refuge

La concentration amène le savoir ou les pouvoirs, mais non la vision intuitive, laquelle ne peut être « sollicitée » ; elle se lève spontanément dès lors que la vigilance passive a transpercé les voiles de l'ignorance de part en part. Lorsque l'esprit conditionné accepte de renoncer à ses accumulations et, que sans mobile aucun il parvient à l'Inconditionné, il cesse de chercher un refuge et s'ouvre au flot de la vision intuitive, renouvelant son contenu d'instant en instant.

page(s) 10
• Laisser aller et venir, comme le souffle

Rien ne manque à l'esprit vacant. Mais comme, conformément à la loi de changement et d'impermanence, il ne retient jamais rien, ce qui est neuf et pertinent y pénètre librement d'instant en instant. Quand on cesse d'intervenir dans le cours des événements, qu'on les laisse aller et venir, comme le va-et-vient du souffle, chaque chose est à sa place et remplit sa fonction.

page(s) 10
• Travailler avec l'ego et le mental

Dans la mesure ou l'ego et le mental sont des empêchements au cheminement spirituel, on peut se demander s'il ne vaudrait pas mieux balayer le mental et annihiler le moi. Le mental et l'ego étant nos matériaux de travail, leur destruction n'apporterait rien de positif.

Par contre, on peut les purifier, en sorte qu'ils puissent remplir les fonctions de pensée, de sentiment et d'intégration sans la moindre distorsion. Les endommager ou les répudier – et cela vaut de même pour le corps physique – aurait pour conséquence d'aggraver leur activité de déformation.

La liberté n'est pas « là-haut », elle réside dans notre volonté et notre capacité à regarder en bas, en haut et partout alentour, afin d'éviter que l'attitude de fuite ou d'impatience ne vienne creuser en nous de dangereux fossés.

Ce n'est que grâce à l'observation constante que l'on parvient à parfaitement comprendre le mental et l'ego et à abolir leur pouvoir de tyrannie. C'est encore grâce à elle que l'on comprend l'inutilité de la peur et, par-là, apprend à considérer toute chose avec un regard libre.

page(s) 10-11
• Lâcher prise, sans se retourner

[Q]uand on lâche prise, sans se retourner, on découvre en fait le secret de la joie et de l'amour. L'énergie circule, sans s'épuiser en attachements ou en défenses, mais en s'exprimant de manière égale dans l'attention sans choix et la sollicitude. L'ego relâchant ses griffes, nous trouvons le bonheur dans l'insécurité et notre vie devient une méditation spontanée sur tout ce qui est.

page(s) 11
• Attention, absorption

La pratique de la tranquillité consiste à concentrer l'esprit sur un objet ou un sujet précis et à l'y maintenir jusqu'à l'obtention d'un état de parfaite concentration. […] Cet exercice donne au méditant le bien-être et la détente, tant physique que mentale. Le point ultime de cette pratique consiste en l'absorption du pratiquant par l'objet de sa méditation, les expériences mystiques et les changements d'états de conscience.

Cependant, quand on n'a pas la vision intuitive, la pratique intensive de cette méditation risque de compromettre l'équilibre psychique du pratiquant. C'est pourquoi il convient de toujours chercher conseil auprès d'un maître qualifié.

page(s) 11-12
• Voir et accepter

Il suffit au pratiquant d'être attentif à toutes choses se levant dans le champ de sa conscience ou le traversant, et de les voir telles qu'elles sont sans vouloir ni conceptualiser ni analyser. Cela exige réceptivité, alacrité et clarté d'esprit.

Il est hors de question d'exclure, de maîtriser quoi que ce soit, ou de se figer dans quoi que ce soit. Tout est accueilli par le mouvement constant d'une attention simple, claire et nue.

