Extraits étiquetés avec : zen

  • Quatre questions

    Au terme d'une session zen, un ami bouddhiste venait de m'expliquer que le non-attachement (anātman), la vacuité (śūnyatā) et l'attention à l'instant « sans but ni profit » étaient pour lui l'essentiel de ce que lui avaient enseigné la posture et la méditation zen. Il me posa quatre questions :

    • Un chrétien peut-il être sans attachement, sans désir, sans dépendance, à l'égard même de Dieu et du Christ ?

    • Un chrétien peut-il accepter la non-réalité du sujet ?

    • Un chrétien peut-il faire sienne l'expérience de la réalité ultime comme vacuité ?

    • Un chrétien peut-il vivre dans la discontinuité, instant après instant, sans mémoire, sans projet ?

    En guise de réponse, j'invitai mon ami à venir pratiquer une semaine de méditation hésychaste dans un monastère orthodoxe, après lui avoir expliqué que la liberté intérieure, le don de soi-même (ou le renoncement à soi-même), le sens du mystère, « ne pas se préoccuper du lendemain » et « ne pas se retourner en arrière » étaient pour moi des éléments importants enseignés par la pratique de la méditation hésychaste. Je lui posai quatre questions :

    • Un bouddhiste peut-il être libre de toutes attaches, sans désir, même à l'égard du dharma et du bouddha ?

    • Un bouddhiste peut-il accepter la réalité relative du sujet humain (et renoncer à ce qu'il croit être un soi ou un non-soi) ?

    • Un bouddhiste peut-il faire sienne l'expérience de la réalité ultime comme plénitude (pléroma) ou comme Mystère (ténèbre supra-lumineuse, dirait Denys le Théologien) ?

    • Un bouddhiste peut-il vivre l'instant dans l'histoire, sans nier pour autant son ouverture à l'Éternel (qui est un non-temps) ?
    Couverture de La montagne dans l’océan
    page(s) 14-15
  • Là où la totalité n’est pas encore fragmentée par la pensée pensante

    Dans la méditation assise, le pratiquant du zen fait retour à un éveil indifférencié, là où la totalité n’est pas encore fragmentée par la pensée pensante. Dans le quotidien ordinaire, celui-ci apprend à reconnaître que l’ainsité, la réalité non phénoménale avec laquelle il s’est familiarisé dans la méditation, est égale aussi à la diversité du phénoménal. Dit autrement, il apprend l’identité du nirvāna et de la roue des existences (saṃsāra).

    Couverture de Écotopia
    page(s) 110
  • Aller au-devant de la nature

    La philosophie du zen, finalement, est d’aller au-devant de la nature pour que celle-ci puisse exprimer son sens le plus profond.

    Couverture de Écotopia
    page(s) 109
  • Une philosophie de la nature sans philosophie

    En Amérique, la philosophie populaire de la nature est une philosophie sans philosophie. Les rudes garçons comme Thoreau jugent sans doute que tant d'intellectualisme est indigne de l'homme des grands espaces ou, selon l'expression de Stevenson, du « Grand Dehors ». C'est en cela, malgré quelques malentendus, que la pensée de la nature américaine est assez proche de celle du zen.

    Couverture de Écotopia
    page(s) 74
  • Par le silence

    Dans le zen, on ne dit pas les choses. Les choses elles-mêmes disent ce qu’elles sont. Comment ? Par le silence.

    Couverture de Traité de la cabane solitaire
    page(s) 32
  • Action pure

    Dans le zen, on dit mushotoku : ne pratique pas en espérant en tirer un bénéfice. N'agis pas en courant après un bénéfice, quel qu'il soit. L'action libre est une action pure par laquelle on ne cherche à obtenir aucun bien-être. On trouve le plaisir et la satisfaction dans l'action elle-même et non dans l'attente des résultats.

    Couverture de Enseignements d’un maître zen
    page(s) 33
  • Quel éveil ?

    [D]e quel éveil parle-t-on ? S'agit-il, comme on l'entend souvent dire, d'une sorte de redécouverte de notre Moi profond, ou au contraire de la réalisation de son inexistence ? Dans le Zen, en particulier, tous les être sont foncièrement éveillés, en vertu de leur nature de Bouddha. On ne peut rien rajouter à leur perfection : espérer atteindre l'éveil par la pratique est un peu, comme le disent les maîtres zen, vouloir se rajouter une tête sur sa propre tête.

