Traité de la cabane solitaire

Arléa, 2006
12 cm x 20 cm, 170 pages
Couverture de Traité de la cabane solitaire

Quatrième de couverture

Construire et habiter une cabane est un rêve. Qui n’a un jour imaginé de vivre dans une cabane faite de ses propres mains ? Ce rêve peut aussi être un choix.

Larguant les amarres, le narrateur – on devine qu’il s’agit de l’auteur lui-même – propose au lecteur une sorte de pèlerinage vers toutes les cabanes de la terre, de celles en rondins des bûcherons d’Amérique aux ermitages des montagnes en Chine, en passant par les chaumières rustiques des maîtres du thé au Japon. En compagnie des poètes, des vagabonds mystiques – et mythiques –, guidé par le désir d’une vie près des forêts et des rivières, le lecteur, en suivant les parcours cultivés, pleins de fantaisie et d’humour du narrateur, s’initie à l’esprit singulier d’une tradition de liberté spirituelle.

Extraits de l'ouvrage

• Les pieds sur la terre et la tête dans le ciel

Être un géant, le zen appelle cela avoir les pieds sur la terre et la tête dans le ciel. C’est devenir soi-même une montagne et se libérer des limites du connu. C’est devenir un océan de sagesse silencieuse. Ce n’est pas chose facile. Ceux qui ont cherché à acquérir cette force intérieure se sont souvent mis à l’écart des hommes ; ils ont construit leur retraite troglodyte, leur cabane au fond des bois, comme une chenille fait son cocon sous une branche pour mourir et devenir un papillon.

page(s) 24
• Retour à l’informe

Les mutations profondes semblent parfois nécessiter le préliminaire d’un retour à l’informe, c’est la loi de la métamorphose. Cesser de se raser ou couper ses cheveux, se couvrir de vieux habits ou revêtir une robe de loques sont les signes d’une mort à l’ancienne image que l’on avait de soi-même et qu’on voulait donner aux autres. Loin de la société des hommes, pour un temps, on s’exonère de leur approbation. Sans le miroir du regard d’autrui, il est plus facile de changer. On est seul face à soi-même, disponible.

page(s) 24
• Joie profonde

Je reprenais la lecture de Han Shan. Au fond de la tristesse, il existait quelque chose de transparent et d’inaltérable qui semblait pouvoir être la source d’une joie profonde, qui résistait au froid, à la pauvreté, à la solitude, à tout. Parfois il me semblait l’apercevoir. Cette joie profonde, bizarrement, pouvait coexister avec la tristesse. Han Shan était triste, parfois, et parce qu’il acceptait sa tristesse, sa tristesse semblait devenir limpide. L’eau du torrent est glaciale, joie profonde !

page(s) 27
• Par le silence

Dans le zen, on ne dit pas les choses. Les choses elles-mêmes disent ce qu’elles sont. Comment ? Par le silence.

page(s) 32
• Dans leur dimension véritable

Austérité, simplicité, naturel. Asymétrie, patine, respect. Imprégné de l’esprit des lieux, la beauté d’une fleur unique dans un vase, un geste, le son d’une cloche se révèlent dans leur dimension véritable.

page(s) 37
• Méditation du thé

Le thé appelle la vision de cabanes, de montagnes et de déserts, de voyages et d’horizons lointains, de rencontres entre voyageurs. Dans la solitude, il incite à la réflexion, à la méditation et au souvenir. Même lorsque nous sommes seuls, les gestes rituels du thé nous relient aux autres hommes. Lorsque, près de la cabane, on fait chauffer l’eau sur la braise dans une bouilloire en fonte, le monde est vaste et sans limites.

page(s) 40-41
• Déjà dans un autre monde

Comme se sont soudain effondrés le régime soviétique, le marxisme, le mur de Berlin, j’imagine que pourrait s’effondrer le paradigme matérialiste ancien, laissant la place à un monde post-moderne dans lequel il serait possible de vivre harmonieusement, selon notre vraie nature.

Sans doute est-ce un rêve, je poursuis pourtant cet espoir enfantin que la face du monde puisse être changée non par de nouvelles théories politiques, mais par ce qu’on attendait le moins : de nouveaux impératifs, imprévus ou même peut-être déjà inclus dans la structure même de ce qui est là et que l’on ne sait pas voir encore. Tout à coup, on comprendrait qu’on est déjà dans un autre monde, que le passé n’était qu’un enfer construit d’illusions, un cauchemar dont on se serait enfin réveillé en une sorte de satori nous faisant retrouver la pureté des origines…

page(s) 48-49