Si vous cherchez un but à cette pratique, dites-vous qu'elle consiste à voir les choses telles qu'elles sont, hors de toute tentative de fuite, de suppression, de répression ou de désir de réussite. Dans la méditation vipassanā, vision intuitive et acceptation sont indissociables. En suite de quoi, la totale liberté d'être est son but ultime.

page(s) 12
• Observer les mouvements de l'esprit

Le bouddhisme enseigne qu'énergie et contemplation doivent s'équilibrer dans l'attention, sans quoi l'énergie se dissipant, on devient la proie de la lassitude et de l'ennui. L'esprit superficiel, n'ayant aucune compréhension de lui-même, il ne peut apprécier sa propre compagnie et, par-là, éprouve lassitude et ennui. Ne restez pas au plan superficiel de l'intellect. Il ne sert à rien de réfléchir sur l'esprit, observez-le dans chacun de ses mouvements.

page(s) 39-40
• Faire l'expérience directe

[L]a méditation ne révèle pas ses profondeurs à l'intellect ; elle ne le fait que dans l'expérience directe.

page(s) 7
• La vision claire mène à la tolérance

La méditation apporte à ses pratiquants la quiétude et la vision éclairée et cela doit contribuer à chasser l'esprit d'intolérance des divers groupes s'intéressant à la spiritualité. Car, quand des expériences profondes se figent en convictions, c'est en effet le contraire qui se passe : elles nous séparent de ceux cherchant la vérité ailleurs. La croyance établie n'a rien de commun avec la certitude intime qui, elle, nous laisse libres d'explorer toutes les voies, sans craindre les différences ou rejeter certaines d'entre elles. Il est primordial de les observer sous divers angles, d'en acquérir une connaissance directe et de comprendre pourquoi les uns et les autres empruntent une certaine voie et non pas une autre.

page(s) 7
• La quiétude libère, mais crée du désir

Dans la méditation connue sous le nom de śamatha se basant sur la concentration, il advient que les activités du moi se suspendent momentanément et que, par-là, le flot de l'être n'étant plus entravé par l'attachement égotique et les conflits existentiels, il se libère.

Cet état d'extase, on voudra le voir se répéter. Au cas cependant où le désir est exaucé, il n'aidera en rien son bénéficiaire à se libérer du désir lui-même.

page(s) 8
• Aller au travers

On préfère fuir […] et apprendre à se protéger de ce qui est douloureux. Or, ce choix procède du désir, que le Bouddha considérait précisément comme la cause primordiale de la souffrance. Nous tournons autour des faits au lieu d'aller au travers.

Le désir veut aller vers, jamais à travers. C'est pourtant le voyage « à travers » qui se confond avec la Voie. Si on ne l'entreprend pas, ni le courage ni l'acceptation profonde ne se développent et les buts auxquels on atteint s'avèrent étranger à la libération.

page(s) 8
• Voir ce qui est

La méditation vipassanā est comparable à un voyage à travers la vie, ce que nous y rencontrons dépend de notre conditionnement. La peur de l'expérience déplaisante ou l'espoir de n'y rencontrer que des choses « positives », rend notre pratique plus ardue. […]

La découverte de ce qui est, et son acceptation instantanée, est un processus fondamental dans la méditation vipassanā ou méditation de la vision intuitive. […]

L'objectivité, au sens large, veut que l'on tienne compte de sa vie intérieure, qu'on voie clairement ce qui s'y passe, sans s'en effrayer. Fuir ou nier le monde intérieur n'abolit pas sa dynamique. Au contraire, un tel comportement la rend plus explosive et plus menaçante, en vertu de quoi on cherche à la fuir bien plus encore.

page(s) 8-9
• La concentration, un rétrécissement

Nous avons donc le cycle de la peur et celui du désir qui aboutissent à un même résultat : le rétrécissement du champ de la conscience, autrement dit la concentration. La concentration peut occasionner des maladies mentales ou l'auto-hypnose. Comme elle exclut l'indésirable, elle permet aussi l'obtention de maîtrises en tous genres.

Mais, de par sa nature, l'esprit doit pouvoir fonctionner en toute liberté, en sorte que si on le force sans cesse dans un canal étroit ou si l'on arrête ses activités, sa dynamique finit par s'exprimer de façon destructive. Le désordre psychosomatique est le signal d'alarme d'une telle situation […]

page(s) 9
• Travailler avec l'ennui

L'ennui est également un important empêchement à la pratique de la méditation. Quand on médite, il arrive que le contenu du vécu ne soit ni particulièrement plaisant, ni particulièrement déplaisant, alors on s'impatiente. Lorsque l'impatience ou l'agitation font leur apparition, il convient de leur donner son attention. De cette façon, c'est vraiment l'expérience subjective qui devient l'objet de méditation. L'on n'est pas dans l'expectative d'une chose ou d'une autre, on est dans un mouvement d'attention totale. Et cela est différent de l'état de concentration, car l'attention suit ce qui se lève dans l'esprit sans s'y figer.

page(s) 9-10