Quand je reçois des gens à la maison, il faut souvent expliquer le fonctionnement des toilettes sèches. Et quand ils séjournent quelques jours, il y a toujours un enfant intrigué pour demander : « Dis, Gil, tu vas faire quoi avec le seau de pipi et de caca ? » Je les emmène au potager jusqu'au bac de compostage. En soulevant les végétaux qui protègent et en écartant un peu, on constate que les reliefs du dernier seau sont méconnaissables, déjà en voie de transformation. Cela grouille de tout un petit peuple de bestioles – certaines nettement visibles – qui s'en sont fait un joyeux festin ! Puis je montre aux enfants dans l'autre bac que dans quelques mois cela aura pris la belle apparence légère et grumeleuse du terreau que leurs parents achètent pour remplir les jardinières. Mais en nettement plus nourricier : dans la planche d'à côté, ce chou énorme semble avoir sacrément apprécié. Il va remplir à lui seul le gros pot à lacto-fermentation et se donner à nous en choucroute délicieuse.

Si une part significative des humains pouvait s'y mettre à s'occuper de sa merde. L'homme dit civilisé tire la chasse, parfois sans même regarder. Nous dégageons prestement la voiture de son créneau, d'un bon coup d'accélérateur, sans égard pour le bambin qui passe au même moment sur le trottoir dans sa poussette et se prend une grosse giclée de gaz d'échappement à pleines narines.

Et dans notre psyché, ce n'est guère mieux : nous préfèrons souvent ne pas affronter notre ombre. Nous excrétons tristesse, peur et colère sans en prendre aucun soin : nous tirons juste la chasse.

En méditation, on s'assied sans crainte de regarder sa propre merde telle qu'elle est, confiant qu'elle finira par nourrir une floraison, puis portera fruits.

 

Fleur de lotus