Les ruines du ciel

Gallimard, 2009
14 cm x 20 cm, 180 pages
Couverture de Les ruines du ciel

Quatrième de couverture

C'est autour d'un événement – la destruction de Port-Royal par Louis XIV – et d'une idée : retrouver dans les ruines de la société actuelle « les signes d'une vie heureuse, toujours possible », que l'auteur fait s'entrecroiser des portraits du XVIIème (saint François de Sales, Saint-Cyran, Pascal, Racine, etc.) et du XXème siècle (Dhôtel, un clochard, Genet, le grand-père de l'auteur, etc.). Leurs rencontres, leurs paroles, leurs visions tissent une tapisserie lumineuse, pleine d'espérance pour notre siècle en ruine.

Extraits de l'ouvrage

• Les racines du ciel

L'honnêteté et la patience sont les racines du ciel.

page(s) 104
• Les vrais secours

La main d'une brise qui rebrousse le duvet sur le ventre d'un moineau, l'eau qu'un soleil enflamme dans un verre, une phrase dans un livre, vaillante comme une petite fille sautant à la corde : les vrais secours ne sont jamais spectaculaires.

page(s) 114
• Suivre les mouvements subtils de l'éternel

La France au dix-septième siècle se couvre de mystiques comme un sous-bois de primevères. Le quiétisme donne d'aussi belles lumières que le jansénisme. C'est une manière pour l'âme de se tenir à distance d'elle-même, indifférente à son salut autant qu'à sa perte, soucieuse uniquement de suivre les mouvements subtils de l'éternel. Coller à Dieu et non à soi – Dieu n'étant que la paix qui descend comme une manne sur ceux qui n'attendent rien, ne veulent rien, n'empoignent rien. Le quiétisme est la nonchalance des anges.

page(s) 119
• Aimer sans réserve

La seule grâce restait d'aimer sans réserve cette journée épuisante de ne donner aucun fruit.

page(s) 13
• Le monde serait sauvé

Si nous avions le dixième de l'attention qu'a le chat pour le vol de la mouche – le monde serait sauvé.

page(s) 142
• Un amandier en fleur qui vient à notre rencontre

Ils marchent en projetant devant eux, à moins d'un mètre, l'idée qu'ils se font d'eux-mêmes : leur âme arrogante ou craintive leur ouvre le chemin. Le saint est celui qui avance précédé par la seule idée qu'il se fait de Dieu – un amandier en fleur qui vient à notre rencontre.

page(s) 143
• Commencer à penser et à aimer

Maintenant que tout est détruit nous pouvons enfin commencer à penser et à aimer.

page(s) 146
• Quelques secondes, pas plus

Nous avons quelques secondes pour devenir des saints ou des diables, pas plus.

page(s) 152
• La stupéfaction enjouée de vivre

La plupart des sautillements d'un moineau n'ont pas d'autre cause que sa stupéfaction enjouée de vivre. Dans leur quête inlassable de nourriture les bêtes connaissent des grâces contemplatives. Négligeant le besoin qui les anime, leur rêverie sans image leur ouvre le royaume des cieux.

page(s) 158
• La formule de l'esprit

Ne pas chercher son intérêt mais l'intérêt de ce qu'on voit est la formule de l'esprit.

page(s) 158
• Pour que la mort ne trouve plus notre porte

Dans ce rêve une jeune aristocrate posait son pied joliment chaussé sur la première marche d'un échafaud. Je lui disais connaître un moyen pour empêcher la mort proche de la saisir : tous nos malheurs venant de ce qu'une part de notre âme errait dans le passé tandis que l'autre titubait dans l'avenir, il suffirait d'habiter l'instant présent dans sa plénitude pour que la mort ne trouve plus notre porte – la profonde conscience d'être vivants nous rendant éternels.

page(s) 160
• Chercher en tout l'innocence

Il faut chercher en tout l'innocence – on finira par l'y trouver.

page(s) 162
• La densité de l'émerveillement de vivre

J'emmène parfois une trousse de commis voyageur aux enfers, j'y passe une nuit ou une minute puis je reviens, mais je connais bien ce lieu qui donne sa densité à l'émerveillement de vivre.

