Jacques Tassin

Portrait de Tassin

Quelques ouvrages

Quelques extraits

• Le monde virtuel a pris le pas sur le monde sensible

Le monde virtuel a pris le pas sur le monde sensible. […] Immanquablement, dans une telle configuration, l’érosion de la « biodiversité » opère de manière inaperçue.

page(s) 59
• La raison a infiltré les sciences du vivant

C’est […] la raison, célébrée par la physique, mère de toute technique, qui a infiltré les sciences du vivant. En leur sein, l’idéel a évacué le sensible. […] Mais paradoxalement, en s’efforçant de réduire la vie à une réalité objective, elle en a fait un objet lointain, une abstraction, un épiphénomène des corps qu’elle anime.

• Nous négligeons notre sensibilité

[N]ous évoluons, pour la grande majorité d’entre nous, dans des espaces bétonnés et asphaltés. […] À moins d’une solide éducation sensorielle, nous négligeons notre sensibilité, dès lors maladroite ou éternellement balbutiante. De sorte que cette vaste présence réticulaire qui nous a si longtemps unis dans une intimité commune, désormais nous échappe.

page(s) 53
• Hypertrophie des données écologiques, mise à distance

[Les données] deviennent une nouvelle réalité, semblerait-il mieux ajustée à notre monde que les manifestations vivantes elles-mêmes, qui ne retiennent plus notre intérêt. […] Cette hypertrophie des données écologiques ainsi massifiées participe d’une effrayante mise à distance. Globaliser, étirer notre représentation du vivant pour l’ajuster à l’échelle planétaire, c’est d’abord concourir à un processus d’abstraction de ce vivant.

page(s) 42
• Guerre du sensible et du rationnel

Tandis que le sensible, considéré comme faible, volontiers rattaché au « sexe faible », est minoré dans la pensée occidentale, le rationnel ouvre les voies de la maîtrise et d’une domination qui, immanquablement, lutte pour se maintenir à son rang.

page(s) 22
• La science a choisi de désincarner le vivant

[Les sciences] ne sont à l’aise que lorsque la réflexion porte sur la matière, et c’est donc sur ce plan de la matière qu’elles sont contraintes à projeter préalablement le monde avant de le comprendre. Projectives, elles sont donc aussi réductrices.

[La science] a choisi de désincarner et d’immobiliser le vivant dans la gangue matérielle où elle se tient.

page(s) 26-27
• Nous reterrestrer

Il ne s’agit pas de troquer le rationnel pour le sensible. Il s’agit de s’autoriser le recours à un éclairage complémentaire qui, faute d’être reconnu et valorisé, laisse une part du monde dans l’ombre.

Il s’agit de nous reterrestrer. Et pour cela, nous devons nous départir de cette idée de Nature séparée de nous, de ce monde virtuel dont une part au moins ne ferait pas partie, selon les règles d’un grand partage. […] Il s’agit, par l’acte sensible auquel nous renvoie une culture tout à fait accomplie, de redevenir pleinement humain, et donc tout autant réinséré dans la Nature.

page(s) 28-29
• La biodiversité est immatérielle

Le concept de biodiversité, au demeurant si difficile à définir, participe de la même évolution. Là où le vivant ou la Nature avaient des odeurs, des couleurs, produisaient en nous des sensations à leur seule évocation, la biodiversité qui les a remplacés est devenue immatérielle, insipide et invisible. […] Cela ne doit guère nous étonner puisque la biodiversité résulte d’une délégation de compétences aux économistes[. …] Or il n’y a rien de plus insensible que l’argent, qui comme on sait, n’a pas d’odeur. La crise de la biodiversité sonne désormais comme une crise économique où ne teintent que des chiffres.

page(s) 43
• Crise de la biodiversité, crise de la sensibilité

La crise de la biodiversité est une crise de notre rapport au monde [selon] Virginie Maris. Mais c’est aussi […] une crise de la sensibilité [selon Estelle Zhong]. Elle s’enracine dans une « désanimation » de l’univers amorcée par le platonisme, exacerbée par la modernité de Galilée et de Descartes, achevée par nos modes de vie contemporains. De la vie, les sciences positives ne scrutent que la trame physique en laquelle elle se meut. Elles l’envisagent du dehors, d’un point de vue de nulle part[.]