Méditation et action

Fayard, 1969 , traduit en 1972
13 cm x 21 cm, 160 pages
Couverture de Méditation et action

Quatrième de couverture

Méditation et action par l'approche du sujet, le ton et une grande liberté doctrinale, est un petit traité unique de méditation. Chacun qui le lira en gardera longtemps la saveur, même s'il n'en fait rien et finit par l'oublier…

Causeries enregistrées il y a quelques années, elles furent données par un authentique lama tibétain, Chögyam Trungpa Rinpoché, dont on a déjà publié en français le récit de l'évasion de son pays, sous le titre de Né au Tibet.

À la différence de la plupart des maîtres spirituels orientaux ou occidentaux, Chögyam Trungpa nous incite à partir de ce que nous sommes, sans rien soustraire et sans rien ajouter. Il n'est donc pas question, au départ, d'abandonner notre propre culture, ni notre intellectualisme. Tout s'éclairera en cours de route mais l'essentiel est de partir, sans le moindre préjugé.

Dégageant de sa tradition – le bouddhisme tibétain – ce qui peut convenir à un occidental plongé dans le monde moderne, l'auteur de ces causeries, mises en français par Armel Guerne, nous découvre un véritable trésor : la méditation sans objet (n'est-ce pas là le but même de la contemplation bien comprise ?). Une fois saisie et mise en pratique on ne peut plus s'en passer car il ne s'agit pas d'un état d'âme utopique mais du vrai regard que nous devrions jeter sur toutes choses, inférieures et extérieures, à l'instant même. Méditation et action s'adresse à tous ceux qui, à n'importe quel titre, veulent non seulement pénétrer plus avant dans la vie intérieure mais aussi s'insérer dans la vie courante sans se leurrer.

Extraits de l'ouvrage

• Une religion sans dieu

Le bouddhisme est sans doute la seule religion qui ne soit pas fondée sur la révélation de Dieu ni sur la foi ou la dévotion accordées à Dieu, ou à des dieux de n'importe quelle sorte. Cela ne veut pas dire que Bouddha ait été un athée ou un hérétique. Non. Il n'a tout simplement jamais abordé ni discuté de doctrines théologiques ou philosophiques. Il est allé droit au cœur de la question, à savoir comment regarder, comment voir la vérité. Jamais il n'a perdu de temps pour de vaines spéculations.

page(s) 10-11
• Utiliser l'ego

L'ego est une tromperie, en un sens, mais il n'est pas obligatoirement mauvais. C'est avec l'ego que vous avez à débuter et c'est l'ego que vous utilisez d'abord, puis il s'use progressivement comme une paire de chaussures. Mais il faut vous en servir à fond, l'user complètement, qu'il ne soit ni ménagé, ni conservé.

page(s) 116
• Faire disparaître la surveillance centralisée

En réalité, voyez-vous, on ne peut pas vraiment se concentrer. Parce que si l'on essaye très sérieusement de se concentrer, on a besoin à la fois de penser qu'on a à se concentrer sur le sujet et besoin d'autre chose pour passer au-delà, pour passer plus avant. Il y a ainsi deux processus imbriqués, dont le second est comme une sorte de surveillant qui vérifie si vous faites bien ce qu'il faut. Et ce second élément, qui participe intrinsèquement à la chose, doit être supprimé, retiré tout à fait, sinon l'on aboutit à être bien plus conscient et attentif au fait qu'on se concentre, qu'on est réellement en état de concentration. Et cela devient un cercle vicieux.

Par conséquent, on ne peut pas exercer seul et développer seul la concentration tant qu'on ne fait pas disparaître la surveillance centralisée, l'effort qui veille à bien faire — qui n'est pas  autre chose que l'ego. Dans la pratique de śamatha, la conscience qu'on prend de la respiration ne correspond pas à une concentration sur elle.

page(s) 130
• Ne pas essayer de supprimer les pensées

Imaginons quelqu'un en train de songer à la promenade qu'il fera au prochain jour férié : il est tellement plongé dans ses pensées que c'est presque déjà comme s'il y était, et il n'a même pas conscience que ce ne sont que des idées. Alors que si l'on s'aperçoit au contraire que c'est purement et simplement en pensée qu'on s'est fait cette représentation, on commence à s'apercevoir aussi que cela présente une moindre qualité réelle.

Il ne faut pas essayer de supprimer les pensées dans la méditation, mais il faut essayer simplement de voir leur nature transitoire, la nature translucide des pensées. Ne pas se laisser prendre par elles, ne pas les rejeter non plus, mais les observer au passage, tout simplement, et puis revenir à la conscience de la respiration.

page(s) 132-133
• Méditer sans objet

Nous devons commencer sans espérer aucune espèce de récompense ou de rétribution ; il ne doit y avoir de notre part aucun effort de réalisation, aucune tentative ni intention d'accomplir quoi que ce soit. Mais alors, pensera-t-on, s'il n'y a pas d'objectif précis, si l'on ne vise rien et s'il n'y a rien à atteindre, ce doit être assez ennuyeux et lassant ? Est-ce que ce n'est pas un peu comme de n'être nulle part ?

Justement, c'est toute l'affaire en entier. Voyez-vous, d'habitude nous faisons les choses pour une raison, parce que nous voulons accomplir, réaliser quelque chose ; nous ne faisons jamais rien sans penser parce que. On part en congé parce qu'on veut se détendre, se reposer ; on va faire ceci ou cela parce qu'on croit que ce sera amusant, intéressant, utile, etc. Chacun de nos gestes, chacun de nos actes, chacun de nos pas : tout est conditionné de la sorte par l'ego. Rien ne se fait jamais sans que cela se rapporte directement à cette illusoire notion du « moi », de ce « je » qui n'a même pas pu être questionné. C'est autour de cela que tout est construit, et tout commence toujours avec un parce que, un à cause de.

Aussi est-ce là toute la question. Méditer sans objet, sans intention ni projet peut sembler ennuyeux, mais la vérité est que nous n'avons pas le courage de nous y risquer pour voir ce que cela donne, pas assez de courage pour essayer tout simplement. Et ce courage, d'une manière ou de l'autre, il faut qu'on l'ait.

page(s) 153-154
• La juste communication

La communication est antérieure aux premiers mots que nous disons — quand ce serait tout simplement bonjour ! ou comment allez-vous ? —, elle existe déjà, de même qu'elle se poursuit encore quand la conversation a pris fin. Il y a là un tout, qu'on ne doit pas traiter à la légère mais qu'il faut, au contraire, mener de la bonne manière, très prudemment, en étant vrai, sincère et pas égocentrique. Car alors la notion de dualité a disparu, et c'est à sa place que s'établit le juste type de communication. Cela, on y parvient uniquement par l'expérience d'une recherche personnelle  ; on ne peut y arriver en copiant tout simplement l'exemple de quelqu'un d'autre.

page(s) 23
• Examiner le point sensible

Parfois on touche à un point particulièrement sensible et l'on se sent presque trop honteux pour y plonger le regard, mais il ne faut pas reculer quoi qu'il en soit, cela doit être quand même examiné de bout en bout. C'est en y pénétrant qu'on acquiert finalement une réelle maîtrise de soi, qu'on prend vraiment une autorité sur soi-même, qu'on atteint pour la première fois à la pleine connaissance de soi.

page(s) 45