Les étapes de la méditation

Seuil, 2007
11 cm x 18 cm, 160 pages


Couverture de Les étapes de la méditation

Quatrième de couverture

Les trois volets des Étapes de la méditation forment un exposé général du bouddhisme du grand véhicule sous l'angle du calme continu - l'unification de l'esprit  - et de la vision pénétrante - l'investigation puis la pénétration non conceptuelle de la vraie nature du monde. Cette division bipartite constitue une porte d’accès idéale pour la compréhension de l’ensemble des textes majeurs de la tradition.

Cette œuvre s'est aussi avérée décisive dans le contexte de la diffusion initiale de la doctrine au Tibet ; dans le dernier volet, Kamalashila trace la distinction entre les deux tendances qui traversent l'histoire du bouddhisme : le gradualisme et le spontanéisme, privilégiant clairement le premier. Sa position aura une profonde influence sur les orientations de diverses écoles tibétaines. Les Étapes de la méditation ouvrent de passionnantes perspectives, pour le pratiquant comme pour l’esprit curieux qu’intéresse l’histoire de la pensée religieuse.

Traduit du tibétain par Georges Driessens.

L’auteur

Né en Inde au VIIIe siècle, il devint disciple de Shantarakshita et professeur à l’université Nalanda, où il écrivit de nombreux traités philosophiques. Invité au Tibet, il fut chargé de défendre le point de vue du bouddhisme indien gradualiste contre la doctrine chinoise subitiste du maître chan chinois Hoshang Mahayana lors du célèbre débat de Samyê en 792, ou « concile de Lhassa », avant de périr mystérieusement assassiné.

Extraits de l'ouvrage

• Héros pour l’éveil

[A]nimés par la grande compassion, les héros pour l'éveil ne se préoccupent pas d'eux-mêmes et s'appliquent exclusivement à être profitables aux autres[.]

page(s) 15
• Discipline

[S]achant que s'il n'est pas lui-même discipliné il ne disciplinera pas autrui, le héros pour l'éveil qui a engendré l'aspiration s'appliquera à la pratique du don et des autres [perfections].

page(s) 23
• Trois sagesses

En premier lieu sera engendrée la sagesse issue de l'écoute, par laquelle est appréhendé en son entier le sens des textes.

Ensuite, la sagesse issue de la réflexion distingue le sens définitif et et interprétable.

Enfin, prenant appui sur le sens qui a été déterminé, cette [sagesse] méditera uniquement le sens réel, non le sens irréel. À défaut, on méditerait de façon erronée, le doute ne se serait pas écarté et la connaissance juste n'apparaîtrait pas, avec la conséquence que la méditation [serait] inutile [.]

 

page(s) 32
• Ultimement les choses sont non nées

Ainsi, il ne convient pas qu'elles naissent de ce qui est permanent. Elles ne naissent pas non plus de ce qui est impermanent : en effet, le passé et le futur étant des non-choses, il ne convient pas de dire qu'elles en sont produites car elles naîtraient sans cause.

Et comme elles ne naissent pas de façon simultanée ou non simultanée, elles ne sont pas plus produites du présent. Elles ne sont pas simultanées car, semblable en nature à sa cause, l'effet apparaîtrait en même temps qu'elle puisqu'il serait accompli. Elles ne naissent pas non plus d'un moment différent car, si elles naissaient séparées par un moment, elles seraient produites du passé, etc. Si elles naissaient sans qu'intervienne une séparation et s'il n'existait pas d'intervalle entre toutes les entités, tous les moments seraient inclus dans un moment unique et une période cosmique deviendrait un seul instant. Ce serait, par exemple, comme, si les entités des particules infimes s'étant mêlées, on avait une masse d'une seule particule ; s'ils ne coïncidaient que partiellement, un instant comporterait alors des parties.

Elles ne naissent pas non plus d'elles-mêmes, car cela [reviendrait] simplement à une production sans cause. Que dans un élément soit inclus ce même élément contredit l'action sur soi-même.

Elles ne naissent pas non plus des deux car il s'ensuivrait les fautes propres aux deux positions [précitées].

Puisqu'il en est ainsi, ultimement toutes les choses sont simplement non nées.

page(s) 37-38
• De même que dans un miroir

« De même que les formes dans un miroir
Où sont absentes l'identité et l'altérité
Apparaissent mais sont inexistantes,
De même la nature propre des choses. »

[Laṅkāvatāra sūtra]

page(s) 40
• En premier lieu, stabiliser l’esprit

En premier lieu le méditant devra cultiver le calme continu afin de stabiliser l’esprit. Mouvant comme l'onde, en l'absence de la base du calme continu, l’esprit reste dépourvu de stabilité, et l’esprit qui n'est pas établi dans l'égalité reste incapable de connaître la réalité telle qu'elle est.

page(s) 42
• Placement de l’esprit

Placement de l’esprit sur tel ou tel [objet], établissement continu, replacement, établissement soutenu, discipliner, pacifier, pacifier entièrement, focaliser, établissement égal.

« Placement » signifie que l’esprit s'attache à l'objet d'observation ; « établissement continu », qu'il se place continûment sur l'objet ; « replacement », que, conscient de la distraction, il l'abandonne ; « établissement soutenu », qu'ayant écarté la distraction il s'établit sur l'objet d'observation avec assiduité ; « discipliner » veut dire développer la joie ; « pacifier »  indique qu'après avoir constaté les inconvénients de la distraction on apaise le mécontentement ; « pacifier entièrement », que l'inertie, l'opacité, etc., qui ont surgi sont dissipées ; « focaliser », que l'on s'évertue pour entrer dans l'absence d'application ; « établissement égal », que l’esprit devenu égal on procède dans l'équanimité.

page(s) 45-46