Le cœur du sujet

Seuil, 1991 , traduit en 1993
14 cm x 20 cm, 310 pages


Couverture de Le cœur du sujet

Quatrième de couverture

Ce livre réunit plusieurs articles, de même que les textes de causeries et séminaires, où Chögyam Trungpa propose au lecteur les enseignements fondamentaux du bouddhisme dans leur rapport avec la vie quotidienne. L’ouvrage comprend trois parties.

Dans la première, intitulée Le cheminement personnel, l’auteur examine certains traits – l’ouverture, la curiosité, la bonne humeur – qui caractérisent la nature de bouddha ou nature éveillée propre à tous les êtres.

Elle expose ensuite Les étapes de la voie, c’est-à-dire les trois véhicules – le Hīnayāna, le Mahāyāna et le Vajrayāna – qui mènent le bouddhiste pratiquant à l’éveil.

Enfin, la dernière partie, Travailler avec les autres, montre comment les enseignements bouddhiques peuvent être appliqués directement dans des domaines aussi divers que les relations humaines, l’enfance et l’argent.

Chögyam Trungpa appréciait grandement la culture occidentale et comprenait à fond la tradition tibétaine. C’est pourquoi ces enseignements, transmis avec une adresse exceptionnelle, sont à la portée de tous les lecteurs occidentaux.

Extraits de l'ouvrage

• Chemin vers l’expérience du non-moi

Le bouddhisme renferme trois codes de discipline : sīla, samādhi et prajñā. La sīla, c'est la discipline ou conduite, une manière méditative de se comporter. Le mot samādhi désigne la pratique de l'attention et de la vigilance : vous pouvez faire l'expérience de la totalité de votre état d'esprit sans distraction. Et la prajñā, ou conscience discriminante, c'est l'état de clarté qui vous permet de distinguer divers états d'esprit ; ces derniers ne vous excitent et ne vous dépriment plus. Ces trois disciplines nous amènent à l'étape suivante : transcender finalement la supercherie du moi, ce qui correspond à l'expérience du non-moi.

page(s) 23
• Une plus grande existence innée

Nous aimerions bien posséder notre monde, si bien que nous agissons pour que tout ce que nous voyons autour de nous soit parfaitement en ordre, selon notre désir d'assurer la sécurité du « je », du « moi-même » – c'est le moïsme.

Grâce aux sources d'inspiration que sont la sīla, le samādhi et la prajñā – la discipline, la méditation et la conscience discriminante –, nous ne succombons pas à l'égocentrisme, au moïsme. De plus, à force de voir notre propre égocentrisme, nous donnons naissance à une plus grande existence innée, nous éveillons ce qu'on appelle en sanskrit la bodhicitta.

page(s) 24-25
• Prendre conscience du bouddha en soi-même

Il est impossible de donner naissance à l'essence des être éveillés [bodhicitta] sans pratiquer d'abord la méditation, c'est-à-dire la discipline de l'attention, appelée śamatha, et celle de la vigilance, appelée vipassanā. Et puis, il est nécessaire de s'adonner aux trois disciplines portant le nom de sīla, samādhi et prajñā de sorte que l'on sache ce qu'il faut faire et ne pas faire.

Quand on pratique les disciplines appelées sīla, samādhi et prajñā, on commence à prendre conscience du bouddha en soi-même.

page(s) 25
• Des enfants extraordinaires, ayant de multiples dons

C'est tout comme si nous étions des enfants extraordinaires, ayant de multiples dons, et que la société nous écrasait en voulant à tout prix nous rendre normaux. Chaque fois que nous montrerions des marques de notre génie, nos parents en seraient gênés et tenteraient de nous rabattre le caquet en disant : « Charles, ne dit pas ça. Contente-toi d'être comme tout le monde. » C'est en fait ce qui nous arrive avec ou sans nos parents.

Je ne veux surtout pas jeter tout le blâme sur les parents ; nous sommes tout autant responsables de cela. Lorsque nous voyons quelque chose d'extraordinaire, nous avons peur de le dire ; nous avons peur de nous exprimer – ou d'entrer dans de telles situations. Nous avons donc tendance à nous renfermer, à ne pas cultiver notre potentiel, nos capacités. Mais le bouddhisme nous libère de ce type de conventionnalisme.

page(s) 26
• La méditation et l’action

La méditation nous prépare à l’action, et il arrive parfois que l’action nous prépare à la non-action. C'est comme respirer : lorsque vous expirez, c'est l’action ; mais pour expirer il faut inspirer à nouveau. Ça continue comme ça. Il est donc important de pratiquer une discipline très stricte pour apprendre à être immobile et solide. Il se dégage de cela beaucoup d'énergie et beaucoup de sagesse. Dans la vie, la méditation et la post-méditation ont une valeur égale, tout comme il est important d'inspirer et d'expirer.

page(s) 31
• Mourir et renaître sans cesse

Je ne suis pas le même Trungpa que vous avez vu il y a quelques jours. Je suis, à ce moment même, un nouveau Trungpa, tout frais ! Et je serai toujours ainsi. Je serai mort et disparu ce soir et, en ce moment, à cet instant précis, je meurs et je nais. La prochaine fois que je donnerai une causerie, je serai donc un tout autre homme.

On ne peut se fier à un seul point de repère particulier. Dans un sens, voilà une affirmation extraordinairement rafraîchissante, qui fait du bien, mais d'un autre côté c'est un peu triste parce qu'on veut s'accrocher au passé, sans trêve.

page(s) 34
• Les deux ailes du chemin

Il semble exister deux approches distinctes de la voie spirituelle : la méthode intellectuelle et la méthode intuitive. Dans la tradition intellectuelle, le développement spirituel est perçu comme un affinement de la précision intellectuelle, qui s'opère principalement par l'étude de la théologie. Par contre, dans la tradition intuitive ou mystique, le développement spirituel est vu comme un élargissement de la conscience ou de la dévotion au moyen de diverses pratiques, dont celle de la méditation. Aucune de ces approches n'est pourtant complète sans l'autre. Ces deux méthodes ne s'opposent pas. Au contraire, ce sont deux canaux qui se réunissent pour former le cheminement spirituel.

page(s) 37-38