Le champ de la vacuité

Le Relié, 2008
12 cm x 19 cm, 200 pages
Couverture de Le champ de la vacuité

Quatrième de couverture

Maître Wanshi (Hung-Chich Cheng-Chueh) vécut en Chine au XII° siècle. Moine de la lignée Sōtō (Caotong), il est resté célèbre pour avoir initié le « zen de l'illumination silencieuse » centré sur la pratique de la méditation sans objet, par opposition au zen Rinzai, où les disciples sont souvent invités à méditer sur des phrases énigmatiques, les kōan. Son enseignement inspira celui du maître Dōgen, qui fit découvrir le zen au Japon.

Dans ce Champ de la vacuité, Wanshi donne ainsi des instructions très inspirantes pour la pratique de la méditation. Elles illustrent magnifiquement l'éveil immédiat qui se réalise lorsqu'on pratique suivant ses instructions et conseils : « Se concentrer sur l'essentiel, tourner un regard vers l'intérieur, ne pas se laisser entraîner par les phénomènes du monde autour de nous, ni par nos pensées, se concentrer simplement pour être présent à ce qui est et à comment cela est. »

Extraits de l'ouvrage

• Ici et maintenant versus l’imaginaire

À 99%, tout ce à quoi on pense pendant zazen, n'a rien à voir avec ce zazen-ci, ici et maintenant. Il s'agit d'autre chose : l'imaginaire, qui est sans substance mais à quoi on s'attache ; parfois, cela devient des habitudes mentales, des obsessions qui nous obscurcissent l'esprit. Si on veut les combattre avec le mental, avec l'esprit ordinaire, cela crée un trouble supplémentaire.

page(s) 10
• Juste présent à ce qui surgit et disparaît

Durant une journée de zazen […], si on continue cette concentration pendant un certain temps, on peut alors retrouver un esprit vacant, disponible, lumineux, non obscurci par les pensées. Toutes nos préoccupations s'évanouissent et on peut en constater la vacuité. Cette vacuité ne doit pas devenir une image ou une conception. C'est la nature réelle de toutes choses avec laquelle on s'harmonise naturellement lorsqu'on arrête de suivre ses pensées, lorsque l'on vit à nouveau à travers le corps, la respiration, en étant juste présent à ce qui surgit et disparaît d'instant en instant (le processus de la vie de chaque instant). On ne s'attache pas à ses pensées. On ne dépend de rien.

page(s) 11
• Revenir constamment à la source de l’esprit

[I]l n'est pas nécessaire de vouloir trancher toutes les pensées car si on se tient à la source d'où elles surgissent, si on ne les suit pas, alors elles ne nous dérangent pas. On peut voir sans s'attacher aux objets de la vue, entendre sans s'attacher au son.

page(s) 12-13
• Comme dans un miroir que rien ne peut obscurcir

Comme le dit Wanshi : « Tout fonctionne sans laisser de trace. Tout est reflété comme dans un miroir que rien ne peut obscurcir. » L'esprit et tous les phénomènes s'harmonisent puisqu'on pratique sans utiliser sa conscience personnelle. C'est-à-dire sans vouloir obtenir quelque chose ou rejeter quoi que ce soit, sans juger, sans discriminer, avec un esprit complètement ouvert – mushin – sans intention, sans arrière-pensées. Ainsi on peut trouver la paix de l'esprit.

page(s) 13
• Attaché, donc fatigué

Beaucoup de gens sont extrêmement fatigués par le travail, les conditions de vie, les obligations. Si on est trop attaché aux choses, à ce que l'on fait, aux êtres, alors tout devient fatiguant.

page(s) 13
• Voir simplement les phénomènes

Wanshi nous dit : « Quand vous réalisez cela, vous ne pouvez plus être entraîné par les conditions extérieures. » Par « conditions extérieures », il veut parler de ce qui provoque les vents qui agitent notre esprit : la recherche de profit, d'approbation, d'honneurs, de positions, rechercher ce que l'on aime, rejeter ce que l'on n'aime pas. Tout cela nous entraîne dans un cycle de souffrance. Il arrive parfois que l'on transporte cet état d'esprit dans zazen lui-même, en recherchant une condition spéciale, en détestant les douleurs (considérées comme un obstacle à un bon zazen), ou bien les pensées, les préoccupations qui surgissent, et qui nous empêchent soi-disant de « faire le vide dans notre esprit ».

Lorsqu'une douleur vient, on l'accueille et l'accepte telle qu'elle est, sans rien dramatiser. Une pensée, un souvenir, une préoccupation surgissent, on les voit tels qu'ils sont, comme une bulle qui monte à la surface de l'eau et retourne rapidement à son origine. Pratiquer la vraie réalité, c'est ne pas s'attacher à l'idée d'une réalité spéciale au-delà des phénomènes et voir simplement les phénomènes comme phénomènes. Juste cela. Rien de spécial.

page(s) 14
• Immobile comme un arbre

Ce maître [Wanshi] insistait sur la pratique de zazen immobile comme un arbre. C'est sur cette pratique que nous continuons à nous concentrer : bassin basculé en avant – genoux fermement enracinés dans le sol – colonne vertébrale étirée vers le ciel, sans bouger le corps quels que soient les phénomènes qui se manifestent mais aussi sans bouger l'esprit, sans poursuivre quoi que ce soit. Lorsque l'on pratique ainsi, l'esprit retrouve naturellement son caractère vaste, illimité.

page(s) 5
• Enfermés dans notre ego

Nous nous sommes enfermés dans notre ego limité, dans nos constructions mentales. Nous avons perdu le contact avec la source de notre vie, avec ce qui existe avant notre naissance, avec ce qui existe avant que nous séparions « soi-même » et les autres. Toutes les religions tentent de nous ramener à cette réalité. La plupart du temps, cela se passe à travers de nouvelles constructions mentales qui s'ajoutent à nos constructions égoïstes et donc, cela crée encore plus de sujets de conflits et d'oppositions.

page(s) 9