page(s) 178
• La vie n'attend que nos yeux

La vie n'attend que nos yeux pour connaître son sacre.

page(s) 179
• La seule réponse au désastre

La seule réponse au désastre est de le contempler et de tirer une joie éternelle de cette contemplation.

page(s) 182
• Des carreaux cassés par où l'air entre

Toutes notre vie n'est faite que d'échecs et ces échecs sont des carreaux cassés par où l'air entre.

page(s) 26
• Le point d'émerveillement et de sidération

L'art de vivre consiste à garder intact le sentiment de la vie et à ne jamais déserter le point d'émerveillement et de sidération qui seul permet à l'âme de voir.

page(s) 28
• Extraire d'un poème le soleil qu'il contient

Le monde ne devient réel que pour qui le regarde avec l'attention qui sert à extraire d'un poème le soleil qu'il contient.

page(s) 28
• Poison & antidote

Chaque jour a son poison et, pour qui sait voir, son antidote.

page(s) 34
• Je me suis rappelé soudain que j'étais vivant

Dans la station d'essence mitraillée par la giboulée, attendant que se remplisse le réservoir de la voiture, je me suis rappelé soudain que j'étais vivant et la gloire a d'un coup transfiguré tout ce que je voyais. Plus rien n'était laid ni indifférent. Je connaissais ce qui était retiré aux agonisants. Je le goûtais pour eux, je leur offrais silencieusement cette splendeur effrayante de chaque seconde. Au loin, sur la route argentée par la pluie, un grand chien noir pétrifié, de profil, comme découpé dans de la tôle, attendait qu'un ange fracasse le monde.

page(s) 36-37
• Cette étrange gaieté

Cette étrange gaieté sans laquelle rien de vrai ne peut se faire.

page(s) 38
• Des lacets d'enfant mouillés

Les plus graves problèmes ne sont que des lacets d'enfant mouillés : plus on tire dessus, plus on les rend impossibles à dénouer.

page(s) 39
• Un enfant de chœur de la lumière terrestre

Laver une assiette ou éplucher un légume c'est devenir un enfant de chœur de la lumière terrestre.

page(s) 40
• Rire

Le maçon montait son mur comme un poète écrit son poème, en prenant soin de chaque détail. La joie du travail en train de se faire ensoleillait son visage. « Un jour, dit-il, j'ai vu un rat énorme sortir d'une maison que je rénovais. Il était si laid que j'ai éclaté de rire. » Ce rire faisait de lui un sage. Le diable fuit de n'être pas pris au sérieux.

page(s) 41
• D'erreur en erreur

On vole d'erreur en erreur jusqu'à la vérité finale.

page(s) 44
• Ne pas faire vivre le mal

La sainteté c'est juste de ne pas faire vivre le mal qu'on a en soi.

page(s) 45
• Un paradis dont la porte est ouverte

Toutes nos pensées reviennent à chercher la clé d'un paradis dont la porte est ouverte.

page(s) 53
• Arrimés au réel

L'époustouflante vertu contemplative des tout-petits : ils sont arrimés au réel. Rien pour eux de négligeable.

page(s) 62
• Une vue imprenable sur le paradis

De n'importe quel endroit on a une vue imprenable sur le paradis.

page(s) 64
• Une armure sans défaut

L'armure sans défaut de la joie.

page(s) 69
• Quelle que soit la personne que tu regardes

Quelle que soit la personne que tu regardes, sache qu'elle a déjà plusieurs fois traversé l'enfer.

page(s) 75
• Paradis & enfer

Il n'y aucune différence entre le paradis et l'enfer.

page(s) 76
• L'évidente catastrophe

L'évidente catastrophe où vit chacun de nous prépare des grâces inouïes.

page(s) 81
• Quelque chose d'inguérissable

Il y a quelque chose d'inguérissable qui traverse chaque vie de part en part et n'empêche ni la joie ni l'amour.

page(s) 90