Isabelle Stengers

Portrait de Stengers

Quelques ouvrages

Quelques extraits

• Ensemble, les vivants font des mondes

[L]a sympoïèse [concept proposé par Donna Haraway…] signifie simplement faire avec, ou faire grâce aux autres, et au risque des autres. Les vivants sont tous actifs, ils font ; mais ce qu’ils font implique, présuppose ou crée des rapports les uns avec les autres. Et ensemble, ils font des mondes. Une forêt est un monde, un récif corallien est un monde. La rationalité qui nous fait privilégier les monocultures, dans les champs ou à l’école, est destructrice de mondes. Et les corps eux-mêmes ne fonctionnent pas comme un tout fait de parties ayant chacune leur rôle, ce sont des sites de partenariats enchevêtrés, aventurés et métamorphiques.

page(s) 27
• Une liaison essentielle entre la lutte et la guérison

[Le monde] que nous connaissons est intrinsèquement issu de la colonisation, de la mise en coupe réglée des terres colonisées et de la destruction ou de l’asservissement de leurs habitants. Mais cela a eu lieu également en Europe, avec ce que les Anglais appellent les enclosures. Ici comme ailleurs, la destruction s’est faite au nom du progrès, en faisant régner un droit de propriété qui est avant tout un droit d’exploiter, d’extraire, d’abuser et de défaire toutes les interdépendances.

Ce que, après les sorcières, les activistes d’aujourd’hui ont appris, c’est l’existence d’une liaison essentielle entre la lutte et la guérison. L’idée de se rendre à nouveau capable de cultiver ce qui est systématiquement détruit dans les milieux où nous vivons.

page(s) 20-21
• Transformations mutuelles, identités compostées

Dans un compost, les identités se défont et de nouvelles compositions deviennent possibles. Ce qui compte, ce sont les transformations mutuelles, pas la reproduction de lignées ou d’identités spécifiques.

Mais toutes ces involutions font partie de la nouvelle donne, de la nécessité de penser avec ce qui arrive. Personne n’était vraiment préparé à ce que j’ai appelé « l’intrusion de Gaïa ». Cela crée des liens, fait sentir que nous avons besoin les uns des autres. […] On sait qu’on ne peut plus penser comme avant, qu’il faut prendre des risques pour fabriquer de la pensée qui soit au mieux utile, ou au moins pas nuisible pour ceux qui viennent. Et si on ajoute à tout cela la montée des inégalités sociales, il faut bien reconnaître que l’on fait face à un monde où les différents types de sensibilités encore cultivées – il y en a tant qui ont été détruites – sont forcées de faire alliance, d’involuer.

page(s) 28-29
• Guérir ensemble des milieux qui nous ont abîmés

Les vivants qui composent un milieu sont issus de ce milieu, et donc des problèmes et des opportunités que leur donne ce milieu. […] Notre propos doit toujours être situé. Nous sommes situés par la nécessité de guérir ensemble, les uns avec les autres, des milieux qui nous ont abîmés. Nous ne pouvons pas raisonner à propos de ce que peuvent ou non nos contemporains. Penser à partir du ravage écologique, c’est garder sans cesse à l’esprit que nous ne savons pas ce dont les humains pourraient devenir capables. Pour le meilleur et pour le pire.

page(s) 21
• Rien de « naturel » dans la nature

J’aime bien dire qu’il n’y a rien de « naturel » dans la nature, et c’est bien ce que l’écologie scientifique permet de dire lorsqu’elle apprend à raconter des récits de plus en plus intéressants, avec des histoires de conséquences en cascade, de rapports symbiotiques, etc. Elle est peu à peu devenue une science aventureuse, ou en tout cas plus à la hauteur de la dimension aventureuse et événementielle de la vie.

page(s) 16
• La nature et la femme comme objets d’accaparement

Silvia Federici, dans Caliban et la sorcière, montre que l’expropriation des communs en Europe et dans les terres colonisées a fabriqué non seulement la nature mais aussi la femme comme objets d’accaparement.

 

page(s) 25
• Un désastre inséparablement écologique et social

[L]’idée que le désastre est inséparablement écologique – au sens usuel – et social, il n’y a plus besoin de lutter pour le faire reconnaître. C’est une chose sue.

page(s) 17