Donner du moelleux à l'assise

Pour toutes les dispositifs au sol, à l'intérieur il faut prévoir quelque chose qui amortisse le contact avec le dur qui sinon va vite devenir douloureux. Traditionnellement, c'est le zabuton qui donne du moelleux à l'assise.

 

Un zabuton, tapis de méditation

 

Si vos moyens ne vous permettent pas l'investissement, une couverture repliée fera parfaitement l'affaire. Vous pouvez aussi tout simplement vous installer sur un lit ferme.

Méditer sur un tabouret (shoggi)

 

Méditation sur le shoggi, tabouret

 

Le dispositif du shoggi est le moins éprouvant pour le débutant, car les genoux au sol donnent un enracinement solide et l'inclinaison du siège vers l'avant fait d'emblée faire la bascule du bassin. Quand j'accueille un débutant dans le groupe, je l'installe d'autorité sur le shoggi.

Un artisan français, Gaubert, fabrique d'excellents shoggi. Ils sont démontables donc faciles à mettre dans un sac de voyage. Cinq hauteurs de pieds sont proposées, c'est donc l'assurance d'avoir celle qui correspond à votre morphologie. Vous pourrez bien sûr trouver moins cher ailleurs, mais un modèle qui ne sera peut-être pas démontable et peut-être pas à la hauteur idéale ; et surtout, nul doute que son moindre prix résultera de l'exploitation de travailleurs esclaves au salaire totalement indécent. Nous méditons pour sortir de l'inconscience, non ?

Pour s'installer sur un shoggi, on commence par se mettre sur les genoux, jambes écartées de la largeur des épaules, puis on place le tabouret entre ses chevilles et l'on s'assied.

 

Comment s'asseoir sur un shoggi

 

Il y a quelques années, pour mon anniversaire je fus particulièrement gâté. On m'offrait non seulement un shoggi Gaubert, mais on m'invitait le soir même à un spectacle de Bob Wilson au théâtre antique de Fourvière à Lyon ! Au bout d'une heure, je voyais tous les spectateurs devant moi se tortiller d'inconfort sur la dure pierre des arènes, tandis que confortable et immobile, j'inaugurai ma pratique du shoggi par une méditation de deux heures quarante, yeux grands ouverts d'émerveillement. Vivant à la campagne, quand le temps le permet c'est sur ce shoggi que je médite en extérieur sur le tertre de méditation en bas du jardin.

Sur un coussin rond (zafu)

 

Méditation sur un zafu, coussin rond

 

Nombreux sont les gens à posséder un zafu. C'est sans doute le dispositif le plus courant. Le zafu traditionnel zen est ferme tout en ayant une certaine souplesse (il est garni de kapok ou de coques de sarrasin).

En zen, que vous adoptiez une position de lotus (comme sur l'illustration) ou de demi-lotus (un seul pied ramené sur la jambe opposée), les genoux sont au sol, ce qui procure un enracinement puissant et favorise la bascule du bassin.

 

Autres assises sur un zafu

 

Si vous optez pour un zafu de petit diamètre, vous pouvez facilement l'utiliser en position à genoux, comme sur un shoggi. Si vous avez des difficultés avec les genoux au sol, optez pour un zafu de bonne hauteur qui vous permettra de simplement croiser les jambes devant, au prix d'un moindre enracinement, le contact avec le sol ne se faisant que par la tranche des pieds.

Si vous ne souhaitez pas investir dans un zafu, sachez qu'un oreiller garni de balle d'épeautre – vous pouvez acheter dans une biocoop un sac qui permettra de garnir plusieurs taies – fait parfaitement l'affaire si vous le repliez sur lui-même (position à genoux comme sur un shoggi, donc même vertu d'enracinement). C'est ce que je pratique à l'intérieur avec bonheur depuis des années : légèrement moins ferme qu'un zafu traditionnel, mais le siège se moule sur votre morphologie – un peu comme quand à la plage vous vous allongez dans le sable –, ce qui est très agréable.

Sur un coussin parallélipipédique

 

Méditation sur un coussin parallélipipédique

 

À l'École occidentale de méditation, dans la lignée de Chögyam Trungpa, on médite sur un coussin parallélipipédique (gomden), assez haut. Et ceux qui le souhaitent peuvent même placer un rehausseur sous le coussin (en jaune sur la photographie). Ce dispositif favorise l'ouverture du thorax. Il est par contre plus difficile d'y trouver l'enracinement et d'y découvrir la bascule du bassin.

Sur une chaise

 

Méditation sur une chaise

 

Si votre corps ne supporte aucun des dispositifs assis au sol, il n'y a aucun problème à méditer sur une chaise. Vous devez par contre vous asseoir sur l'avant de la chaise, sans prendre appui sur le dossier, puisque c'est à vous de rechercher la verticalité. Les pieds sont bien à plat au sol. L'écartement des jambes correspond à la largeur des épaules (à cet égard, mon illustration est trompeuse).

Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer a priori, ce dispositif n'est pas plus facile que les autres, puisqu'encore plus haut perché que sur le coussin de l'École occidentale de méditation, il est encore plus difficile d'y trouver l'enracinement. Par contre, la chaise pourra vous servir à un exercice d'exploration de la bascule du bassin.

Sur presque rien : sur une touffe d’herbes

Pour finir, sachez qu'un débutant a en général besoin d'une plus grande hauteur de siège et qu'avec les années de pratique les articulations s'assouplissent de sorte que la hauteur nécessaire diminue (avec un shoggi Gaubert, on pourra racheter séparément une paire de pieds moins hauts). Courant pas mal les bois de la montagne alentour et méditant souvent en plein air, j'ai toujours dans mon sac à dos une grosse veste polaire qui repliée fera un parfait zafu de fortune. Mais bien souvent je n'ai même pas besoin de la sortir du sac et une simple touffe d'herbes épaisse, pourvu qu'il y ait un peu de pente pour ne pas avoir les genoux plus haut que la taille, offre le plus beau des sièges de méditation.