Jean-Yves Leloup

Portrait de Jean-Yves Leloup

Jean-Yves Leloup (né en 1950) est un prêtre, théologien orthodoxe, analyste, philosophe et anthropologue français. Il est fondateur de l'Institut pour la rencontre et l'étude des civilisations et du Collège international des thérapeutes.

Si l'essentiel de ses publications est consacré à la spiritualité chrétienne, sa réflexion embrasse néanmoins de nombreuses autres traditions spirituelles, y compris orientales.

La pratique spirituelle mystique orthodoxe dite de l'hésychasme, telle que Jean-Yves Leloup la décrit, est sans doute ce qui dans le monde chrétien contemporain se rapproche le plus de la méditation bouddhique, avec laquelle il fait de nombreuses passerelles.

Contribution dans

Quelques ouvrages

Quelques extraits

• Qu'est-ce que l'homme ?

Désormais, il s'agit peut-être moins d'afficher ses étiquettes, bouddhiste ou chrétienne, que d'entrer davantage dans la question : qu'est-ce que l'homme ? Qu'en est-il de cette profondeur nommée de divers noms mais dont il importe avant tout de faire l'expérience et d'en revenir transformé, délivré des songes et de l'illusion, davantage présent à « ce qui est » ?

page(s) 13
• Être tout simplement

Le plus dur était pour lui de passer ainsi des heures « à ne rien faire ». Il fallait réapprendre à être, à être tout simplement – sans but ni motif. Méditer comme une montagne, c'était la méditation même de l'Être, « du simple fait d'Être », avant toute pensée, tout plaisir et toute douleur.

page(s) 14
• Le piège

Le piège […], qu'on parle de Réalité ultime, de satori, de nirvāna, de béatitude céleste, c'est que même si nous avons des notions sur la chose et quelques petites expériences, nous n'avons pas réalisé « ce qui est », nous ne sommes pas réels et notre vie vaut ce que valent nos plus difficiles ou nos plus beaux songes.

page(s) 28
• Le paradoxe de l'amour

L'Amour est le seul vrai Dieu
Qui ne soit pas une idole.
On ne peut le garder
Qu'en le donnant.

page(s) 51
• Ce qui est, est

Nous n'inventons rien, nous ne recherchons pas des états psychiques extraordinaires. « Ce qui est, est », là est notre bonheur, agréable ou douloureux, peu importe.

page(s) 28
• Métanoïa & épistrophè

La métanoïa ou l'épistrophè sont deux façons de revenir de notre absence. Par le dépassement ou le silence du mental, qui « laisse être ce qui est là tel que cela est » (métanoïa), ou par l'attention, la louange, l'invocation, qui nous fait revenir de notre oubli ou de notre distraction à ce qui est là, présent (épistrophè).

L'art d'être présent, d'être la Présence réelle de ce qui est vivant, conscient, libre et aimant, Présence réelle du « Je suis » qui est la Vie, la Lumière, la Liberté et l'Amour ; c'est le grand Art, celui de la méditation ou plus exactement celui de la « vie contemplative »

page(s) 21
• Être entièrement là

Une vie qui n'a pas de centre, c'est une vie qui n'a pas de sens. La paix (hésychia, pour les Grecs, shalom pour les Juifs, shanti pour les Indiens), c'est d'être entièrement là… […]

Une assise sans cœur est une verticale d'ennui.

Une marche sans cœur est une horizontale sans fruit.

Le centre n'est pas un point particulier du corps, mais une ouverture, un espace dans lequel nous accueillons tout ce qui est, avec lucidité, gratitude et compassion. Se tenir là où se tient l'astre, ou l'acte immobile, l'acte pur et premier, selon Aristote, « qui fait tourner la terre, le cœur humain et les autres étoiles »… Si ce n'est pas l'Amour, ça lui ressemble…

page(s) 12
• Le bonheur inconditionnel

Le bonheur d'un homme libre ne dépend pas des circonstances, mais de ce qu'il fait des circonstances en y introduisant de la conscience et de l'amour.

page(s) 49
• Le fond immobile

Il apprit également que s'il y avait des vagues en surface, le fonde de l'océan demeurait tranquille. Les pensées vont et viennent, nous écument, mais le fond de l'être reste immobile.

page(s) 18
• La capacité de vision, de contemplation

[L]e mot grec que nous retrouvons dans l'étymologie de Thérapeutès, c'est Théos, il n'est pas traduit adéquatement par le Deus latin et donc par notre mot « Dieu ». Nous retrouvons cette étymologie dans un autre mot grec, important pour les thérapeutes : théoria, qu'on traduit mal par « théorie », qui aujourd'hui a un sens bien différent de l'époque de Philon. Comme pour Platon et les anciens Grecs, il signifie « vision » ou « contemplation ». Le Théos grec n'est pas seulement « lumière », mais « vision », contemplation de la lumière, conscience de l'Invisible. Prendre soin du Théos, dans un être, c'est lui rendre sa capacité de vision, de contemplation, c'est lui rendre « la conscience d'être, l'Être ».

