Tout art impose une discipline

Si vous preniez de temps à autre une leçon de piano avec un professeur, mais que vous n'ayez pas chez vous de piano sur lequel vous entraîner quotidiennement, même après des années de cette soi-disant pratique, il est certain que vous en seriez toujours au même point qu'en débutant. Tout art impose une discipline, sans laquelle vous vous racontez des histoires, vous rêvez.

La méditation – art de vivre – ne déroge pas à la règle. Sans une pratique quotidienne de l'assise, ce n'est qu'un rêve. Or il s'agit justement, par la méditation, de « cesser de rêver les yeux ouverts » – pour reprendre le titre du génial séminaire que Fabrice Midal donna à l'été 2011.

Après l'enthousiasme, la détermination

Vous venez de lire un livre sur la méditation particulièrement inspirant. Ou, mieux encore, vous rentrez d'un stage de méditation. Vous vibrez d'un enthousiasme certain. Très bien. Mais l'enthousiasme n'est qu'un feu de paille qui sera vite éteint. Utilisez néanmoins cet enthousiasme pour lancer un feu plus durable en vous engageant à pratiquer quotidiennement quoi qu'il en soit. Faites serment d'ignorer les voix qui ne vont pas manquer de vous chuchoter à l'oreille « Non, pas aujourd'hui… » : « …tu es trop énervé /déprimé /angoissé », « …tu as trop d'énergie /de travail », « …le voisin t'empêche avec sa perceuse » ou « il fait trop moche /trop beau ».

Méditer, c'est être un avec ce qui est quoi qu'il en soit. Ne commencez donc pas à discriminer entre situations favorables et défavorables !

Chaque jour, avant de vous asseoir, décidez de la durée de la séance (il existe des applications pour programmer un gong de fin sur votre smartphone). Et quoi qu'il arrive, honorez-vous en tenant bon la durée décidée a priori. Il est possible qu'une impulsion à vous lever pointe le nez avant la fin, mais regarder cela – comme tout le reste – sans y réagir est une part essentielle du travail.

Puisqu'il vous faudra peut-être dix minutes pour laisser décanter les préoccupations du moment et poser votre esprit, ne choisissez pas une durée de séance inférieure à vingt minutes. Si vous pouvez méditer plus longtemps, c'est très bien. Mais restez dans un rapport bienveillant avec vous-même : n'augmentez que progressivement la durée des séances.

User un peu chaque jour sa pierre

 

Pierre aux arêtes vives

 

Lorsque nous venons à la méditation, nous sommes tous comme des pierres aux arêtes parfois vives. Toute pierre peut devenir galet parfaitement doux. Il faut pour cela la plonger continûment et longtemps dans le torrent de la pratique. Si vous deviez choisir entre la plus grande durée des séances et leur régularité, privilégiez la seconde : usez un peu chaque jour votre pierre.

 

Galet parfaitement lisse

 

Pour entretenir la flamme, rien de mieux que de rejoindre régulièrement un groupe au sein duquel pratiquer (troisième joyau du bouddhisme, saṅgha, la communauté des pratiquants).

La discipline fait place à l'appel et à l'ardeur

Il n'est pas facile de rencontrer sa propre paresse. Au début, cela peut paraître se faire violence que de s'en tenir à la discipline choisie et de respecter la parole que l'on s'est donnée. Mon expérience est que ce qui était au départ contrainte et point d'honneur à m'y tenir, s'est adouci naturellement en quelques mois. Après avoir pratiqué diligemment pendant quelques semaines, il m'est inévitablement arrivé de cesser quelques jours de pratiquer. J'ai constaté alors un regain d'agitation et de confusion, mesurant rétrospectivement par contraste la quiétude et la limpidité nourries par une pratique régulière. Je retournais alors vers elle non seulement sans me contraindre, mais à chaque fois dans une joie plus porteuse.

Rapidement, méditer quotidiennement m'est devenu aussi évident que me laver quotidiennement. Méditation, toilette de l'esprit ?

C'est en regardant et en traversant notre paresse que nous nous découvrons courageux et ardents :-)