Corine Pelluchon

Portrait de Pelluchon

Quelques ouvrages

Quelques extraits

• Préséance du rapport à soi

Parler de considération signifie, comme chez Bernard de Clairvaux, que la clef de toutes les vertus se trouve dans le rapport à soi. Cette préséance du rapport à soi sur le rapport aux autres, à la nature et à la Cité, témoigne de l’importance de la tradition de la philosophie morale qui concevait l’éthique non comme une discipline normative, mais comme un processus de transformation de soi.

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• Un milieu essentiellement hybride

« Vivre de », c’est vivre autant de bonne soupe, que d’air et de lumière, de cinéma, de promenade, de travail, d’amour, de sommeil, de la ville et de la campagne. Notre milieu est essentiellement hybride.

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• Le vœu de préserver la vie et les vivants

Car la réparation est aussi un besoin. Elle est toutefois moins le besoin de croire en l’avenir que le vœu de préserver la vie et les vivants. Ce vœu s’ancre dans la conscience de la fragilité des choses humaines et dans le devoir d’être fidèle à la mémoire de ceux qui ont disparu en maintenant le lien entre les générations et entre les vivants et les morts.

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• Le monde est abîmé et sa cohérence n’apparaît plus

[La réparation du monde] n’implique pas que, pour reconstruire ce qui a été détruit, nous cherchions à rétablir une unité soi-disant originaire. Il ne fait pas non plus référence à une vérité surplombante qui serait censée procurer une harmonie parfaite et abolir la misère. Parler de réparation suggère que le monde est abîmé et que sa cohérence n’apparaît plus. Tout y est organisé en dépit du bon sens, et les êtres sont divisés entre eux et à l’intérieur d’eux-mêmes.

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• Reconnaître sa vulnérabilité et la valeur de tout autre

[U]ne éthique des vertus […] développant les dispositions morales qui font naître en chacun la reconnaissance de sa vulnérabilité et de la valeur propre des autres vivants et des autres cultures est capable de nous faire passer du nihilisme à l’âge du vivant et à la considération.

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• La nécessaire participation active de tous

Pour réduire substantiellement l’empreinte écologique de l’humanité, la participation active des individus est indispensable. Ils doivent abandonner certaines habitudes de consommation et peser sur leurs gouvernements, afin que ces derniers fassent preuve de volontarisme politique et que la protection de la biosphère soit érigée en devoir de l’État.

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• S’extraitre des dualismes

Si l’on ne s’extrait pas du dualisme entre la raison et les émotions, l’esprit et le corps, l’individu et la société, on ne pourra jamais comprendre pourquoi les personnes ont des difficultés à agir en accord avec les principes et les valeurs qu’elles chérissent.

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• Notre responsabilité dépasse nos capacités d’identification

[S]i certaines espèces animales et végétales peuvent voir leur existence menacée par la disparition d’autres espèces, les hommes sont les seuls à pouvoir déplorer une telle disparition. De plus, notre pouvoir technologique est infiniment supérieur à l’industrie animale. Ce pouvoir, en raison de son échelle et du caractère irréversible de certaines de ses conséquences, qui s’étendent aujourd’hui sur plusieurs milliers d’années et affectent un nombre incalculable d’êtres vivants, n’a même plus de commune mesure avec la technique de nos aïeux.

Mais l’homme a aussi la capacité de prendre soin des autres espèces et des générations futures. Telle est la définition de la responsabilité qui n’exige pas, contrairement à la compassion, la présence en chair en en os de ceux dont je suis responsable. Notre responsabilité dépasse même nos capacités d’identification, voire de représentation[.]

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• Des êtres sensibles

« Écologie » vient de oikos, qui signifie en grec maison, foyer, habitat, et de logos, qui désigne le discours, la raison et la science. L’écologie est l’étude des milieux où vivent et se reproduisent les êtres vivants. Elle est la science des milieux et des conditions d’existence des vivants, c’est-à-dire des hommes et des animaux qui sont des êtres sensibles au sens où ils éprouvent la douleur, des plantes qui interagissent avec leur milieu, ainsi que des écosystèmes qui ne sont pas des organismes et ne sont pas irritables, mais se développent et ont une capacité de résilience pouvant être menacée par la manière dont nous les exploitons.

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• L'âge de la violence envers le vivant

Le problème du nihilisme contemporain est l’incapacité à sortir de soi et le besoin d’étendre son contrôle sur tout, en particulier sur son propre corps et celui des autres. C’est pourquoi ce besoin de domination s’exerce surtout à l’encontre des personnes vulnérables et des animaux.

