Extraits étiquetés avec : éveiller

  • Le présent est une décision

    Non plus seulement je me rends moi-même effectivement présent, présent-présent et non plus présent-absent, c'est-à-dire que je ne laisse plus de l'absence éroder ma présence ou subrepticement la saper ; mais voilà même que j'en viens à surmonter par la pensée une telle opposition – et tel est bien en quoi s'impose la pensée ; c'est-à-dire à quoi hisse l'esprit par sa capacité. Non seulement je ne laisse plus la présence être contaminée par l'absence, mais je résorbe aussi celle-ci dans celle-là. […]

    Présence / absence : que restera-t-il en définitive de ce clivage ? N'est-ce pas à l'inertie de l'esprit qu'on doit de les tenir, l'une et l'autre, encore dissociées ? « Penser », en quoi vivre s'accomplit aux yeux des Grecs, est d'en triompher. […]

    [L]a métaphysique a été conduite à méconnaître la présence dans sa venue et son surgissement (Anwesung et non plus Anwesenheit) : comme irruption abrupte et faisant événement, non plus conçue selon l'horizontalité d'une étendue temporelle que définirait sa constance, mais éprouvée selon la poussée d'une percée et d'une émergence.

    En effet : sous le pesanteur du présent devenu étale de la métaphysique et profilant uniformément l'existence, n'avons-nous pas été conduits à oublier cette « éclosion » de la présence – à la fois se décelant de l'absence et s'avivant par son retrait ? Mais que soudain on se heurte à n'importe quel coin de paysage, au lieu de se borner à photographier ; que, rencontrant ces trois arbres au détour de la route, on s'y affronte, au lieu de machinalement esquiver – et voici que du présent aussitôt s'ouvre. Que, par sa résolution, on laisse cette présence advenir ou, comme le disait Héraclite, dans ce tel quel de la rencontre, un « éveil » s'opérer : le « présent » est une décision.

    Décision de quoi ? Disons : de ne pas reporter. C'est une décision de ne pas renvoyer à (un plus tard faux-fuyant) qui seule ouvre un présent effectif.

    Couverture de Philosophie du vivre
    page(s) 24-27
  • J’ai bien peur que nous ne soyons des cas désespérés

    [P]ersonne en Amérique ne comprend vraiment ne serait-ce que le palier du bouddhisme qu'on appelle Hīnayāna. Les gens en ont une compréhension extrêmement mince. Ils adoptent une attitude complètement schizophrène : ils imaginent une personnalité éveillée, divine, qui s'oppose à la version confuse qu'ils ont d'eux-mêmes. Par conséquent, ils se considèrent comme des êtres abandonnés, tout à fait mauvais. Ou bien il se peut qu'ils nourrissent quelque espoir, mais cela se fonde sur une sorte d'orgueil spirituel qui ne laisse aucune marge à la confusion. Nous sommes donc désespérés. J’ai bien peur que nous ne soyons des cas désespérés.

    Couverture de Jeu d’illusion
    page(s) 19-20
  • Notre vie devient réelle

    Nous pouvons nous laisser passivement emporter par des forces et des habitudes que nous nous obstinons à ne pas examiner et qui nous emprisonnent dans des rêves déformants et des cauchemars potentiels, ou nous impliquer dans notre vie en nous éveillant à elle et en participant pleinement à son déploiement, que nous « aimions » ou non ce qui survient à tout moment. Ce n'est que lorsque nous nous éveillons que notre vie devient réelle et que la possibilité de nous libérer de nos illusions, de nos maladies et de nos souffrances individuelles et collectives s'offre à nous.

    Couverture de L’éveil des sens
    page(s) 18
  • Un bouddha voit les choses comme elles sont

    Un bouddha est un « éveillé ». Il ne voit plus les choses comme nous, hommes ordinaires, de manière trouble, somnambulique, déformée et mensongère. Il ne dort plus. Il ne rêve plus sa vie. Il voit les choses comme elles sont.

    Couverture de Les choses comme elles sont
    page(s) 34
  • Trois piliers

    Pour la plupart des écoles, le chemin intérieur s'appuie sur trois « piliers » traditionnellement présentés dans l'ordre suivant : l'exercice de la morale (sīla), celui du recueillement (dhyāna) et la compréhension des processus qui régissent l'existence (prajñā). Puisqu'il s'agit de réaliser un éveil, ces exercices doivent engager la totalité de l'être, corps et esprit. Même la compréhension des processus existentiels n'est pas appréhendée comme un savoir à acquérir mais comme une expérimentation directe de ces processus. [Éric Rommeluère]

    Couverture de Vingt clés pour comprendre le bouddhisme
    page(s) 75-76
  • Nous pouvons choisir

    En tant qu'être humains, nous avons la possibilité de nous débarrasser des vieilles habitudes, de nous intéresser les uns aux autres et de nous aimer les uns les autres. Nous avons la capacité de nous éveiller et de vivre en pleine conscience mais, vous l'avez peut-être remarqué, nous sommes aussi fortement enclins à rester endormis. C'est comme si nous étions toujours à un carrefour, occupés à décider quel chemin prendre. À chaque instant, nous pouvons choisir d'aller vers plus de clarté et de bonheur, ou vers la confusion et la souffrance.

    Couverture de Vivez sans entrave
    page(s) 9
  • Souffrance, maladie, épreuve

    La souffrance est un état humain, un état intérieur, un état de l'âme (si tant est que ce terme ait encore quelque valeur dans un monde chimique, neurologique et technologique) et la réduire à une maladie revient encore une fois à court-circuiter l'épreuve, c'est-à-dire les chances de découverte, d'exploration et de questionnement.

    Abordée de façon initiatique (initier veut dire « commencer » : c'est un départ, un voyage qui ne finit pas), une difficulté est susceptible de provoquer un éveil, une prise de conscience et un changement important ou radical dans son existence. L'épreuve n'a pas pour sens la souffrance (ça, c'est le dolorisme, le masochisme sur quoi s'établit le pouvoir des religions et avec quoi jouent toutes les manipulations mentales), mais elle fait toucher en soi à des dimensions insoupçonnées, elle permet d'acquérir ou de développer des qualités et des vertus telles que le courage, la patience, la force, l'endurance, la bienveillance  et l'humilité…

    Couverture de L'esprit de solitude
    page(s) 28
  • Faire que la situation même nous éveille

    Voilà une façon de vivre dénuée de sécurité. Nous nous trouvons souvent dans un dilemme : que dois-je faire si quelqu'un est en colère contre moi ? Que dois-je faire si je suis en colère après quelqu'un ? Au fond, la consigne c'est de ne pas essayer de résoudre le problème mais plutôt de l'utiliser comme une question : comment faire pour que la situation même nous éveille encore plus au lieu de nous endormir ? Nous pouvons nous servir d'une situation difficile pour nous encourager nous-mêmes à faire un bond, pour déboucher dans cette ambiguïté.

    Couverture de Quand tout s’effondre
    page(s) 196 (22 - La voie est le but)