    Couverture de Le bouddhisme
    page(s) 41
  • Devenir vraiment humain

    L'entraînement Zen traditionnel consiste […] d'abord à devenir vraiment humain, c'est-à-dire capables d'agir, sentir, parler et penser d'une façon vraiment humaine quelles que soient les circonstances, bonnes, mauvaises ou indifférentes.

    Couverture de Les dix images du buffle
    page(s) 20
  • Laisser être

    Nous ne laissons jamais rien être et ne signifier que soi-même : tout doit mystérieusement indiquer quelque chose d'autre. Le zen est spécialement destiné à contrecarrer l'esprit qui pense de la sorte.

    Couverture de Zen, tao et nirvâna
    page(s) 73
  • Ne pensez pas : regardez !

    La difficulté de la communication pour l'homme est que nous ne pouvons ordinairement communiquer sans mots ou signes, mais que même l'expérience ordinaire tend à être faussée par nos habitudes de mise en mots et de rationalisation. Les outils commodes du langage nous permettent de décider d'avance du sens que nous pensons devoir donner aux choses, et la tentation n'est que trop aisée de ne voir les choses que d'une façon qui cadre avec nos préconceptions logiques et avec nos formules verbales.

    Au lieu de voir les choses et les faits tels qu'ils sont, on les voit comme des reflets et des vérifications de phrases que l'on a précédemment construites dans son esprit. On oublie vite comment voir simplement les choses, et on substitue ses mots et ses formules aux choses mêmes, manipulant les faits de façon à ne voir que ce qui s'accorde convenablement avec ses préjugés.

    Le zen utilise le langage contre lui-même pour anéantir ces préconceptions et détruire dans nos esprits cette « réalité » spécieuse de façon que nous puissions voir directement. Il dit, comme l'a noté Wittgenstein : « Ne pensez pas : regardez ! »

    Couverture de Zen, tao et nirvâna
    page(s) 71
  • Une conscience déjà là

    Ce que le zen communique est un état d'éveil ou une conscience qui est déjà là en puissance, mais sans être consciente d'elle-même.

    Couverture de Zen, tao et nirvâna
    page(s) 69
  • Au-delà de toute tromperie

    La méditation bouddhique, surtout celle du zen, ne cherche pas expliquer, mais à prêter attention, à prendre conscience, à ne pas négliger, autrement dit à développer une sorte de conscience qui se situe au-dessus et au-delà de toute tromperie par des formules verbales – ou par la surexcitation émotive.

    Couverture de Zen, tao et nirvâna
    page(s) 60
  • Indicible

    [P]our le zen, il est inconcevable que les faits fondamentaux de l'existence puissent être énoncés en aucune proposition, si atomique fût-elle [Bertrand Russel]. Pour le zen, dès l'instant où le fait est transféré à un énoncé, il est adultéré. […]

    Le seul but du zen n'est pas de faire des énoncés à l'abri des interprétations imbéciles sur l'expérience, mais d'en arriver à diriger les prises sur la réalité sans l'intermédiaire de la mise en mots logique. […]

    L'expérience zen est une compréhension directe de l'unité de l'invisible et du visible, du nouménal et du phénoménal, ou, si l'on préfère, une prise de conscience empirique de ce que toute division de ce genre n'est forcément qu'imagination pure.

    Couverture de Zen, tao et nirvâna
    page(s) 59
  • Doctrine versus expérience

    Le zen ne peut être jugé convenablement comme une simple doctrine, car, bien qu'il y ait en lui des éléments doctrinaux implicites, ils sont entièrement secondaires par rapport à l'expérience zen inexprimable. […]

    [L]a caractéristique principale du zen est qu'il rejette toute [les] élaborations systématiques afin de revenir, autant que faire se peut, à la base pure, ni énoncée ni expliquée, de l'expérience directe. Expérience directe de quoi ? De la vie même.

    Couverture de Zen, tao et nirvâna
    page(s) 58
  • La religiosité conventionnelle comme obstacle

    Le zen peut parfois paraître franchement et ouvertement irréligieux. Et il l'est, dans la mesure où il attaque directement le formalisme et le mythe, et où il considère la religiosité conventionnelle comme un obstacle à la maturité du développement spirituel.

