Vingt clés pour comprendre le bouddhisme

Albin Michel, 2013
11 cm x 18 cm, 150 pages
Couverture de Vingt clés pour comprendre le bouddhisme

Quatrième de couverture

Religion, philosophie ou spiritualité, le bouddhisme sous toutes ses formes ne cesse de fasciner l’Occident. Des origines indiennes aux pratiques contemporaines en passant par les livres sacrés, les fêtes, les divinités, les symboles, la méditation ou encore la religion populaire, le présent volume fait le point sur une tradition multiple et encore méconnue.

Ce livre est une reprise en poche d’un hors-série du magazine Le monde des religions.

Textes de Catherine Barry, Patrick Carré, Véronique Combré, Philippe Cornu, Thierry-Marie Courau, Laurent Deshayes, Michel Hulin, Fabrice Midal, Éric Rommeluère, Dominique Trotignon et Odon Vallet.

Extraits de l'ouvrage

• Un bouddhisme réduit à une tisane

Le bouddhisme est de plus en plus enseigné comme une thérapeutique mièvre et aseptisée. Il devient un discours sympathique mais irresponsable. Ce bouddhisme-tisane vise simplement à calmer ceux qui s'y adonnent. Son sens spirituel passe à l'arrière-plan quand il n'est pas simplement nié. Certains enseignants le présentent comme un coaching de vie, une manière d'être plus efficace au travail, d'avoir une sexualité plus épanouie, un compte en banque mieux garni. Le discours du Bouddha insiste pourtant sur la vérité de la souffrance. La refuser ou tenter de négocier, c'est ne plus suivre son enseignement. [Fabrice Midal]

page(s) 139-140
• Trois niveaux du mal-être

Ce qui est non satisfaisant (dukkha) peut-être considéré selon trois niveaux. Le premier concerne la vue habituelle négative des états de l'existence : la naissance (le traumatisme de la sortie du ventre de la mère, par exemple), la vieillesse, la maladie, la mort. Le deuxième parle de la difficulté de la relation aux êtres et aux choses (être uni à ce que l'on n'aime pas, être séparé de ce que l'on aime, ne pas avoir ce que l'on désire). Le troisième s'applique à une explication des éléments de toute expérience humaine (marqué par l'activité de saisie, de rejet ou d'aveuglement). [Thierry-Marie Courau]

page(s) 26
• L’au-delà de la souffrance

[L]'au-delà de la souffrance [est] un état de liberté complète obtenu lorsque l'on s'est affranchi des conditionnements du saṃsāra et de leurs causes. C'est la cessation définitive du saṃsāra, mais non un retrait passif hors du monde. C'est en effet le fruit d'une pratique énergique, qui consiste à adopter une conduite éthique irréprochable à l'égard de tous les êtres –  la discipline ; à dompter son esprit par la méditation qui consiste à apaiser pensées et passions pour accéder à la vision claire de la réalité ; et à développer la sagesse, laquelle dissout l'illusion du « soi » et la croyance à l'existence réelle des phénomènes qui nous entourent.

Quand une telle pratique porte ses fruits, le karma résiduel s'épuise, les « actes  ne sont plus créateurs de conditionnements à venir, et le rideau de l'illusion samsarique s'écroule pour laisser place à la vision du réel dénué de toute surimposition. Ainsi, le monde n'est ni bon ni mauvais, ni saṃsāra ni nirvāna. C'est le regard ignorant que nous portons sur lui ainsi que nos actes (karma) qui conditionnent la forme douloureuse que ce monde revêt pour nous. [Philippe Cornu]

page(s) 34
• Un entraînement du corps-esprit

Les traditions bouddhiques proposent un large éventail de pratiques psychosomatiques que l'on réunit généralement en Occident sous le terme de méditation. Bhavana, le terme original sanskrit pour les désigner, devrait être plus exactement traduit par « entraînement » : un entraînement qui associe habituellement une posture physique et un exercice mental. Seules quelques écoles bouddhiques d'Extrême-Orient ont délaissé la pratique formelle de la méditation au profit d'exercices de dévotion ou d'oraison. [Éric Rommeluère]

page(s) 75
• Trois piliers

Pour la plupart des écoles, le chemin intérieur s'appuie sur trois « piliers » traditionnellement présentés dans l'ordre suivant : l'exercice de la morale (sīla), celui du recueillement (dhyāna) et la compréhension des processus qui régissent l'existence (prajñā). Puisqu'il s'agit de réaliser un éveil, ces exercices doivent engager la totalité de l'être, corps et esprit. Même la compréhension des processus existentiels n'est pas appréhendée comme un savoir à acquérir mais comme une expérimentation directe de ces processus. [Éric Rommeluère]

page(s) 75-76
• Attention au souffle, aux sensations, aux perceptions, aux pensées

La prise de conscience, même d'un simple phénomène physiologique comme celui de la respiration, crée à la fois un retour à soi et une rupture dans les fonctionnements mentaux habituels. La pratique de l'attention peut ensuite s'élargir et consister à noter toutes les pensées, les sensations, les perceptions qui surgissent d'instant en instant. L'attention décompose de cette façon l'ensemble des processus et des opérations mentales et permet de ne plus en être le jouet. Vivre en pleine conscience apparaît comme le moyen le plus sûr de se défaire des liens de l'ignorance qui n'est finalement, dans le bouddhisme, qu'une forme d'inconscience. [Éric Rommeluère]

page(s) 77
• Faire le vide ?

La méditation bouddhiste consisterait à faire le vide, entend-on souvent en Occident. L'expression a une connotation péjorative pour ceux qui croient déceler dans le bouddhisme une forme de nihilisme. Pour eux, les méditants entendraient, par cet artifice, s'abîmer dans un néant intérieur ou simplement s'échapper du monde.

L'expression peut, au contraire, être chargée d'une éminente positivité dans certaines reconfigurations occidentales où le bouddhisme, débarrassé de ses aspects spirituels, est présenté comme une méthode de bien-être. La méditation serait alors le meilleur moyen de se ménager un espace de tranquillité au milieu des vicissitudes du monde moderne.

Dire que la méditation permet de faire le vide rend peu justice, en réalité, à la proposition faite ; au demeurant, aucune école n'enseigne l'anesthésie mentale. Malgré ses multiples variantes et méthodes, la méditation bouddhiste sert une entreprise fondamentale : comprendre les ressorts qui gouvernent sa propre identité. Une telle compréhension nécessite un retour à soi et une tranquillité dans l'espace méditatif, mais la méditation ne se confond pas avec le calme de l'esprit, le calme est simplement la condition indispensable à ce travail intérieur. [Éric Rommeluère]

page(s) 79