Jamais les genoux plus haut que le bassin

Avant de parler de bascule du bassin proprement dite, insistons sur le fait que quelque soit votre dispositif, vous veillerez à ne jamais avoir les genoux plus haut que le bassin, faute de quoi vous ne tiendrez pas plus d'un quart d'heure sans douleur dorsale.

 

Quelque soit le dispositif, genoux jamais plus haut que le bassin

 

Trouver l’équilibre bio-mécanique du corps

À plusieurs reprises, lors d'un stage de méditation, il m'est arrivé d'avoir devant moi quelqu'un qui se tortillait d'inconfort sur son coussin de méditation, cherchant désespérément au fil de chaque séance une position moins douloureuse. « Si je me penchais un peu en avant ? », « Et si je me penchais maintenant un peu en arrière en m'accrochant des mains à mes genoux ? », « Et si j'essayais d'arrondir un instant ma colonne pour la soulager ? », « Et si je me mettais sur la fesse gauche un moment pour voir ? »…

Rien de tout cela ne marche : la verticalité est perdue. Au mieux, cela ne fait que déplacer la douleur. C'est sans fin et extrêmement pénible. Or il faut bien avoir à l'esprit qu'il existe une position d'équilibre bio-mécanique du corps. Et qu'une fois cette position découverte, sauf particularité médicale, elle peut être tenue des heures sans aucune douleur dorsale. Des milliers de méditants peuvent en témoigner.

Engager le bassin

Pour construire cet équilibre, un point décisif est la bascule du bassin. C'est quelque chose que l'on m'a appris au tai chi chuan, mais qui s'applique parfaitement à la posture de méditation. La prof de tai chi chuan nous donnait toujours, en position debout, cette indication en deux temps : « Ouvrez l'aine » (geste des mains tirant les cuisses vers l'extérieur), « Engagez le bassin » (geste des mains pivotant en piqué vers l'avant). Comme s'il fallait d'abord faire de la place pour pouvoir ensuite y basculer le bassin vers l'avant.

En méditation, étant assis, il n'y a rien de spécial à faire pour ouvrir l'aine. Au moment de s'asseoir, par contre, il faut opérer consciemment une micro-bascule du bassin vers l'avant. Micro-mouvement, car si vous y allez en force, vous allez générer des tensions totalement contre-productives. L'un des intérêts du shoggi – et pas des moindres, surtout pour le débutant –, est que l'inclinaison du siège vers l'avant fait d'emblée faire cette bascule du bassin si délicate à trouver sans cela.

Tant que vous n'aurez pas ressenti la bascule, sa description restera trop abstraite pour vous être d'aucune utilité. Faites donc l'exercice suivant. Placez-vous comme en méditation assise sur une chaise, sur l'avant de celle-ci, mais en tenant fermement de vos mains les bords de la chaise. Avancez alors tout doucement au bord jusqu'au décrochage. Au moment du décrochage, vous ressentez la bascule du bassin. Cela vous met sur la piste de ce qu'il vous faut rechercher.

Aux apprentis méditants, je fais également faire un autre exercice assis sur un banc. Je prends une petite branche d'arbre pour matérialiser au niveau du nombril ce qu'en infographie 3D on appelle la normale à la surface (la direction perpendiculaire à celle-ci). Dans la posture ordinaire, cette normale est horizontale. Après bascule du bassin, la normale pique légèrement vers l'avant.

 

La bascule du bassin

 

Basculer le bassin fait s'étirer la colonne

Ce que l'on constate après bascule du bassin, c'est un mouvement de compensation bio-mécanique qui fait étirer la colonne vers le haut : regardez bien une personne qui fait l'exercice sur le banc, son nez remonte légèrement. Pour reprendre une formule courante en tai chi chuan, la bascule du bassin nous fait « pousser le ciel avec la tête ».

 

Basculer le bassin fait s'étirer la colonne

 

Un kinésithérapeute ou un praticien Feldenkrais pourrait sans doute justifier anatomiquement ce phénomène. Je n'ai aucune compétence pour cela. Mais je l'expérimente et le partage depuis longtemps. Et je revois avec bonheur le sourire de soulagement des personnes à qui je l'ai fait découvrir et qui depuis soutiennent en douceur l'immobilité corporelle.

Si l'immobilité de l'esprit est une toute autre histoire, l'immobilité corporelle en est un préalable indispensable.

Dignité naturelle

Pour finir, remarquons que l'enjeu de cette bascule du bassin va bien au-delà du simple bio-mécanique. En nous donnant d'emblée la dignité naturelle d'un cavalier sioux sur son cheval, ou d'une reine ou d'un roi supportant sa couronne, elle nous met sur un chemin de confiance et de responsabilité.