    Couverture de Zen, tao et nirvâna
    page(s) 56
  • Non-esprit

    Le Chan/Zen considère simplement que lorsque notre esprit demeure fixé sur des émotions, des impressions, des pensées, nous nous écartons automatiquement de la source de nos expériences. Le « non-esprit » ne signifie donc pas « absence de pensée », mais fonctionnement totalement libre de l'esprit en l'absence justement de toute fixation sur le flux des pensées. Nous savons très bien qu'au lieu d'être simplement présents aux choses telles qu'elles sont, et cela directement, nous sommes inattentifs. La carence d'une attention souple et fluide conduit à la perte de la spontanéité et du naturel.

    Le pratiquant de kyūdō, la « voie de l'arc », connaît ce phénomène. S'il décoche la flèche sous l'emprise de la moindre intention – vouloir atteindre à tout prix la cible, par exemple, ce qui caractérise une forme de convoitise –, le geste et le souffle sont contrariés. En revanche, s'il est pleinement présent en la détente du corps et de l'esprit, libéré de lui-même, les gestes s'effectueront d'eux-mêmes comme en un jeu, dans un état qui peut être proche de la quiétude.

    Couverture de Le grand livre du bouddhisme
    page(s) 510
  • Connaître qui vous êtes

    Dans le zen, prajñā n'est qu'un intervalle ; on ne peut la définir autrement. Prajñā signifie simplement « connaissance transcendantale ». Pra est « transcendant », ou « suprême », jñā signifie « connaissance » ; aussi prajñā est-elle la sagesse de la connaissance. C'est connaître qui vous êtes et ce que vous êtes.

    Couverture de Zen et tantra
    page(s) 46
  • Traversée de la confusion

    Dans la discipline zen, vous pouvez ne dormir que quatre heures par nuit et passer le reste du temps dans l'assise, le travail ou quelque autre activité. L'entrée dans une discipline aussi précise, aussi réelle, dans le sens fort du terme, vous plonge dans un ennui et une incertitude énormes. À un certain stade, vous vous sentez tellement fatigué et somnolent que la frontière entre le jour et la nuit commence à se dissoudre. Vous ne savez plus si vous êtes éveillé ou si tout ceci n'est qu'un rêve. Prajñā est en train de s'immiscer partout. C'est lorsque les frontières commencent à s'estomper que prajñā s'empare de vous.

    La discipline zen est fantastique. Elle n'est évidemment pas le fruit du rêve ou de l'invention d'un seul, elle s'est développée au fil des générations. La traversée de l'extrême de l'ennui, de la somnolence, de la confusion et d'activités contraignantes fait surgir la lumière et la clarté inhérentes à votre être. Ce n'est pas particulièrement excitant ni esthétique, loin de là : c'est une vraie galère ; votre maladresse et votre paresse ressortent, et tout ce que vous pouvez imaginer de pire. On vous fait une énorme blague, et en même temps il y a toujours de la place pour que prajñā se manifeste. Vous êtes à mi-chemin de prajñā et de la confusion, constamment.

    La seule chose qui vous maintienne dans un tel dispositif est votre idéal romantique de la pratique et de la discipline – votre approche héroïque du chemin.

    Couverture de Zen et tantra
    page(s) 44-45
  • Paradoxe, ouverture

    Dans l'ignorance de prajñā, vous devez décider si elle est grande ou petite. Mais vous n'avez pas de choix puisque vous n'avez aucune prise sur sa dimension ; c'est la panique. À cet instant, en pleine panique, un éclair d'ouverture très rafraîchissant se fait jour dans votre état de conscience. Vous avez saisi quelque chose – ou vous l'avez manqué.

    La tradition du zen est en grande partie fondée sur toutes sortes de dichotomies et de paradoxes, mais ceux-ci relèvent plutôt de la sensation que de la pure logique.

    Couverture de Zen et tantra
    page(s) 41
  • Devenir transparent au contact du réel

    [L]es exercices propres à la pratique du Zen ont pour fondement un principe de dignité humaine dont la justesse n'est plus contestée : l'homme a reçu le pouvoir et le devoir, à partir de certaines expériences et perceptions, ainsi qu'à l'aide de certains exercices, de se libérer du règne de la conscience statique du moi qui nous sépare de l'Être, de s'ouvrir à une dimension plus profonde, au Réel. Il peut et il doit devenir transparent à son contact, c'est-à-dire perméable à l'être essentiel qui est en lui.

    Couverture de Hara
    page(s) 9