Extraits étiquetés avec : poésie

  • Bonne garde

    Aux confins des forêts un écureuil me garde
    Et parfois il devient oiseau pour voir au loin
    Puis, reprenant fourrure, il cherche et me regarde
    Mais que peut-il pour moi qui pour lui ne peux rien.

    Nous allongeons le cou pelé par l'ignorance.
    Toujours quelque nuage au moment d'y voir clair…
    Nous n'en restons pas moins dans notre vigilance
    Espérant en connaître un peu plus long demain.

    Mais le silence en sait plus sur nous que nous-mêmes,
    Il nous plaint à part soi de n'être que vivants,
    Toujours près de périr, fragiles il nous aime
    Puisque nous finirons par être ses enfants.

    Couverture de La fable du monde
    page(s) 120
  • La charrette qui vient du fond de ton enfance

    La charrette qui vient du fond de ton enfance
    Comment peut-elle encor gémir en avançant,
    Elle qui dort si mal au creux de la mémoire
    Ne devrait pas ainsi affronter le présent.
    Mais tourne-toi plutôt vers cette grande glace,
    Affronte ce visage issu de maintenant,
    Ou bien combien de fois faudra-t-il te redire
    Que le reste n'est plus que mort et souvenir,
    Et que, seul, ton regard qui ne peut se rider
    Sait venir de très loin pour aboutir si près
    Qu'il te donne le vertige des précipices,
    Et tu baisses les yeux par crainte de tomber.

    Couverture de La fable du monde
    page(s) 103
  • Habiter la terre en poète

    Habiter la terre en poète ne peut se faire sur des idées. En avançant que l’être au monde de l’homme se fonde en une sensibilité (au milieu) avant même que d’être pensé, Berque ne se trompe pas. Mais l’homme est un être métaphysique avant tout. Sa sensibilité la plus fine s’émeut de trouver, dans ce monde même, un au-delà du monde. Il l’appelle la beauté, le sacré, le numineux, et derrière la vanité des mots, il y a bien quelque chose. La géographie, ici, nous est moins utile qu’une sensibilité cosmopoétique qui, plus que de la pensée, procède du corps propre.

    Le fin mot, en la matière, n’est-il pas que la poésie, comme la mystique, ne sera jamais une affaire collective ? La culture lettrée d’Extrême-Orient, précisément, est profondément marquée d’anachorétisme. Seul, assis sous l’arbre de la bodhi, au moment où il s’éveille, le Bouddha entre en coïncidence avec tous les êtres. Et non inversement. Habiter la terre en poète, de quelque façon, ne va pas sans transcender l’enfermement dans la condition humaine.Voilà ce que, dans le zen, on nomme « voir dans sa propre nature et devenir bouddha ». L’ego, lui, restera toujours enveloppé dans des voiles de positivisme.

    Couverture de Écotopia
    page(s) 145
  • Un monde

    Une citation mise en exergue par Kenneth White, dans Au large de l'histoire, m'a sauté aux yeux. Il s'agit d'une phrase tirée de l'Hypérion d'Hölderlin : « Ce que tu cherches, c'est un monde. » […]

    Un monde. Qu'est-ce qu'un monde ? Un endroit où l'on pourrait vivre en accord avec ce qui vous entoure, ce qui est de moins en moins le cas à l'époque où nous vivons, pleine de conflits, de frustrations, de rage et de fureurs. Le titre, Au large de l'histoire, oppose au mythe du sens de l'Histoire une perspective spatiale, concrète et vague. La couverture du livre en propose d'emblée la métaphore, un phare dressé sur un ilôt rocheux, sur lequel se fracassent les lames d'une mer démontée. À la vaine agitation du monde de la temporalité, l'auteur oppose sa géopoétique – une poétique de l'espace. D'une stabilité, d'une fondation profonde dans le concret. Très bien.

    C'est aussi Hölderlin qui a écrit : habiter la terre en poète. Dans le fond, ce que tout homme cherche, c'est un monde à habiter. Un monde dans lequel pouvoir vivre en fidélité à soi-même, à ce que l'on possède de plus précieux.

    Couverture de Ma vie dans les monts
    page(s) 15-16
  • Vivre et laisser vivre

    Ryokan est aujourd'hui reconnu et vénéré au Japon autant que saint François d'Assise en Europe. Tous deux vécurent de pauvreté, de mendicité, de solitude et de recueillement, suscitant le dédain ou le respect des personnes qui les croisaient. Les oiseaux venaient près d'eux, se posaient sur leurs épaules et leur parlaient comme à des amis. Ils étaient poètes, épris de véritable beauté. Laisser passer les nuages, les averses, le soleil, la neige et les différentes saisons ; en faire un credo. Pour ces deux êtres épris de vérité, il ne peut y avoir d'autre amour que de vivre et laisser vivre.

    Couverture de Ryokan, moine du ciel
    page(s) 7-8
  • Ce qui nous sauve n’appartient pas au temps

    L'éveil, je le trouve dans les fleurs. Certaines m'ont sauvé. Elles disposaient de peu de temps pour le faire, mais ce qui nous sauve n’appartient pas au temps. Un éclair dans le ciel bleu.

