Les rapports des scientifiques du GIEC s'accumulent depuis 1990, toujours plus alarmants. Le dernier, publié le 8 octobre 2018, ne fait pas exception à la règle. Pendant ce temps, les politiques font d'émouvantes déclarations d'intentions médiatisées. Pourtant, depuis l'accord de Paris de 2015, aucun pays n'a lancé les politiques radicales indispensables pour atteindre l'objectif de limiter à 1,5°C l'augmentation de la température par rapport au début de l'ère industrielle. En France, le ministre Nicolas Hulot en a jeté l'éponge.

En regardant le septième épisode de la web série documentaire NEXT de Clément Montfort, une interview de Pablo Servigne – auteur notamment de Comment tout peut s'effondrer et de L'entraide, l'autre loi de la jungle –, je me suis amusé à noter certaines des phrases qu'il prononce :

  • On essaie de s'éveiller chaque jour.

  • [On] ne met pas ses émotions sous le tapis, [on] les accueille.

  • Encore en chemin.

  • Un combat intérieur avec nos propres ombres.

  • Avoir le courage de plonger dans ses émotions.

  • Aller de l'avant, garder les yeux ouverts.

  • Un cercle vertueux [se] déclenche en allant dans les ombres.

  • C'est en touchant la part la plus sombre, le désespoir en chacun de nous que l'on peut rebondir et enclencher une spirale positive, quelque chose de vrai, d'ancré et de connecté avec soi-même.

  • [Le seul fait de] s'ouvrir ouvre la personne en face.

Il y a là des résonances frappantes avec notre travail de méditants.

La première association qui me soit venue, c'est qu'avec cet effondrement qui s'accomplit, nous n'avons pas de meilleure et plus radicale illustration de cette nécessité, pour reprendre l'image fameuse de Chögyam Trungpa, d'« accepter de se laisser retirer le tapis de dessous les pieds ».

Méditer, c'est entre autre accueillir ses émotions, même celles liées aux angoisses les plus archaïques, parmi lesquelles bien sûr la mort. Ici celle de l'écosystème Terre qui est le support irremplaçable de toute vie sur la planète, donc notre commun le plus précieux.

Accueillir et traverser ses émotions. Descendre au fond de cette « nuit obscure de l'âme » pour en renaître transformé. En matière de collapsologie, c'est ce qu'illustre très didactiquement le facilitateur graphique Matthieu Van Niel avec sa courbe de deuil. On y trouve notamment cette formule : « Acceptation : prendre soin sans chercher à guérir », qui correspond parfaitement à l'attitude de présence attentive et de bienveillance aimante du méditant.

 

Collapsologie & courbe de deuil

Voir l'illustration en grand sur le site de Matthieu Van Niel

 

En méditation, les gens ont beaucoup de mal à accepter qu'il faille renoncer à l'espoir. Or cesser de fantasmer un avenir pour se relier à ce qui est, c'est l'occasion de vivre ce que Chögyam Trungpa nommait « le cœur authentique de la tristesse ». En ce sens, sur l'illustration l'expression finale du visage serait beaucoup plus nuancée que ce « whouhou ». Plutôt un demi-sourire teinté de tristesse, mais d'une tristesse non écrasante, une tristesse avec de l'espace.

Paradoxalement, c'est en lâchant l'espoir, en entrant dans l'expérience de la vulnérabilité la plus extrême que le cœur s'ouvre, ce qui donne accès à la compassion, la générosité, la chaleur, l'altruisme et la solidarité.

S'agissant de sortir de l'aveuglement, du déni, sans rester piégé sous emprise de l'angoisse, de la peur, de la colère ou de la dépression, la pratique soutenue de la méditation est une clef majeure pour une vision claire permettant de faire des choix pertinents et d'agir chacun, tous ensemble, dans le sens de la survie de l'humanité.

Puissent les consciences s'éveiller en nombre toujours plus grand et les gens agir alors avec clairvoyance.

Voir aussi

Par association : Quand tout s'effondre, de Pema Chödrön, disciple directe de Chögyam Trungpa.