Notre âge est celui où la violence envers le vivant s’exerce de manière décomplexée, parce que ce sont l’altérité, la vulnérabilité, l’imprévisibilité et la mortalité du vivant et, en lui, la nôtre, qui sont l’objet de notre crainte, voire de notre haine.

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• Les animaux, d’autres existences

[L]a philosophie contemporaine [confère] aux autres espèces un statut moral radicalement différent de celui des choses et [pense] les animaux, non pas comme des être simplement vivants, mais comme d’autres existences. La vie n’a plus la pauvreté ontologique à laquelle la réduisaient le mécanisme et toutes les philosophies qui concevaient la liberté comme commencement absolu et arrachement à la nature.

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• Les premiers à prendre conscience et les derniers à pouvoir agir

Le décalage qui existe entre la pensée et les actes est d’autant plus dramatique que nous sommes les premiers à avoir conscience de la gravité de la situation et les derniers à pouvoir agir dans les temps.

page(s) 14
• Renoncer à l’homme-sujet face à une nature-objet

En nous amenant à prendre véritablement en considération les conditions de notre existence, et donc à penser ce dont nous vivons et qui nous constitue autant que nous le façonnons, l’écologie nous conduit à ne plus nous représenter l’homme comme un sujet et la nature comme un objet.

page(s) 16
• Une guerre à l’intérieur de nous-mêmes

[L]e décalage entre ce que nous savons et ce que nous faisons, la rationalisation et le refoulement des émotions négatives montrent qu’une guerre se joue à l’intérieur de nous-mêmes.

page(s) 16
• La nature, pas une ressource sans autre valeur qu’instrumentale

Les nourritures désignent ce dont nous vivons et dont nous avons besoin, le milieu dans lequel nous baignons et tout ce que nous nous procurons, la manière dont nous nous le procurons, nos échanges, les circuits de distribution, les techniques qui conditionnent nos déplacements, nos habitations, nos œuvres, mais aussi nos écosystèmes, constitués de biocénoses – c’est-à-dire des vivants qui y existent et que, souvent, nous ne connaissons pas – et de biotopes définis par leurs caractéristiques physiques et chimiques. Cette appellation qui dépasse le dualisme nature/culture ne permet plus de concevoir la nature comme une ressource n’ayant d’autre valeur qu’instrumentale.

page(s) 18
• Complet remaniement de nos manières

[U]n autre modèle de développement est possible. Il exige un remaniement complet de nos représentations, de la manière dont nous pensons la place de l’humain dans la nature et dont nous interagissons avec les autres, y compris avec les animaux. C’est pourquoi réparer le monde n’est pas rêver au grand soir, mais préparer l’avenir.

page(s) 15
• L’écologie, une préoccupation périphérique

[M]ême les philosophies environnementales, qui dépassent aujourd’hui les clichés relatifs à l’opposition anthropocentrisme/écocentrisme, ne parviennent pas à éveiller des significations et des affects différents de ceux qui ont installé la possession de biens matériels au cœur de nos vies. C’est pourquoi l’écologie reste, pour les individus comme pour les collectivités, une préoccupation périphérique.

Elle ne réussit pas à améliorer notre rapport aux autres, au travail, à notre corps, à nous-mêmes, parce qu’elle demeure extérieure à nos vies.

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• Nos stratégies psychologiques de défense

Nous utilisons des stratégies psychologiques de défense comme le déni, le clivage, la rationalisation, afin de nous protéger des sentiments négatifs que la maltraitance animale et la dégradation de la planète suscitent en nous.

page(s) 20
• Transmettre et renouveler

Le monde commun, qui inclut l’ensemble des générations et le patrimoine naturel et culturel que nous avons reçu en héritage et qu’il nous appartient de transmettre et de renouveler, apparaît alors comme l’horizon de nos actions.

Cette perspective aide à trouver le courage nécessaire aux efforts quotidiens qui contribuent à la réparation du monde, mais ressemblent à de petits pas, à des avancées constantes, mais peu spectaculaires.

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• Mener une vie bonne et respecter tous les êtres

L’éthique des vertus présentée dans ce livre cherche à déterminer les manières d’être qui doivent être encouragées afin que les individus mènent une vie bonne et qu’ils éprouvent le respect des autres, humains et non humains, comme une composante du respect d’eux-mêmes. Elle ne s’appuie pas exclusivement sur l’argumentation rationnelle mais accorde une place importante à l’affectivité, au corps et à l’inconscient.

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