    Couverture de Un bruit de balançoire
    page(s) 84
  • Un ange

    [E]st un ange celui qui – animal, poème ou humain – remet la vie en vie.

    Couverture de Un bruit de balançoire
    page(s) 70
  • La vie et la mort dépassées

    [O]n peut être parfois si présent à ce qu'on vit qu'il n'y a plus besoin de paradis – aucun mot ne suffisant pour dire la vie et la mort dépassées.

    Couverture de Un bruit de balançoire
    page(s) 69
  • Lézardes

    [S]i ce monde n'est que muraille, cette muraille a des lézardes, des fissures par lesquelles quelque chose passe qui n'a guère de nom, et c'est tant mieux.

    Couverture de Un bruit de balançoire
    page(s) 58
  • Le monde est un galet

    Le monde est un galet que lave l'eau glacée des poètes.

    Couverture de Un bruit de balançoire
    page(s) 52
  • Mon bon Ryokan

    Mon bon Ryokan, je n'ai rien fait de ma vie, rien, juste bâti un nid d'hirondelle sous la poutre du langage.

    J'ai interrogé les livres et je leur ai demandé quel était le sens de la vie, mais ils n'ont pas répondu. J'ai frappé aux portes du silence, de la musique et même de la mort, mais personne n'a ouvert. Alors j'ai cessé de demander. J'ai aimé les livres pour ce qu'ils étaient, des blocs de paix, des respirations si lentes qu'on les entend à peine. J'ai aimé le silence, la musique et la mort pour ce qu'ils ouvraient en moi, cette clairière dans mon cerveau, ce trou dans les étoiles, un peu de vide, enfin. J'ai rejoint l'atelier des berceaux.

    Couverture de Un bruit de balançoire
    page(s) 50-51
  • Aimer

    Ce que j'appelle aimer, c'est remercier pour une force donnée.

    Couverture de Un bruit de balançoire
    page(s) 48
  • Le plus long voyage

    Ils sont partout sauf en eux, ces gens qui font le tour du monde. Le plus long voyage que j'ai fait, c'était dans les yeux d'un chat.

    Couverture de Un bruit de balançoire
    page(s) 41
  • Féériquement vide et appelant

    Quelques pas dehors, un bol de thé vert à la main. Une jeune pluie se mêle à la promenade. Des petits jaillissements de diamants en surface du thé. Je bois une gorgée parfumée à l'eau du ciel. Ton chant soulève les dalles de l'air. J'ai toujours su que quelque chose manquait à la vie. J'ai adoré ce manque. Le printemps rouge des hortensias, le livre bleu des neiges, le miracle de l'arc-en-ciel, les chansons en or de quatre sous, j'accepte que tout disparaisse puisque tout reviendra. J'accepte de tout perdre et que, dans le temps passager de cette perte, le nid d'hirondelle que j'ai dans la poitrine soit vide, vide, vide, féériquement vide et appelant.

    Couverture de Un bruit de balançoire
    page(s) 37-38
  • N’être rien

    Incline-toi devant celui qui a tout raté pour s'être émerveillé de tout.

    N’être rien, peu y parviennent. On dit qu'ayant tout trouvé en lui, au plus blanc de la montagne de son cœur, aux neiges éternelles de son sang, ayant trouvé plus que tout, Ryokan est redescendu se mêler aux simples et aux perdus. Il ne leur faisait pas la morale et ne leur parlait pas des dieux. La silencieuse intelligence qu'il avait de la vie se communiquait à tous comme une guérison virale.

    Couverture de Un bruit de balançoire
    page(s) 35-36
  • Accepter de n'être plus protégé par rien

    Il faut avoir une force terrible pour supporter de lire un seul poème. Aller au-devant d'une phrase comme au-devant de sa propre mort. Accepter de n'être plus protégé par rien et recevoir le coup de grâce d'une parole claire en son obscurité.

    Couverture de Un bruit de balançoire
    page(s) 32
  • Je disparais quand j’apparais

    Monsieur le forestier, les arbres, chose inhabituelle, se taisaient. Aucun bruit dans la forêt, sinon le poème inlassable d'un ruisseau, sa petite voix claire : « Je disparais quand j’apparais. »

    Couverture de Un bruit de balançoire
    page(s) 27
  • La seule destination

    Le cœur est la seule destination. On y arrive quand on ne croit plus rien.

    Couverture de Un bruit de balançoire
    page(s) 25
  • Tout pour la beauté

    Regardant sa robe déchirée par des semaines de vagabondage, Ryokan dit : « Rien dans ma poche. Tout pour la beauté du vent et de la lumière. J'ai dû faire une erreur dans ma carrière. »

    Couverture de Un bruit de balançoire
    page(s) 20
  • La voie du cœur

    Dōgen disait que les fleuves et les montagnes sont la voie du cœur.

    Couverture de Un bruit de balançoire
    page(s) 14