Le vol de l’aigle

Presses du Châtelet, 1971 , traduit en 2009
13 cm x 21 cm, 230 pages
Pocket, 2014


Couverture de Le vol de l’aigle
Couverture poche de Le vol de l’aigle

Quatrième de couverture

La voie suivie par Krishnamurti reflète ses convictions : il souhaite avant tout permettre à l'individu de trouver la liberté inconditionnelle, symbolisée par le vol de l'aigle. À ses yeux, l'essentiel est de défaire les hommes de toutes les craintes ou contraintes qui les éloignent de la liberté.

Au cours de conférences tenues à Londres, Amsterdam, Paris et Saanen, en Suisse, de mars à août 1969, Krishnamurti livre les fondements de son enseignement. Le Vol de l'aigle, qui restitue sa parole, aborde des thèmes tels que la liberté, la recherche de la paix ou la peur. Le message de tolérance qui en émane a conservé toute sa pertinence aujourd'hui.

Extraits de l'ouvrage

• Liberté & discipline

[I]l faut qu'existe [la] liberté, non pas à la fin de l'enquête, mais dès le premier pas. Faute d'être libre, on ne peut explorer, examiner, sonder. Pour qu'il y ait pénétration profonde, il faut qu'il y ait non seulement liberté, mais aussi la discipline nécessaire à toute observation ; la liberté et la discipline vont de pair (mais il ne faut pas se discipliner dans le but d'être libre). […]

Apprendre et être libre vont de pair, la liberté entraînant sa propre discipline, une discipline qui n'est pas imposée par l'esprit dans le but d'obtenir un certain résultat. Voilà deux choses qui sont essentielles : la liberté et l'action d'apprendre. On ne peut apprendre à se connaître, à moins d'être sans entraves, […]

Une telle observation, une telle perception, une telle vision entraînent leur propre discipline, leur propre façon d'apprendre ; il ne s'y trouve aucun conformisme, aucune imitation, aucune suppression, aucun contrôle d'aucune sorte. En cela réside une grande beauté.

page(s) 13
• Là où il y a peur, il n’y a pas d’amour

Ne vous contentez pas d'emmagasiner une accumulation de paroles et d'idées – lesquelles sont en réalité sans aucune valeur –, mais, par l'acte même d'écouter, d'observer les divers états de votre esprit, à la fois verbalement et non verbalement, demandez-vous tout simplement si l'esprit peut jamais être affranchi de la peur en ne l'acceptant pas, en ne la fuyant pas, en ne disant pas « Il faut que je développe en moi une résistance, le courage », mais en prenant réellement conscience de cette peur qui nous entrave. À moins d'en être libéré, on est incapable de voir clairement, profondément ; et de toute évidence, là où il y a peur, il n’y a pas d’amour.

page(s) 14
• Observer en profondeur la peur

Pour examiner, il faut qu'il y ait liberté dans notre vision ; absence de tout préjugé, de toute conclusion, de tout concept, de tout idéal, de toute idée préconçue, ce qui vous permet dès lors d'observer réellement par vous-même ce que c'est que la peur. Quand vous observez de très près, au cœur des choses, la peur existe-t-elle ? Autrement dit : vous ne pouvez observer ce que c'est que la peur (de très près, dans la profondeur des choses) que quand l'« observateur » est la « chose observée ». […]

On peut voir par soi-même et très clairement que la peur est implicite dans la structure même de la pensée – quand on réfléchit à ce qui s'est passé hier et dont on a peur, ou en pensant à l'avenir –, d'accord ? La pensée donne naissance à la crainte, n'est-ce-pas ?

page(s) 16-17
• Peur et plaisir sont imputables à la pensée

La peur est imputable à la pensée ; il en est de même pour le plaisir. On est passé par une expérience agréable, la pensée s'y attarde et voudrait la voir se prolonger ; quand ceci s'avère impossible il y a une résistance, un état de colère, de désespoir, d'affolement. […]

La félicité n'est pas le plaisir ; l'extase n'est pas une sécrétion de la pensée ; c'est une chose entièrement autre. Vous ne pouvez rencontrer la félicité ou l'extase qu'après avoir compris la nature de la pensée – elle qui donne naissance à la fois au plaisir et à la peur.

page(s) 18-19
• Pensée action

Existe-t-il une action dans laquelle la pensée aperçoit quelque chose instantanément, agit instantanément de sorte que n'intervienne aucune idée, aucune idéologie donnant naissance à une action séparée ? Existe-t-il une action où la perception même est action – où la pensée même est action ?

page(s) 21
• La pensée appartient toujours à l’ancien

La mémoire, l'expérience, la savoir sont l'arrière-plan d'où surgit la pensée. Et par conséquent, celle-ci n'est jamais une chose neuve : elle appartient toujours à l'ancien, au déjà-vu ; elle ne peut jamais être libre parce qu'elle est liée au passé et qu'elle est par conséquent incapable de voir quoi que ce soit de façon neuve. Et, dès l'instant où je comprends ceci très clairement, le mental s'apaise. La vie est un mouvement, un mouvement constant dans l'univers des inter-relations ; et la pensée qui s'efforce toujours de capturer ce mouvement en fonction du passé, de la mémoire, du stable, du figé, la pensée a peur de la vie.

page(s) 22-23
• Regarder sans condamner

Nous avons tous le désir d'être en sécurité, d'être tranquilles dans notre petit monde mesquin, ce monde « d'un ordre bien établi », lequel est désordre, le monde de toutes nos relations particulières bien à nous et que nous ne voulons pas voir troublé – les rapports établis entre l'homme et la femme où ils se cramponnent l'un à l'autre – et où règnent la souffrance, la méfiance, la peur, où il y a danger, jalousie, colère et domination.

Il existe une manière de regarder en nous-même sans qu'il y ait peur ou danger : c'est de regarder sans condamner, sans justifier d'aucune manière, de simplement regarder sans interpréter, sans juger, sans soupeser. Pour cela, l'esprit doit être ardent dans son désir d'apprendre par son observation de ce qui est réel.

page(s) 26