Risquer la liberté

Vivre dans un monde sans repères
Seuil, 2009
13 cm x 21 cm, 230 pages
Seuil, Points essais, 2012


Couverture de Risquer la liberté
Couverture poche de Risquer la liberté

Quatrième de couverture

Le monde d'aujourd'hui ne sait plus nous fournir de repères. Devons-nous persister à les lui demander ? Ne pourrions-nous pas construire les nôtres ?

En s'appuyant sur la pensée de philosophes comme Nietzsche, en se mettant à l'écoute de grands poètes ou artistes comme Rilke, Cézanne ou Allen Ginsberg, Fabrice Midal montre comment le chemin à suivre ne consiste pas à rechercher des consolations, à s'enfermer dans l'égoïsme spirituel ou à se perdre dans le culte du bien-être : c'est une véritable aventure qui doit affronter la réalité. En restant enfermés dans une tour d'ivoire, à l'abri, croyons-nous, des souffrances et des déceptions, nous ne connaîtrons jamais la vraie joie.

La liberté est un risque : celui d'être soi, d'aimer sans mesure et d'inventer son existence indépendamment des sentiers déjà connus. Cela ne peut se faire que si nous ouvrons les yeux sur la fragilité de notre être, sur notre part d'ombre et sur celle de notre temps. Pour mieux comprendre cette liberté et montrer comment la cultiver, l'auteur entre en dialogue avec la philosophie orientale, notamment le bouddhisme, mais surtout rend à l'art et à la poésie leur place centrale : celle d'être la seule expérience qui puisse peut-être aujourd'hui nous éveiller.

Extraits de l'ouvrage

• Respirer dans le monde du calcul

[N]ous ne savons plus qui sont les poètes et […] leur tâche nous est devenue étrangère. Pourtant, eux seuls sont à l'écoute sans aucun a priori. Eux seuls nous permettent de respirer dans un monde, chaque jour plus douloureusement restreint au calcul, dans lequel les êtres et les choses sont considérés comme réels en fonction de leur seule rentabilité.

page(s) 10
• Être authentiquement et simplement soi

La responsabilité de la transmission spirituelle n'amena jamais Chögyam Trungpa à renier la singularité de sa propre existence et de ses goûts particuliers. La question de la réincarnation, ou plus exactement de la renaissance, lui paraît alors d'une importance bien moins décisive que celle de l'incarnation, c'est-à-dire de la nécessité d'être authentiquement et simplement soi.

Ce mouvement le conduit à refuser toute présentation abstraite ou théorique de l'enseignement du Bouddha pour privilégier une transmission directe et concrète. Le Bouddha n'est pas l'auteur d'une doctrine de plus mais celui qui pointe un état de présence que l'on peut découvrir à chaque moment de sa vie.

page(s) 17
• La spiritualité : être plus humain

La spiritualité ne consiste pas à s'échapper de la réalité matérielle. Nous la pensons trop souvent ainsi, et nous en faisons l'idéal éthéré d'un ciel rêvé.

Mais alors, qu'est-elle ?

Tout ce qui nous aide à être vraiment plus humain. La spiritualité consiste à prendre conscience du fait que nous nous mentons trop souvent à nous-mêmes et à tout faire pour que cela cesse, afin que nous puissions nous approcher de notre vraie nature, de la vérité de notre propre cœur, de son immensité méconnue.

page(s) 18
• Cessons de fuir la réalité

La voie de la méditation m'est apparue comme une réponse à la crise de la transmission qui secoue notre monde – parce qu'elle repose d'abord sur une écoute de l'expérience nue, une épreuve d'intelligence qui ne promet aucune consolation, qui ne dépend d'aucun Dieu personnel qui, après la Shoah, pourrait me considérer et se soucier de moi.

Chögyam Trungpa est, pour cet engagement, bien plus philosophe au sens nietszchéen que maître spirituel. Comme Nietszche, il a travaillé à diagnostiquer la maladie des Temps nouveaux. Il découvre qu'elle réside dans cette fuite constante de la réalité qui conduit à nier la terre, à ne pouvoir se relier à elle qu'en la détruisant.

page(s) 25
• Nous n'avons pas besoin d'une nouvelle morale

Chögyam Trungpa comprend que l'Occident n'a pas besoin d'un nouveau discours moral lui disant ce qu'il faut ou ne faut pas faire, mais qu'il doit retrouver le sens de la liberté. Il rejoint ici l'analyse de Nietszche montrant que la morale repose sur un instinct qui se venge de la vie. Au nom du bien et du mal, on se cache derrière des règles fixes sans prendre en compte la singularité de chaque situation. On domestique le cœur et on l'étouffe.

page(s) 28
• Discipline d'observation de nos actes

Notre tâche est double. Non seulement faire du travail un espace de réalisation mais aussi en faire une occasion de regarder comment nous agissons, de nous mettre face à nous-mêmes. Il y a là la présence d'une discipline aussi rigoureuse que vivante.

page(s) 32
• Il faut apprendre à voir

Il faut apprendre à voir. Or nous ne le savons pas et, pis encore, nous ignorons notre propre cécité. Nous vivons à l'écart de l'ampleur, refusant la mort et par conséquent la vie. Refusant la douleur et par conséquent la vraie joie.

page(s) 9