Zen, tao et nirvāna

Esprit et contemplation en Extême-Orient
Fayard, 1968 , traduit en 1970
13 cm x 21 cm, 170 pages
Couverture de Zen, tao et nirvâna

Quatrième de couverture

Au moment où l’humanité s’interroge sur son destin et où l’Église se cherche de nouvelles formes d’adaptation à un monde en complète transformation, Thomas Merton a voulu rappeler aux chrétiens comme aux non-chrétiens que l'avenir de l'homme ne se situe pas seulement au niveau du social mais également du spirituel. Aussi lui paraissait-il impératif d’aller au plus profond de notre être essentiel pour retrouver ce qui, en nous, appartient à l’éternel. Pour y parvenir il s’était tourné depuis longtemps vers les traditions religieuses de l'Asie, notamment le bouddhisme et le taoïsme. Il eut une intuition géniale de leur originalité dont témoignent les études que nous publions dans Zen, tao et nirvāna.

Thomas Merton méditait depuis bon nombre d’années sur les doctrines asiatiques et il est un des rares chrétiens qui ait compris le sens réel du métaphysique en Orient, expérience vécue et non spéculation sur des principes mis au service de la religion. Mort prématurément, il n’a pu accomplir la tâche que l’on attendait de lui. Il nous montre cependant la voie vers laquelle doit s’effectuer la confrontation avec les traditions non chrétiennes pour parvenir à un véritable œcuménisme, celui des âmes et des cœurs que beaucoup appellent ardemment de leurs vœux. De plus, il pensait que le renouveau de l’Église ne se fera qu’au contact vivant avec ces traditions qui seules seront capables de faire naître une nouvelle conscience chrétienne dont il esquisse les contours dans un essai capital au début du livre.

L’auteur

Thomas Merton (1915-1968) fut moine moine cistercien-trappiste de l’abbaye américaine de Gethsemani. Après le concile Vatican II, il s’est impliqué dans le dialogue œcuménique, dialoguant entre autres avec Daisetz Teitaro Suzuki, le dalaï-lama et Thích Nhất Hạnh.

Extraits de l'ouvrage

• La religiosité conventionnelle comme obstacle

Le zen peut parfois paraître franchement et ouvertement irréligieux. Et il l'est, dans la mesure où il attaque directement le formalisme et le mythe, et où il considère la religiosité conventionnelle comme un obstacle à la maturité du développement spirituel.

page(s) 56
• Doctrine versus expérience

Le zen ne peut être jugé convenablement comme une simple doctrine, car, bien qu'il y ait en lui des éléments doctrinaux implicites, ils sont entièrement secondaires par rapport à l'expérience zen inexprimable. […]

[L]a caractéristique principale du zen est qu'il rejette toute [les] élaborations systématiques afin de revenir, autant que faire se peut, à la base pure, ni énoncée ni expliquée, de l'expérience directe. Expérience directe de quoi ? De la vie même.

page(s) 58
• Indicible

[P]our le zen, il est inconcevable que les faits fondamentaux de l'existence puissent être énoncés en aucune proposition, si atomique fût-elle [Bertrand Russel]. Pour le zen, dès l'instant où le fait est transféré à un énoncé, il est adultéré. […]

Le seul but du zen n'est pas de faire des énoncés à l'abri des interprétations imbéciles sur l'expérience, mais d'en arriver à diriger les prises sur la réalité sans l'intermédiaire de la mise en mots logique. […]

L'expérience zen est une compréhension directe de l'unité de l'invisible et du visible, du nouménal et du phénoménal, ou, si l'on préfère, une prise de conscience empirique de ce que toute division de ce genre n'est forcément qu'imagination pure.

page(s) 59
• Au-delà de toute tromperie

La méditation bouddhique, surtout celle du zen, ne cherche pas expliquer, mais à prêter attention, à prendre conscience, à ne pas négliger, autrement dit à développer une sorte de conscience qui se situe au-dessus et au-delà de toute tromperie par des formules verbales – ou par la surexcitation émotive.

page(s) 60
• Une conscience déjà là

Ce que le zen communique est un état d'éveil ou une conscience qui est déjà là en puissance, mais sans être consciente d'elle-même.

page(s) 69
• Ne pensez pas : regardez !

La difficulté de la communication pour l'homme est que nous ne pouvons ordinairement communiquer sans mots ou signes, mais que même l'expérience ordinaire tend à être faussée par nos habitudes de mise en mots et de rationalisation. Les outils commodes du langage nous permettent de décider d'avance du sens que nous pensons devoir donner aux choses, et la tentation n'est que trop aisée de ne voir les choses que d'une façon qui cadre avec nos préconceptions logiques et avec nos formules verbales.

Au lieu de voir les choses et les faits tels qu'ils sont, on les voit comme des reflets et des vérifications de phrases que l'on a précédemment construites dans son esprit. On oublie vite comment voir simplement les choses, et on substitue ses mots et ses formules aux choses mêmes, manipulant les faits de façon à ne voir que ce qui s'accorde convenablement avec ses préjugés.

Le zen utilise le langage contre lui-même pour anéantir ces préconceptions et détruire dans nos esprits cette « réalité » spécieuse de façon que nous puissions voir directement. Il dit, comme l'a noté Wittgenstein : « Ne pensez pas : regardez ! »

page(s) 71
• Laisser être

Nous ne laissons jamais rien être et ne signifier que soi-même : tout doit mystérieusement indiquer quelque chose d'autre. Le zen est spécialement destiné à contrecarrer l'esprit qui pense de la sorte.

page(s) 73