page(s) 9
• Menace d’anéantissement, accomplissement

La métanoïa, ou conversion, c'est lorsque nous découvrons  que la peur de notre anéantissement  est l'occasion (kaïros) de notre accomplissement.

page(s) 22
• Voir sans juger

Méditer comme une montagne avait également modifié le rythme de ses pensées. Il avait appris à « voir » sans juger, comme s'il donnait à tout ce qui pousse sur la montagne « le droit d'exister ».

page(s) 14
• Vers la lumière

La méditation, c'est d'abord une assise et c'était ce que lui avait enseigné la montagne. La méditation, c'est aussi une « orientation » et c'est ce que lui enseignait maintenant le coquelicot : se tourner vers le soleil, se tourner du plus profond de soi-même vers la lumière. En faire l'aspiration de tout son sang, de toute sa sève.

page(s) 15
• Importance de la transmission

Dans le christianisme comme dans le bouddhisme ou le soufisme, le but de la méditation est de parvenir à la pureté du cœur et de l'esprit qui font de tout homme le réceptacle ou le miroir sans tache de la pure lumière.

L'accueil de cette lumière, rayonnement et présence de l'Être incréé, introduit l'homme dans un état de paix ne dépendant pas des circonstances (santé, humeurs, environnement, etc.), c'est-à-dire un état de paix non psychique, mais spirituel, ontologique. C'est l'expérience de cette Réalité que les chrétiens appellent hésychia, qui donnera naissance à l'hésychasme. […]

Cette expérience est le fruit d'une transmission orale, de cœur à cœur, d'être à être, d'où l'importance dans le christianisme, comme dans le bouddhisme et le soufisme, de l'appartenance à une authentique lignée qui nous transmet sans corruption la juste praxis ou pratique, et l'authentique gnosis ou contemplation.

page(s) 21
• « Je suis perdu »

[L]e chemin est celui du retour à la Source, du « je suis perdu » au « je suis retrouvé ». En sachant que le « je suis retrouvé » est tout, alors que le « je suis perdu » n'est rien d'autre que moi, le moi de celui qui dit : « Je pense donc je suis » et qui s'identifie à sa capacité de penser et à ses pensées comme d'autres s'identifieront à leurs sensations ou à leurs émotions.

page(s) 17
• Porté par le souffle

J'inspire, j'expire… puis : je suis inspiré, je suis expiré. Je me laisse porter par le souffle, comme on se laisse porter par les vagues…

page(s) 17
• L'attention, un autre nom pour l'amour

Ce que nous appelons « terre d'exil »
est souvent « terre promise »
à laquelle manque notre attention.
S'il faut revenir quelque part,
revenir à ce qui est,
il n'y a pas d'autre chemin
que l'attention
que celle-ci soit sensible,
affective, intellectuelle ou spirituelle…

« Les biens les plus précieux
ne doivent pas être recherchés mais attendus » :
c'est de la qualité de notre attente
ou encore de notre désir
que naît la qualité de notre attention.

L'attention est alors
un autre nom pour l'Amour,
quand celui-ci ne se contente pas
d'émotions ou de bonnes volontés
mais devient l'exercice quotidien
d'une rencontre avec ce qui est,
avec ce que nous sommes.

À travers les labyrinthes de nos préoccupations,
il faudra garder un fil d'heureuse vigilance.
Sans cette vigilance
comment pourrions-nous reconnaître
la présence Une
sous ses formes multiples
et goûter la Saveur (Sapienza) ?
Comment pourrions-nous
« prendre soin de l'Être » ?

page(s) 31-32
• Entre deux

[P]our [le christianisme], la mort n'est pas niée, ni évitée, la mort est le lieu du passage, le lieu de la pâque. Cette pâque est à vivre au cœur même de cette vie. On « passe » sans cesse d'un état de conscience à un autre, d'une pensée à une autre, c'est ce que les bouddhistes tibétains appellent le bardo « ce qui est entre deux », entre deux pensées, entre deux souffles.

page(s) 23
• Pratiques qui donnent du sens

[Q]uelles sont, dans le monde contemporain, les pratiques qui pourraient être les plus essentielles, les plus capables de lui donner du sens ? Je réponds sans hésiter : l'exercice conjoint de la méditation et de la compassion, la méditation sans la compassion pouvant devenir une forme d'auto-hypnose, de fuite du monde ou de « narcissisme subtil », et la compassion sans la méditation, un activisme plein de bonne volonté, mais sans discernement et sans profondeur.

page(s) 7-8
• Tu peux

[L]e bonheur est possible, parce que l'attention est possible, la méditation également, mais surtout parce que le bonheur est notre véritable nature, c'est notre nature de Bouddha, notre « Être éveillé ». Savoir qu'on est éveillé, cela suffit-il pour l'être ? Savoir que « dans le fond » on est heureux, cela suffit-il pour l'être ? Il ne suffit pas sans doute de le savoir, ni de le croire, ni de l'imaginer. Il faut l'être, le laisser être, ce bonheur infini qui est aussi Conscience infinie, compassion infinie – comment ? Que ce soit par une voie directe (lâcher prise), ou une voie progressive (Octuple Sentier), cela relève de notre plus intime conviction, posse, tu peux.

page(s) 136